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11.05.2008
Londres - La victoire du « bouffon »
08/05/2008 N°1860 Le Point
Boris Johnson, l'excentrique nouveau maire conservateur de Londres, doit désormais prouver qu'il n'est pas qu'un amuseur.
De notre correspondante Frédérique Andréani
C'est la déculottée la plus monumentale infligée au Parti travailliste britannique depuis plus de quarante ans. Premier test électoral pour le chef du gouvernement, Gordon Brown, depuis son arrivée au pouvoir il y a un an, les élections municipales du 1er mai se sont soldées par un désaveu cinglant. Et, pour faire bonne mesure, Londres, la vitrine du royaume, est passé aux mains du Parti conservateur en la personne de son représentant le plus atypique qui soit.
Quand Boris Johnson avait annoncé sa candidature, il avait provoqué la stupéfaction. Certes, l'homme jouissait d'une popularité certaine, avec ses cheveux jaunes ébouriffés, ses reparties politiquement incorrectes et souvent hilarantes. Une grande gueule non conformiste, sympathique et rafraîchissante, capable d'asséner : « Voter conservateur permettra à votre épouse d'avoir de plus gros seins »...
Comme beaucoup d'autres, Ken Livingstone a sous-estimé la menace que représentait celui qu'il qualifiait de « rigolo ». Mais, le 2 mai, le maire sortant, au bord des larmes, a dû se rendre à l'évidence : le bouffon l'avait emporté avec 53 % des suffrages. Cette victoire, Boris Johnson la doit surtout à un double vote protestataire : contre le Parti travailliste et Gordon Brown, d'abord, mais aussi contre « Ken le Rouge » , dont la popularité initiale s'est progressivement muée en hostilité.
Reste qu'en élisant son adversaire les Londoniens font un pari sur l'avenir. Contrairement à Livingstone, qui a consacré quarante ans de sa vie à la politique londonienne, Boris Johnson, qui fêtera ses 44 ans en juin, fait figure de novice. Entré tardivement en politique, il représente pour beaucoup une Angleterre aussi éloignée que possible du Londres multiculturel, progressiste et traditionnellement à gauche.
Bien qu'apparemment inexpérimenté, Johnson baigne depuis son plus jeune âge dans la politique. Il peut ainsi se targuer d'avoir pour arrière-grand-père le dernier ministre de l'Intérieur de l'Empire ottoman, pour grand-père un ancien président de la Commission européenne des droits de l'homme et pour père un député européen conservateur. Mais, s'il est issu d'un milieu intellectuel, Johnson ne vient pas d'une famille particulièrement aisée : « Je ne suis pas de la haute, je suis juste un arriviste », précise-t-il.
Il doit son passage au pensionnat huppé d'Eton à l'attribution d'une bourse plutôt qu'à son pedigree, une autre bourse ayant financé ses études de langues classiques à Oxford. Il a ensuite perpétué une tradition familiale en se lançant dans le journalisme. Renvoyé de son poste de stagiaire au Times pour avoir falsifié une citation, il a rejoint le très conservateur Daily Telegraph , puis le magazine The Spectator , dont il a été rédacteur en chef entre 1999 et 2005.
Charmeur et provocateur.
Ses partisans louent son charme et sa vivacité d'esprit, ses opposants dénoncent son snobisme, sa superficialité de dilettante et sa propension au mensonge. Ce père de quatre enfants qui ne manque pas une occasion de se montrer avec Marina, sa jolie épouse anglo-indienne, avait ainsi pris la porte du cabinet fantôme conservateur pour avoir nié une liaison (pourtant avérée) avec une de ses collègues. Ses détracteurs s'inquiètent aussi des tendances homophobes et racistes d'un homme qui a qualifié le mariage homosexuel de « parodie ridicule », l'islam de « plus vicieuse et sectaire des religions » et les Africains de « guerriers tribaux au sourire de pastèque ». Une propension à la provocation qui n'épargne d'ailleurs pas ses propres concitoyens, Johnson ayant décrit la ville de Portsmouth comme « un endroit rempli de drogués, d'obèses, de ratés et de députés travaillistes ».
Lors de sa prise de fonctions, il a néanmoins tenté de dissiper sa mauvaise réputation. « J'ai été élu sous la bannière du Nouveau Boris et je gouvernerai en tant que tel », a-t-il promis. Reste à voir si le nouveau Boris, confronté aux durs enjeux des gangs criminels, de la réforme des transports et du coût exorbitant des Jeux olympiques de 2012, saura être à la hauteur de la tâche
18:04 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






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