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11.05.2008

Europe - Recherche président

08/05/2008 N°1860 Le Point   Alain Franco

Recherche président

© Roge/Reuters

Qui seront les futurs dirigeants des institutions européennes à partir de 2009, date des élections au Parlement et de l’entrée en vigueur du nouveau traité simplifié ? Alors que la France s’apprête à prendre les rênes de la présidence tournante de l’Union, l’Elysée travaille à différents scénarios. Le plus probable ? La reconduction de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne et la nomination de Jean-Claude Juncker au poste nouvellement créé de président du Conseil, qui réunit les dirigeants des 27 Etats-membres. « Ils sont très largement favoris » , dit-on à Paris, après sondage dans les autres capitales. Même si Angela Merkel pousse mollement la candidature de l’ancien chancelier autrichien Wolfgang Schüssel. « La seule surprise , ajoute-t-on, pourrait être de permuter : le Luxembourgeois à la Commission et le Portugais au Conseil. »

Le choix dépendra surtout de trois facteurs : le résultat des élections au Parlement européen en juin prochain. Selon le traité de Lisbonne, le président de la Commission doit refléter la majorité parlementaire, tandis que le président du Conseil est élu par les chefs d’Etat et de gouvernement, à la majorité qualifiée. Autre élément important : le rôle du président du Conseil. Actuellement, les Européens sont partagés entre ceux qui, comme l’Allemagne, veulent le limiter à celui d’organisateur des débats et ceux qui, comme la France, voudraient en faire une figure politique forte de l’Europe. « C’est capital», estime un haut responsable français.

Le traité de Lisbonne crée également un poste de ministre des Affaires étrangères de l’Union. « Ce sera la variable d’ajustement des autres jobs » , dit-on à l’Elysée, où l’on n’exclut pas un Britannique. « Il ne faut pas ostraciser les Anglais parce qu’ils sont eurosceptiques. Au contraire, il faut les attirer vers plus d’Europe. »

En France, on n’a pas de candidat déclaré, mais on évoque plutôt la nomination d’un Français « pour un gros portefeuille à la Commission, au marché intérieur, par exemple. » Et de lâcher un nom : Michel Barnier

 

Londres - La victoire du « bouffon »

08/05/2008 N°1860 Le Point

Boris Johnson, l'excentrique nouveau maire conservateur de Londres, doit désormais prouver qu'il n'est pas qu'un amuseur.

De notre correspondante Frédérique Andréani

C'est la déculottée la plus monumentale infligée au Parti travailliste britannique depuis plus de quarante ans. Premier test électoral pour le chef du gouvernement, Gordon Brown, depuis son arrivée au pouvoir il y a un an, les élections municipales du 1er mai se sont soldées par un désaveu cinglant. Et, pour faire bonne mesure, Londres, la vitrine du royaume, est passé aux mains du Parti conservateur en la personne de son représentant le plus atypique qui soit.

Quand Boris Johnson avait annoncé sa candidature, il avait provoqué la stupéfaction. Certes, l'homme jouissait d'une popularité certaine, avec ses cheveux jaunes ébouriffés, ses reparties politiquement incorrectes et souvent hilarantes. Une grande gueule non conformiste, sympathique et rafraîchissante, capable d'asséner : « Voter conservateur permettra à votre épouse d'avoir de plus gros seins »...

Comme beaucoup d'autres, Ken Livingstone a sous-estimé la menace que représentait celui qu'il qualifiait de « rigolo ». Mais, le 2 mai, le maire sortant, au bord des larmes, a dû se rendre à l'évidence : le bouffon l'avait emporté avec 53 % des suffrages. Cette victoire, Boris Johnson la doit surtout à un double vote protestataire : contre le Parti travailliste et Gordon Brown, d'abord, mais aussi contre « Ken le Rouge » , dont la popularité initiale s'est progressivement muée en hostilité.

Reste qu'en élisant son adversaire les Londoniens font un pari sur l'avenir. Contrairement à Livingstone, qui a consacré quarante ans de sa vie à la politique londonienne, Boris Johnson, qui fêtera ses 44 ans en juin, fait figure de novice. Entré tardivement en politique, il représente pour beaucoup une Angleterre aussi éloignée que possible du Londres multiculturel, progressiste et traditionnellement à gauche.

Bien qu'apparemment inexpérimenté, Johnson baigne depuis son plus jeune âge dans la politique. Il peut ainsi se targuer d'avoir pour arrière-grand-père le dernier ministre de l'Intérieur de l'Empire ottoman, pour grand-père un ancien président de la Commission européenne des droits de l'homme et pour père un député européen conservateur. Mais, s'il est issu d'un milieu intellectuel, Johnson ne vient pas d'une famille particulièrement aisée : « Je ne suis pas de la haute, je suis juste un arriviste », précise-t-il.

Il doit son passage au pensionnat huppé d'Eton à l'attribution d'une bourse plutôt qu'à son pedigree, une autre bourse ayant financé ses études de langues classiques à Oxford. Il a ensuite perpétué une tradition familiale en se lançant dans le journalisme. Renvoyé de son poste de stagiaire au Times pour avoir falsifié une citation, il a rejoint le très conservateur Daily Telegraph , puis le magazine The Spectator , dont il a été rédacteur en chef entre 1999 et 2005.

Charmeur et provocateur.

Ses partisans louent son charme et sa vivacité d'esprit, ses opposants dénoncent son snobisme, sa superficialité de dilettante et sa propension au mensonge. Ce père de quatre enfants qui ne manque pas une occasion de se montrer avec Marina, sa jolie épouse anglo-indienne, avait ainsi pris la porte du cabinet fantôme conservateur pour avoir nié une liaison (pourtant avérée) avec une de ses collègues. Ses détracteurs s'inquiètent aussi des tendances homophobes et racistes d'un homme qui a qualifié le mariage homosexuel de « parodie ridicule », l'islam de « plus vicieuse et sectaire des religions » et les Africains de « guerriers tribaux au sourire de pastèque ». Une propension à la provocation qui n'épargne d'ailleurs pas ses propres concitoyens, Johnson ayant décrit la ville de Portsmouth comme « un endroit rempli de drogués, d'obèses, de ratés et de députés travaillistes ».

Lors de sa prise de fonctions, il a néanmoins tenté de dissiper sa mauvaise réputation. « J'ai été élu sous la bannière du Nouveau Boris et je gouvernerai en tant que tel », a-t-il promis. Reste à voir si le nouveau Boris, confronté aux durs enjeux des gangs criminels, de la réforme des transports et du coût exorbitant des Jeux olympiques de 2012, saura être à la hauteur de la tâche

Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy - Pour saluer Simone de Beauvoir

08/05/2008 N°1860 Le Point Bernard-Henri Lévy

Il fallait rendre hommage à Simone de Beauvoir.

La postérité étant ce qu'elle est, injuste, capricieuse, mélangeant tout et n'importe quoi, en faisant des tonnes sur un tocard, nous infligeant jusqu'à la nausée ses figures imposées de la commémoration de Mai 68, traitant les morts enfin comme s'ils n'avaient rien perdu de leur redoutable et vivante virulence (ce qui n'est, pour le coup, pas forcément une mauvaise chose), il fallait une célébration à la mesure de ce centième anniversaire d'une naissance qui semble, pour l'instant, nous laisser froids.

Les Temps modernes, qui furent sa revue au moins autant que celle de Sartre, le font dans un numéro spécial dont Claude Lanzmann a pris, avec Liliane Kandell, l'initiative.

Et ce numéro double, cette « Transmission Beauvoir », cette collection de témoignages, de souvenirs non pieux, d'analyses historiques et parfois savantes, est une des bonnes nouvelles de la semaine.

Hommage à la libératrice, bien sûr, à l'émancipatrice du « deuxième sexe », à l'instigatrice, au fond, de la seule révolution réussie du XXe siècle.

Hommage à la femme par qui toutes les femmes sont, partout dans le monde, même sous la burka ou dans les fers, un peu plus femmes, un peu plus libres, un peu plus souveraines qu'elles ne l'auraient été sans elle et sans son livre.

Hommage à celle qui, comme le dit un homme, Philippe Val, dans un des premiers textes du numéro, enterre enfin, avec Freud et avant que toute la pensée moderne ne s'approprie son geste, le spectre de Mme Bovary, ses hystéries, son mal de femme, sa souffrance que l'on croyait fondée en nature, éternelle.

Hommage à ce devenir-femme qui a fait, raconte Josyane Savigneau, que tant de jeunes filles de son espèce ont, dans les années 60, 70 ou même 80, osé se révolter, penser, juste exister et, par la grâce d'un autre livre, « Mémoires d'une jeune fille rangée », dont on tend à oublier la prodigieuse insolence dont le titre même était chargé, transformer en « destin » leur « situation ».

Hommage à la résistante, eh oui ! au sens strict la résistante, au sens de la seule Résistance qui vaille et qui fut celle de la lutte contre les nazis : tant de bêtises ont été écrites sur le sujet, tant de calomnies ont circulé et se sont parfois imposées, qu'il est heureux de lire, sous la plume de son ultime survivante, Dominique Desanti, un compte rendu détaillé des buts, des méthodes, des risques courus, par ce groupe d'intellectuels antifascistes qui s'appela d'abord Sous la botte puis Socialisme et Liberté et dont Sartre et Beauvoir furent l'âme.

Hommage à l'amante aussi, la charmante-hommage à la femme libre, curieuse des choses de l'amour, passionnée, qui appelait Claude Lanzmann son « mari » et dont celui-ci raconte, dans un beau texte d'ouverture, chu de ses Mémoires en gestation, la grâce au quotidien.

Il faudrait tout citer de ce numéro.

Il faudrait montrer comment c'est, chaque fois, un cliché qui en prend pour son grade ou qui tombe en miettes : le cliché de l'intellectuelle d'accord mais, de grâce, pas l'écrivain, sa prose est si médiocre (voir le rappel, par Eliane Lecarme-Tabone, à la suite de Violette Leduc, de la dimension proprement littéraire du « Deuxième sexe ») ; celui de l'ignorante qui serait, comme son compagnon, passée à côté de la psychanalyse et de ses avancées (voir les pages où Elisabeth Roudinesco montre comment Lacan lui-même, dans ses textes de 1958, ne dédaigna pas de s'appuyer, quoique sans le dire, et fût-ce pour la contredire, sur la conception beauvoirienne de la sexualité et du désir) ; celui, comme pour Sartre encore, de l'intellectuelle qui s'est toujours trompée et a foncé tête baissée dans le piège totalitaire (lire, absolument, le texte de Chahla Chafiq racontant comment, dès 1979, en Iran, l'auteur de « L'invitée » prend la mesure de l'horreur, en particulier pour les femmes, de ce que d'aucuns appellent alors la « révolution spirituelle » khomeyniste) ; et puis le cliché, enfin, d'une insurrection féministe irrésistible, nécessaire, qui se serait produite de toute façon et dont elle se serait contentée de récupérer le flambeau (ce qui apparaît c'est, au contraire, l'extraordinaire solitude de celle que l'on appela la « Penthésilée de Saint-Germain-des-Prés », l'incompréhension dont elle fut l'objet jusque dans les rangs des partis dits de gauche ou des associations prétendument féministes, bref, son héroïsme spéculatif...).

Ah, comme cette femme a été haïe !

Avec quel acharnement on a voulu, partout, éteindre le tracé de lumière laissé dans son sillage !

Et la désinvolture avec laquelle, dans le meilleur des cas, on l'a transformée en je ne sais quelle doublure d'un compagnon dont je serai le dernier, naturellement, à contester le génie-mais faut-il la réduire, elle, pour autant, à ce rang d'humble servante d'une aventure qui l'aurait dépassée ?

Beauvoir, ici, telle qu'en elle-même.

Beauvoir proprement dite, et ramenée à sa vraie taille.

Le monde, inversement, vu selon le beau voir de cette intellectuelle à part entière, et majeure.

Enfin.

Le vrai temps de la rupture

08/05/2008 N°1860 Le Point Nicolas Baverez

Rien n'illustre mieux la situation paradoxale de Nicolas Sarkozy, un an après son élection dans l'euphorie, que son intervention télévisée du 24 avril. Elle est sans nul doute la plus maîtrisée depuis son accession à la présidence, la plus conforme à la fonction de chef d'Etat, la plus en phase avec la situation du pays et de l'opinion. Mais elle est aussi la plus défensive : le président n'a rétabli le contact avec les Français qu'en reconnaissant de nombreuses erreurs.

L'équation de ce premier tournant du quinquennat s'organise autour d'un paramètre, d'une variable et d'une inconnue. Le paramètre, c'est l'ampleur du malentendu qui s'est creusé entre Nicolas Sarkozy et les Français. Il se résume à deux constats : Nicolas Sarkozy avait admirablement pensé sa campagne, mais insuffisamment réfléchi à la fonction présidentielle, qui ne peut être placée sous le signe de la transgression ; il a semblé considérer son élection comme le point d'aboutissement d'une aventure personnelle alors que les Français entendaient qu'elle marque le point de départ du redressement de la France. La variable, c'est le président, qui, au terme de cette autocritique sans précédent, a créé les conditions d'un nouveau départ pour les réformes comme pour son gouvernement. L'inconnue demeure la stratégie de modernisation du pays, dès lors que le projet d'une médecine douce faisant l'économie d'une thérapie de choc a été pris à revers, d'un côté, par la perte de légitimité du président et le désordre gouvernemental, de l'autre, par la crise financière qui se traduit par la baisse de la croissance (1,5 % en 2008, 1,2 % en 2009), la hausse de l'inflation (3 % en 2008), l'aggravation des déficits et de la dette publics (3 % et 65 % du PIB en 2008).

Le bilan des réformes est aujourd'hui faussé par l'impopularité du président et la violence de la crise financière. Le début du quinquennat est pourtant très loin d'avoir été vide ou inutile. Le traité de Lisbonne a ouvert la voie à une relance de l'Union. Le contentieux accumulé avec les Etats-Unis et les démocraties occidentales a été purgé, sans aligner la diplomatie française sur la désastreuse politique extérieure des néoconservateurs américains. L'assouplissement du temps et du contrat de travail, la démocratisation de la représentativité des syndicats, l'alignement des régimes spéciaux de retraite, la normalisation de l'exception fiscale française en Europe, le soutien aux PME, l'autonomie des universités ont posé les jalons d'une reconstruction d'une offre française compétitive. Il faut remonter à 1974 et 1981 pour trouver autant de réformes durant la première année d'une présidence.

Force est cependant de constater que la rupture promise n'a pas eu lieu, le président ne parvenant pas à se libérer de certains noeuds de la pensée unique. La première ambiguïté concerne l'offre productive, qui s'est vue occultée par la question du pouvoir d'achat : le blocage du niveau de vie n'est pas la cause, mais la conséquence du mal économique français ; la hausse du pouvoir d'achat ne peut plus découler de la mobilisation de richesses fictives via l'endettement public ou privé, mais seulement de l'augmentation de la production, elle-même fonction de la hausse du volume et de la productivité du travail. La deuxième touche au capitalisme et aux entreprises, qui continuent à nourrir une critique endémique sur l'existence et la répartition du profit, alors que le redécollage du pays se joue tout entier autour de la multiplication des entrepreneurs et la diffusion d'une culture du risque et de l'innovation. La troisième est à chercher dans la révérence pour l'Etat, qui explique le retard pris dans la réforme du secteur et de la dépense publics, avec pour conséquence un déficit de 2,7 % du PIB en 2007, alors que la majorité des pays de la zone euro-Allemagne en tête-sont à l'équilibre ou en excédent. La quatrième est liée à la tentation protectionniste, indissociable de l'hostilité à l'intégration européenne, qui affleure dans le domaine agricole ou encore dans l'embardée du projet d'Union méditerranéenne. La cinquième découle de la réticence persistante à dire aux Français la vérité (sous-estimation de la crise financière et surestimation des perspectives de croissance). La dernière a trait à l'illusion volontariste qui postule un primat absolu du politique allant de pair avec la foi dans un démiurge et l'infantilisation des acteurs économiques et sociaux.

L'acte 2 des réformes a pour condition la réhabilitation de la fonction présidentielle mais surtout la clarification de la stratégie de modernisation. Nicolas Sarkozy dispose de la légitimité politique pour le faire. Il en a aussi le devoir, tant il a contracté une dette vis-à-vis des Français. Parce qu'ils se sont mis en mouvement en 2007 en faisant le pari de la modernisation. Parce qu'ils l'ont pris au sérieux en acceptant le risque de son projet de rupture. La dégradation de la conjoncture mondiale et du climat politique constitue une occasion unique de recadrer l'entreprise de redressement de la France. En renonçant à multiplier les réformes pour se concentrer sur celles qui sont essentielles et les réaliser pleinement, contrairement à l'ersatz de service minimum. En assumant le choix d'une thérapie de choc dans les domaines clés du marché du travail et de la maîtrise des dépenses publiques. En évacuant le mirage d'un changement miraculeux porté par un homme providentiel pour entreprendre le travail austère et patient de pédagogie du corps social. Le temps du rêve et de l'hyperprésidence n'est plus, mais faut-il le regretter ? S'ouvre le temps de l'action réelle dans un environnement difficile, celui où la politique se décline en volonté, en courage et en ténacité, celui où le président ne peut pas tout et où la décision dépend de l'engagement des citoyens. En bref, le vrai temps de la rupture

Tibetisier par Patrick Besson

Dans ma bibliothèque, je trouve le livre de Lucien Bodard « Le plus grand drame du monde, la Chine de Tseu Hi à Mao ». Paru chez Gallimard en 1968. 20 francs. En 1968, 1 franc c'était 1 euro. A l'époque, beaucoup d'intellos aujourd'hui antichinois étaient maoïstes. Le Tibet, ils se le mettaient au derrière de Mao. La démocratie les faisait pleurer de rire jaune. Hochet pour vieux réacs. Les JO, ils s'en battaient l'oeil bridé. « No sport », comme avait dit Winston Churchill. Le dalaï-lama ne les excitait guère alors qu'il était déjà en robe. Matthieu Ricard avait encore des cheveux, ceux que se faisait son père, Jean-François Revel, à son sujet. C'était le bon temps où les maos braquaient Hédiard et Fauchon pour redistribuer le foie gras et le caviar aux masses populaires qui ne les ont pas digérés : la gauche mit treize ans à venir au pouvoir. Mai 68 peut être considéré comme une provocation de la bourgeoisie qui utilisa ses enfants étudiants afin de retarder l'instauration du socialisme en France.

En 2008, les anciens prochinois ont 60 piges dans différents journaux. Chauves comme des bonzes. Se pensent du coup tibétains. Suis allé à un restaurant tibétain, l'autre soir : Le Lhassa, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Ça sentait tellement mauvais que je suis parti avant les entrées et ai demandé asile au Mavrommatis en tant que réfugié gastronomique. Ils m'ont fait un menu spécial parce que j'étais avec une Grecque.

M'ont même trouvé le dernier résiné où il y a de la résine, malgré les normes de Bruxelles, la ville sans sel. Mais j'empiète encore sur les pages de mon ami Gilles Pudlowski. Je ne parlerai donc pas du merveilleux Tong Yen où j'ai naguère appris par Thérèse, la patronne chinoise, que sous Mao les Tibétains avaient le droit de faire plusieurs enfants alors que les Chinois ne pouvaient en faire qu'un. Se méfier de 1 milliard et demi de fils et de filles uniques. Tous très susceptibles.

Bodard : « Au début du XIXe siècle s'est produit l'impossible, l'incroyable, le sacrilège. [...] L'attaque est menée par des hommes qui se présentent [...] avec la Bible, avec bonne conscience, avec la certitude d'apporter à l'Empire céleste une civilisation supérieure à la sienne. »« Cette année tu as, Roi, fait partir des envoyés porteurs d'un placet et tu les as munis d'objets curieux destinés à m'être présentés. Je ne tiens pas pour précieuses les choses ingénieuses provenant de ton royaume. Roi, maintiens la concorde parmi ton peuple et je te louerai. A l'avenir point ne sera besoin de commettre auprès de moi des envoyés prenant la peine inutile de voyager d'aussi loin par terre et par mer. » C'est nous : George Bush avec sa Bible sous le bras, Robert Ménard avec sa bonne conscience en bandoulière. Cette appellation : Reporters sans frontières . Comme si les reporters, de par leur profession, étaient au-dessus des lois, des Etats, des peuples. Personnes souriantes et supérieures gambadant d'une capitale sous-développée à l'autre pour faire la leçon au tiers-monde entier. On tente de nouveau d'envahir la Chine pour son bien, comme on le fit au XIXe siècle avec l'Afrique. On va, grâce à l'outil de la flamme olympique, bouleverser, réorganiser, repenser et réformer le pays. Instaurer par exemple les 35 heures dans les usines chinoises où, pour 1 euro par jour (1 franc en Mai 68), des jeunes filles de 15 ans cousent les pantalons que nous trouvons trop chers quand nous les achetons dans nos supermarchés, d'où nos manifestations pour le maintien du pouvoir d'achat ? La lettre de l'empereur Tchia Tching à George III, citée par Bodard : 
« Cette année tu as, Roi, fait partir des envoyés porteurs d'un placet et tu les as munis d'objets curieux destinés à m'être présentés. Je ne tiens pas pour précieuses les choses ingénieuses provenant de ton royaume. Roi, maintiens la concorde parmi ton peuple et je te louerai. A l'avenir point ne sera besoin de commettre auprès de moi des envoyés prenant la peine inutile de voyager d'aussi loin par terre et par mer. »

 

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