« Umberto Bossi, le tribun de la Ligue du Nord | Page d'accueil | Giulio Tremonti, l'homme fort du gouvernement »

08.05.2008

Romano Prodi, "il Professore", s'en retourne à ses conférences

 Romano Prodi, le 21 avril 2008 à Rome.

AP/Andrew Medichini Romano Prodi, le 21 avril 2008 à Rome.

A quelques heures de quitter définitivement son bureau du Palazzo Chigi, siège du gouvernement italien, où Silvio Berlusconi devrait s'installer jeudi 8 ou vendredi 9 mai, Romano Prodi ne renie rien. Son unique regret est de n'avoir pas pu mener à son terme une politique qu'il continue de revendiquer. "Elle n'était pas glamour, pas sexy, mais faut-il se contenter de caresser le chat dans le sens du poil ?", remarque-t-il au cours d'un déjeuner avec cinq correspondants de la presse internationale dont Le Monde.

Il rappelle que les comptes publics italiens n'ont coïncidé avec les critères de Maastricht qu'à deux reprises depuis quinze ans : "Sous mes deux gouvernements". Comme en 1998, il rend les clés avec un déficit public revenu à 1,9 % du PIB quand il l'a trouvé à 3,4 %. "J'ai sauvé un pays qui était la risée de l'Union européenne", a-t-il proclamé récemment. Obsession inutile selon ses adversaires, cet assainissement était à ses yeux un préalable à toute politique de relance. Une action en deux temps inscrite dans le programme de l'union de la gauche en 2006. "On a ironisé sur ses 180 pages, mais au moins il existait", précise "il Professore".

"LE MOINS BLING-BLING DES DIRIGEANTS"

Dans l'incapacité de mettre en oeuvre le second volet de sa politique, il a suivi avec intérêt les promesses de la récente campagne électorale. "On ne peut baisser les impôts que si on fait au préalable une lutte vigoureuse à l'évasion fiscale, moi, je l'ai faite." L'amélioration des finances publiques italiennes est davantage due à des rentrées fiscales exceptionnelles qu'à une réelle réduction de la dépense publique. Son exécutif aura mis une dernière fois les Italiens devant leurs responsabilités, en publiant sur Internet leurs déclarations fiscales de 2006, montrant ainsi que la moitié des contribuables ont déclaré des revenus inférieurs à 15 000 euros annuels, et que la moitié des entreprises n'ont pas payé d'impôts.

A 68 ans, "il Professore" va retourner à ses conférences. Surtout, il entend "faire le grand-père". Ainsi sort de scène le moins "bling-bling" des dirigeants politiques européens. Un "serviteur de l'Etat", comme le qualifie la presse. Mais en Italie, ce label ne fait pas rêver.

Jean-Jacques Bozonnet
Article paru dans l'édition du 08.05.08. LE MONDE | 07.05.08 | 17h42  •  Mis à jour le 07.05.08 | 17h43

Ecrire un commentaire