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03.05.2008
Le centre ne fait plus recette en Italie
L'élection de Gianfranco Fini à la présidence de la Chambre des députés, le 30 avril, a scellé l'ancrage à droite de la vie politique italienne depuis les élections législatives d'avril. Il y a quinze ans, cet homme de 56 ans était encore le leader du Mouvement social italien (MSI, néofasciste). Or, remarquait Il Corriere della Sera, le 1er mai, son élection s'est faite "dans une ambiance très correcte entre majorité et opposition". Après son discours, applaudi de gauche à droite de l'hémicycle, la presse s'est félicitée du "climat de respect naturel qui règne au début de cette législature".
Alliance nationale (AN), le parti fondé en 1994 par Gianfranco Fini sur les restes d'un MSI en perte de vitesse, a achevé sa mue républicaine, à l'instar de son chef, aujourd'hui troisième personnage de l'Etat après avoir dénoncé, en 2003, le fascisme comme étant "le mal absolu". Les contours de cette formation de droite, laïque et nationale, sont longtemps restés flous au côté de Forza Italia, le parti de la droite libérale de Silvio Berlusconi. Son assise est renforcée avec la victoire de Gianni Alemanno, l'un des lieutenants de M. Fini, à la mairie de Rome le 28 avril.
"DIALOGUE"
Longtemps démocrate chrétienne, modérée, de centre droit, l'Italie s'assume désormais à droite, depuis le net succès de M. Berlusconi, obtenu sans les centristes, et avec un poids redoublé de la Ligue du Nord (populiste et xénophobe). L'impopularité du gouvernement de gauche sortant, l'inquiétude du lendemain en raison de la crise économique et l'exploitation du thème de l'insécurité ont contribué à ce vote de droite. Pour les politologues, les erreurs de la gauche l'ont aussi beaucoup favorisé.
L'étude des flux électoraux montre que, dans les régions du Nord, 10 % des électeurs communistes et Verts se sont déplacés sur la Ligue du Nord. Le glissement est surtout spectaculaire dans les milieux ouvriers, où l'on apprécie l'enracinement local du parti d'Umberto Bossi et la gestion des mairies tenues par la Ligue. A Rome, Alliance nationale a fait sa percée dans les quartiers populaires à l'environnement dégradé, où les sections locales d'AN et de petits partis d'extrême droite ont souvent pris le relais de la gauche à l'écoute de la population. "Nous nous sommes intéressés au peuple, pas aux palais du pouvoir, avec un travail quotidien, porte à porte", confiait récemment un militant d'AN au quotidien La Repubblica.
Privée de ses références à l'antifascisme et supplantée sur le terrain, la gauche radicale est gênée politiquement par son absence au parlement. Le Parti démocrate (PD/centre gauche) qui a tiré un trait sur l'antiberlusconisme, ne peut pas se placer dans une opposition frontale au futur gouvernement. Après l'installation des chambres, son leader, Walter Veltroni, s'est à nouveau déclaré disponible pour "un dialogue sur les réformes". Pour l'instant, M. Berlusconi souhaite privilégier une ouverture de type sarkozien. Il a tenté de convaincre Pietro Ichino, un sénateur du PD, spécialiste en droit social, de devenir son ministre du travail.
Article paru dans l'édition du 04.05.08.
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