LE MONDE | 08.05.08 | 09h26 • Mis à jour le 08.05.08 | 09h26

REUTERS/TONY GENTILE
Silvio Berlusconi après des consultations avec le président italien Giorgio Napolitano, mercredi 7 mai à Rome. Silvio Berlusconi, dont le gouvernement devait prêter serment, jeudi 8 mai à Rome, avait annoncé depuis longtemps qu'il formerait une équipe composée de "personnes expertes" afin que l'exécutif soit "immédiatement opérationnel". Il a tenu parole puisque la majorité des vingt et un ministères, dont la liste a été annoncée mercredi, a été attribuée à des personnalités déjà présentes à ses côtés entre 2001 et 2006, voire lors de sa première expérience en 1994.
Ainsi, Giulio Tremonti, vice-président de Forza Italia, retrouve-t-il pour la troisième fois le portefeuille de l'économie et des finances. Et Franco Frattini, commissaire européen démissionnaire, retourne au ministère des affaires étrangères qu'il a déjà dirigé de 2002 à 2004.
"Il Cavaliere" avait aussi souhaité que ce soit "le gouvernement du premier ministre", c'est-à-dire composé de proches choisis en fonction de ses propres critères. Il devait y avoir notamment "des jeunes et plein de femmes". Or, depuis les élections législatives des 13 et 14 avril, M. Berlusconi a dû négocier d'arrache-pied avec les formations qui composaient sa coalition électorale et qui ont concouru au succès final. "J'ai le cerveau qui fume", lançait-il aux journalistes, mardi 6 mai, entre deux consultations. Finalement, l'équipe ne compte que quatre femmes et peu de nouvelles têtes.
Comment résister à la pression de la Ligue du Nord, qui a doublé son score national (8,3 % contre 3,9 % en 2006) et qui détient les clés de la majorité au Sénat avec 25 élus ? Le parti populiste obtient les ministères qu'il revendiquait. A la tête de celui des réformes fédéralistes, qu'il retrouve après en avoir été écarté par un grave accident vasculaire cérébral en 2004, Umberto Bossi, fondateur de la Ligue, pourra veiller à la mise en œuvre du fédéralisme fiscal. Ministre de l'intérieur, Roberto Maroni aura en charge la sécurité et l'immigration.
Malgré les protestations de la Libye et de la Ligue arabe, Roberto Calderoli a été maintenu au gouvernement, avec une mission inédite de "simplification" des lois. Début 2006, alors ministre des réformes, il s'était rendu célèbre en s'exhibant à la télévision avec un tee-shirt illustré de caricatures de Mahomet. Il avait été contraint à la démission après une émeute devant le consulat d'Italie à Bengazi (Libye), qui s'était soldée par onze morts. Outre le ministère de l'agriculture, la Ligue devrait aussi avoir un vice-ministre ou un sous-secrétaire d'Etat pour les infrastructures, un autre domaine qui lui tient à cœur.
Silvio Berlusconi dut aussi affronter la surenchère d'Alliance nationale (AN, droite conservatrice), le parti du nouveau président de la Chambre des députés, Gianfranco Fini. Destinée à se fondre avec Forza Italia dans le futur parti unique du Peuple de la liberté (PDL), AN a retrouvé des couleurs après la victoire d'un de ses dirigeants, Gianni Alemanno, à la mairie de Rome, le 28 avril. AN a quatre ministères, dont la défense, alors que Forza Italia (FI) en truste une douzaine.
Pour le portefeuille ultra-sensible de la justice, le chef de l'Etat, Giorgio Napolitano, avait suggéré "un personnage de haut profil". Silvio Berlusconi a préféré le jeune coordinateur de Forza Italia en Sicile, Angelino Alfano, peu expérimenté mais fidèle entre les fidèles. Au total, avec les vice-ministres et les sous-secrétaires d'Etat, l'exécutif ne devrait pas dépasser la limite de 60 membres fixée par une loi de 2007. Romano Prodi avait crevé tous les plafonds en 2006 avec 105 membres. Comme à l'accoutumée, le véritable bras droit de Silvio Berlusconi sera le discret Gianni Letta, 73ans, avec le titre de sous-secrétaire d'Etat à la présidence.