« La ministre de la culture, Christine Albanel, relance la polémique sur l'AFP | Page d'accueil | La loi sur l'autonomie des universités engendre des situations de blocage »

12.05.2008

Les survivants birmans victimes de pillards et de l'absence d'aide

Après le passage du cyclone Nargis, les Birmans sont victimes du détournement de l'aide humanitaire.

AFP/PORNCHAI KITTIWONGSAKUL
Après le passage du cyclone Nargis, les Birmans sont victimes du détournement de l'aide humanitaire.

 

La junte birmane s'apprête à proclamer le triomphe de son référendum constitutionnel du 10 mai alors que l'aide internationale parvient toujours difficilement à atteindre les populations du détroit de l'Irrawaddy, les plus touchées, le 3 mai, par le typhon Nargis.

Si la junte s'en tient à son bilan de près de 60 000 victimes, morts ou disparus, le bilan de 100 000 tués est évoqué par des diplomates étrangers. Près de deux millions de rescapés survivent démunis de tout depuis une semaine.

Durant le week-end, les militaires et le gouvernement birmans se sont félicités de la "participation massive" à un référendum "couronné de succès" dans tout le pays, hormis les régions frappées par le typhon. Les organes de presse officiels n'ont pas fourni d'estimation chiffrée du corps électoral appelé à approuver cette nouvelle Constitution, grâce à laquelle les militaires espèrent conserver le contrôle du pouvoir. La télévision d'Etat a vanté la promesse du "plus bel avenir" tout en fustigeant les tentatives "colonialistes" de "manipulations".

La consigne de vote négatif de l'opposition ne semble guère avoir été suivie. Le dépouillement du scrutin s'effectue en l'absence de tout contrôle extérieur.

Dans le même temps, les cris d'alarme des instances internationales et non gouvernementales sur la situation sanitaire se multiplient. Trois avions, affrétés par la Croix-Rouge, l'ONU et la Grèce, se sont posés dimanche à Rangoun, et des camions de secours avaient pu, la veille, franchir la frontière terrestre avec la Thaïlande pour gagner, conduits par des chauffeurs birmans fournis par l'armée, l'ancienne capitale, plus grande ville du pays. Toutefois, la branche britannique de l'organisation Campagne pour la Birmanie faisait état de cas, dûment relevés dans la presse de Bangkok, d'appropriation abusive d'aide étrangère par des membres de la junte.

PÉRIODE CRITIQUE

Ces débuts d'aide demeurent très loin du compte exigé par la situation. La période devient même critique pour la prévention d'éventuelles épidémies de choléra, typhoïde et dysenterie. Seul un quart des rescapés aurait reçu un début d'assistance.

Selon un reporter clandestin de la radio d'opposition birmane Democratic Voice of Burma (DVB), qui diffuse depuis la Norvège, des pillards s'en prennent aux survivants dans la région de l'Irrawaddy, notamment dans les villages près de Wakema et Kyonmage.

"C'est une vision épouvantable que de voir des corps partout, dans les villages et dans les criques", rapporte une habitante de Kyonmane. "La nuit, c'est effrayant, car des gens viennent en bateau dans les villages désertés pour emporter les tracteurs chinois et d'autres machines. D'autres se faisant passer pour des sauveteurs ont dit à des jeunes femmes survivantes de venir avec eux et, une fois à bord, les jeunes femmes ont été dépouillées de ce qu'elles avaient, violées et abandonnées dans les villages voisins."

Dans le village de Thabaukkyun, le corps d'une femme, Ma Than Than Htay, a été retrouvé par des amis. Ses mains et ses oreilles avaient été tranchée. D'autres corps de femmes ont été trouvés dans le même état. Elles devaient probablement porter des bagues et des boucles d'oreilles.

Une survivante à Hlaing Tharyar, près de Rangoun, a raconté à Democratic Voice of Burma que les habitants du canton ne reçoivent pas d'aide et sont évacués des bâtiments officiels par les autorités et les membres de l'organisation gouvernementale birmane USDA (Union Solidarity and Development Association).

Ce témoin a affirmé à Democratic Voice of Burma que les autorités ne distribuent du riz et de l'huile qu'aux partisans du régime. "Les gens qui meurent vraiment de faim n'ont rien reçu. La nourriture était distribuée aux gens de leurs propres organisations. Seulement une cinquantaine de victimes ont reçu de la nourriture", raconte-t-elle, alors que, selon elle, 10 000 personnes en auraient besoin dans cet endroit.

LE MONDE | 12.05.08 | 14h04  •  Mis à jour le 12.05.08 | 14h04
Francis Deron et Olivier Truc
Article paru dans l'édition du 13.05.08.

Ecrire un commentaire