18.04.2008
Italie - Berlusconi dans un fauteuil
Le « Cavaliere » a largement remporté les élections, mais il ne promet plus des lendemains qui chantent, plutôt de la sueur et des larmes.
17/04/2008 N°1857 Le Point
De notre correspondant Dominique Dunglas -
Une victoire ? Non, un triomphe. Dépassant toutes les prévisions, Silvio Berlusconi rafle haut la main la mise des élections italiennes. Avec 9 points d'avance, le Peuple de la liberté (PDL) et son allié la Ligue du Nord obtiennent 340 sièges à la Chambre, contre 229 au Parti démocrate (PD). Et au Sénat, où en vertu d'une loi électorale biscornue les jeux étaient plus serrés, la droite s'impose avec 172 sièges, contre 138 pour la gauche. Le spectre d'un Sénat en équilibre instable est conjuré, la majorité est confortable.
Un succès que Berlusconi doit tout de même partager avec la Ligue du Nord d'Umberto Bossi. La formation autonomiste-qui dans le passé a prôné la sécession-réalise 8,3 % des voix à l'échelle nationale. Comme elle n'est pas présente dans le sud de la péninsule, cela signifie que dans les régions septentrionales la Ligue dépasse 20 %. C'est notamment le cas en Lombardie, le poumon économique du pays. Une partie de la bourgeoisie milanaise-traditionnellement socialiste-a voté pour la Ligue, et on ne peut plus résumer son poids à la simple évocation d'un vote protestataire.
Un nouvel équilibre s'est donc créé à droite. Berlusconi s'est débarrassé des centristes, autrefois alliés récalcitrants responsables, selon lui, des tensions de la Maison des libertés durant son précédent quinquennat. Mais il se retrouve avec une Ligue du Nord euphorique, dont les 60 députés et 25 sénateurs seront déterminants. Les dérapages xénophobes des responsables de la Ligue sont nombreux et, il y a encore deux semaines, Bossi menaçait de recourir aux armes pour obtenir l'autonomie fiscale. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose, car Bossi, très fin stratège sous son aspect brut de décoffrage, fut un partenaire irréprochable dans le dernier gouvernement Berlusconi. Reste que la présence de la Ligue du Nord focalisera aux yeux du monde le risque d'une dérive xénophobe du prochain gouvernement.
Walter Veltroni n'espérait pas l'emporter. L'échec patent du gouvernement Prodi est trop récent dans la mémoire des Italiens et il avait 20 points de retard dans les sondages au début de la campagne électorale. La défaite est sévère, mais la lecture des résultats peut donner quelques satisfactions à Veltroni. Avec plus de 33 % des suffrages, le Parti démocrate a dépassé le total obtenu lors des précédents scrutins par les deux formations qui ont fusionné-Démocrates de gauche et Marguerite. La mayonnaise a pris, et le PD est devenu un grand parti réformateur sur le modèle de son homonyme américain. En choisissant de se présenter seul aux élections sans les petites formations d'extrême gauche et du centre-une décision qui a poussé Berlusconi à se débarrasser lui aussi de ses alliés mineurs, il est donc à l'origine de l'évidente bipolarisation de la vie politique. Dans le prochain Parlement, six partis seront représentés au lieu des treize de la précédente législature. Silvio Berlusconi aura besoin d'un interlocuteur fort à gauche pour faire accepter les réformes constitutionnelles que le pays attend, notamment celle de la loi électorale. A 52 ans, Walter Veltroni s'inscrit dans la durée.
L'extrême gauche est exclue du Parlement. En revanche, c'est un cataclysme qui s'est abattu sur la Gauche arc-en-ciel, le cartel des formations d'extrême gauche. Alors qu'en se présentant individuellement elles avaient totalisé plus de 10 % en 2006, elles n'obtiennent que 3,2 % des voix. Le seuil qu'il faut franchir pour être représenté est de 5 % à la Chambre et 8 % au Sénat. L'extrême gauche est donc exclue du Parlement. Des personnalités de premier plan comme Fausto Bertinotti, président de la précédente Chambre, passent ainsi aux oubliettes de l'Histoire. Dans les « régions rouges » comme la Toscane, la Ligurie ou l'Emilie-Romagne, c'est un véritable choc culturel. Et, même à droite, de nombreux responsables s'inquiètent à l'idée qu'une partie de l'électorat ne soit plus représentée. « On peut craindre une dérive terroriste », s'inquiète l'ancien président Francesco Cossiga.
Mais à chaque jour sa peine. Silvio Berlusconi a déjà deux dossiers sur son bureau : Alitalia et les ordures à Naples. Et c'est dans la capitale parthénopéenne que se tiendra le premier conseil des ministres. Le show du « Cavaliere » va commencer §
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