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02.07.2008

«Le non irlandais ne plombe pas la présidence française»

Propos recueillis par Samuel Potier (lefigaro.fr) 02/07/2008 | Mise à jour : 11:56 | 
Hubert Védrine a été ministre des Affaires étrangères sous la mandature de Lionel Jospin, entre 1997 et 2002. (Martine Archambault / Le Figaro)
Hubert Védrine a été ministre des Affaires étrangères sous la mandature de Lionel Jospin, entre 1997 et 2002. (Martine Archambault / Le Figaro)

INTERVIEW - L'ex-ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine livre au Figaro.fr une analyse sur la présidence française de l'UE à contre-courant du blocage annoncé et supposé de l'Europe.

LE FIGARO.FR - Nicolas Sarkozy a assuré lundi soir qu'il fallait «changer profondément notre façon de faire l'Europe», qui «inquiète les citoyens européens». Le chef de l'Etat a-t-il trouvé le ton juste ?

Hubert VÉDRINE - Je partage la remarque du président Sarkozy si elle signifie qu'il faut mettre la pédale douce sur l'intégration, qui provoque un rejet croissant dans les peuples. Mais on peut poursuivre la construction européenne - qu'il faut distinguer du terme «intégration» - à travers de nouvelles politiques communes (énergie, environnement) ou des initiatives comme Erasmus et Galileo. Il me semble qu'une certaine vision fédéraliste, présupposant que la Nation est dépassée, est elle-même dépassée. Les peuples ne demandent pas que la Commission joue le rôle d'un gouvernement, même contrôlé par le Parlement européen. Un décalage s'est creusé entre les élites européennes et les populations, comme si on allait faire les Etats-Unis d'Europe. C'est irréel.

Les Etats européens doivent-ils continuer la ratification du Traité de Lisbonne, après le «non» irlandais, les hésitations des Tchèques ou encore le refus mardi de la Pologne de ratifier le traité ?

Ils sont libres de continuer, mais le droit international est très clair : il faut l'unanimité pour passer d'un traité à un autre. Une règle valable depuis le traité de Rome. Les événements auraient été différents si on avait décidé à l'unanimité de ratifier les traités internationaux à la majorité qualifiée. Ce qui voudrait dire que l'Europe est devenue une fédération, ce qu'elle n'est pas. Nous n'avons pas le droit de changer de règle juridique au milieu du processus. Surtout pas de la part de pays européens qui donnent des leçons de droits et de démocratie à tout le monde.

Je pense que depuis une dizaine d'années, on exagère l'importance des traités. Il y a une sorte d'attente magique, fétichiste, comme si ça allait régler les problèmes de façon miraculeuse. D'immenses choses se sont faites dans le passé indépendamment des traités : Mitterrand-Kohl dans les années 80, les gens se souviennent des images, pas du traité de l'époque. Le «non» irlandais ne doit pas être une excuse pour ne rien faire. Il ne plombe pas la présidence française de l'UE.

Vous êtes le dernier ministre des Affaires étrangères à avoir exercé durant une présidence française de l'UE. Qu'attendez-vous de cette présidence version 2008 ?

On en attend trop en général. La présidence française n'a pas de pouvoirs supplémentaires, mais des obligations supplémentaires. Elle doit faire de son mieux pour faire la synthèse entre les positions des 27 pays. Je pense même que ce n'est pas une position très commode pour ses propres intérêts. Première chose à faire : dégonfler les attentes, afin qu'elles deviennent raisonnables, précises. Je trouve que les sujets mis en avant par la présidence française sont réellement importants (changement climatique, immigration, agriculture, défense, ndlr). Mais le plus important pour les citoyens européens reste la défense des intérêts des Européens dans le monde et dans la globalisation.

Fallait-il créer une Union pour la Méditerranée, une sorte de «petite sœur» pour l'UE ?

L'idée d'origine était bonne, les pays du Sud étant très énervés par les méthodes de la Commission. Mais la présentation du projet a été trop grandiloquente et provocatrice. La comparaison avec l'Union européenne a donné le sentiment à des pays comme l'Allemagne que naissait un concurrent de l'UE. Cette présentation a fait beaucoup de tort au projet, d'autant que le soutien des pays du Sud est très ambigu et que l'Italie ou l'Espagne restent flous. Une sorte de coalition des oppositions s'est constituée. Le projet ne réussira pas de façon institutionnelle, mais à travers des projets concrets, comme la dépollution de la Méditerranée.

Etes-vous favorable à la présence du président syrien les 13 et 14 juillet ?

Il faut distinguer deux choses. Dès lors que le président invite tous les Etats européens et méditerranéens pour le sommet de l'Union pour la Méditerranée, il était impossible pour lui d'exclure la Syrie. En revanche, on peut s'interroger sur la pertinence de lier ce sommet du 13 juillet et la fête nationale du 14. J'ai des doutes là-dessus.

Que retenez-vous d'un an de politique étrangère française sous Nicolas Sarkozy ?

En matière de politique étrangère, il a voulu modifier la ligne générale de la Ve République, ce qu'on appelait le «consensus gaullo-mitterrandien». Pas sur tous les sujets, mais par exemple sur les rapports avec les Etats-Unis, la question de l'Otan et du Proche-Orient.

Quel regard portez-vous sur l'action de Bernard Kouchner ?

C'est un ami de longue date. Mais je ne porte jamais d'appréciation globale sur l'action de mes successeurs. Je suis bien placé pour savoir à quel point c'est compliqué.

Il y a un an, vous étiez approché par Nicolas Sarkozy pour le Quai d'Orsay en tant que ministre d'ouverture… Quels sont vos rapports aujourd'hui avec le président de la République ?

Sympathiques et cordiaux. J'ai gardé le contact. Je l'ai revu quelque fois à sa demande ou à la mienne. Je garde ma liberté, je ne regrette pas du tout mes choix aujourd'hui. Je n'ai pas changé de famille politique. Je suis un homme de dialogue, je ne suis pas dogmatique, je ne cherche pas l'affrontement. J'avais d'ailleurs l'an dernier mené une réflexion, à la demande du président, sur la France dans la mondialisation, qui comportait tout un volet sur la politique étrangère.

Que pensez-vous de la campagne présidentielle américaine qui monte progressivement en puissance ?

Il faut se garder de tirer des conclusions prématurées. Nous ne sommes que début juillet, il peut se passer bien des péripéties d'ici le mois de novembre. Le monde entier, à deux ou trois pays près, sera soulagé du départ de l'administration Bush qui a globalement échoué. Si McCain l'emporte, il y aura déjà un sentiment de soulagement et de renouveau, car ils penseront que c'est un Républicain dur qui défend des intérêts nationaux d'une manière normale. Si c'est Obama, une sorte de choc mondial se produira, à cause de son parcours, de sa famille. Une grande partie du monde le prendra pour un président du monde, le premier, de par son parcours, capable de comprendre autre chose que les Etats-Unis. Mais il sera avant tout président des Etats-Unis. Avec cette élection, les Etats-Unis disposent d'une occasion extraordinaire de modifier complètement leur image dans le monde.

Le drame de Carcassonne au coeur d'une nouvelle polémique!

Il m'est impossible de ne pas réagir à la tentative de récupération politique qu'opère en ce moment le PS au sujet du drame de Carcassonne.

Ce matin Vincent Peillon, proche de Mme Royal, demandait la démission du ministre de la Défense Hervé Morin et osait cette interrogation :"on va aussi maintenant mettre en accusation l'armée, la hiérarchie, les militaires?"

Mais pourquoi cette question, les militaires auraient ils un statut particulier qui leur confère une quelconque immunité? Certainement pas, ils n'en voudraient pas eux mêmes et les Français le refuseraient au nom du principe républicain d'égalité. Lorsqu'on commet une faute aussi grave que celle de Carcassonne (rappelons 17 blessés dont 14 civils et beaucoup d'émotion), qui que l'on soit, quoi que l'on fasse, il doit y avoir une réponse appropriée et à la hauteur de la détresse des victimes.

Avec les socialistes c'est malheureusement toujours la même antienne, responsable mais jamais coupable! Avec ce genre de propos on est sur de ne tirer aucune leçon et de ne rien changer pour ne froisser personne à l'exception des victimes qui se sentent toujours abandonnées après un tel drame.

Sauf que la démission du Général Cuche vient faire mentir cette tradition et montre que notre pays est réellement en train de changer notamment sous l'impulsion de son Président de la République. Cette transparence, qui touche désormais aussi la défense nationale, fait partie de la rupture qu'a promis Nicolas Sarkozy aux Français.

Nicolas Sarkozy se montre parfaitement à la hauteur des attentes qu'il a suscité pendant la campagne lorsqu'il a fait de la défense des victimes l'un de ses engagements de mandature. Au nom des victimes, on ne pourrait tolérer qu'aucune sanction ne soit prise et qu'aucun enseignement ne soit tiré dans ce drame. Ce n'est heureusement pas le cas dans cette affaire.
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Pierre-Henry Pouchelon

Zimbabwe : l'opposition refuse un gouvernement d'union nationale

Au sommet de l'Union africaine à Charm el-Cheikh, en Egypte, les dirigeants africains sont parvenus à s'accorder sur une résolution sur le Zimbabwe à l'issue de vifs débats, le 1er juillet 2008.
AFP/CRIS BOURONCLE

Au sommet de l'Union africaine à Charm el-Cheikh, en Egypte, les dirigeants africains sont parvenus à s'accorder sur une résolution sur le Zimbabwe à l'issue de vifs débats, le 1er juillet 2008.
 
Le chef de l'opposition au Zimbabwe, Morgan Tsvangirai, a rejeté, mercredi 2 juillet, la résolution de l'Union africaine (UA) appelant à former un gouvernement d'union nationale."Un gouvernement d'union nationale ne répondrait pas aux problèmes que rencontre le Zimbabwe et ne reflèterait pas la volonté du peuple zimbabwéen", a-t-il déclaré à la presse après une réunion du comité de direction de son parti. Le régime du président Robert Mugabe avait accepté cette résolution."Le gouvernement est prêt à un dialogue avec qui que ce soit, un dialogue pour l'unité nationale au Zimbabwe", a déclaré le ministre de l'information, Sikhanyiso Ndlovu.

 

Le président sud-africain, Thabo Mbeki, médiateur dans la crise au Zimbabwe, a insisté sur le fait que le régime et l'opposition dans ce pays devaient négocier. "Tout le monde est convaincu que seule [la formation] d'un gouvernement largement représentatif incluant tous les partis politiques du Zimbabwe dans un cadre qu'ils auront eux-mêmes choisi (...) peut permettre au Zimbabwe d'aller de l'avant", a-t-il déclaré à la radio SA FM.

VIFS DÉBATS À L'UA

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UA réunis à Charm el-Cheikh, en Egypte, ont adopté mardi, après de vifs débats, une résolution prônant la "formation d'un gouvernement d'union nationale" au Zimbabwe. Cette résolution "encourage Robert Mugabe et le leader du MDC, Morgan Tsvangirai, à engager le dialogue en vue de la promotion de la paix et de la stabilité". Le sommet soutient"l'appel à la création d'un gouvernement d'unité nationale et la médiation de la Communauté de développement de l'Afrique australe", indique le texte. Selon le porte-parole du ministère des affaires étrangères égyptien, Robert Mugabe, qui a assisté aux négociations, a même évoqué "un dialogue en cours avec le MDC".

Alors que la France a pris, mardi, la présidence tournante de l'Union européenne, le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, a affirmé que les Vingt-Sept ne reconnaîtraient qu'un gouvernement dirigé par l'opposant Morgan Tsvangirai, le gouvernement en place à Harare étant, selon lui, "illégitime" .

Notre bilan contre l'homophobie, par Rama Yade

Point de vue

Le propos est honteux. L'esprit reste confondu. Le combat politique est sans doute âpre et rugueux, mais que le débat d'"idées" sombre à ce niveau ne laisse pas d'inquiéter dans une démocratie apaisée et tolérante. Ce texte outrancier ne mérite pas un excès d'attention. Avant pourtant de le laisser à l'oubli où tombent toutes les vilenies, je voudrais rappeler les initiatives de la France dans ce domaine. La France de Nicolas Sarkozy, c'est quoi ? C'est d'abord la volonté politique de lutter contre toutes les formes de discriminations.

Ce combat est au coeur de notre engagement républicain. Le racisme nous révulse. Comme tous les actes qui blessent la dignité et l'égalité entre les hommes. C'est cette ambition que je porte aussi dans ma fonction de secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et aux droits de l'homme. "Ma France", c'est ensuite notre engagement à mener la lutte contre toutes les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle.

L'homophobie d'Etat alors ? Pour la première fois, cette année, la France reconnaît la journée internationale de lutte contre l'homophobie. C'est ce que j'ai annoncé au nom du gouvernement, le 17 mai, à l'ensemble des associations LGBT (lesbienne, gai, bi et trans), réunies au Quai d'Orsay. Moins d'une dizaine de pays au monde ont pris cet engagement qui était demandé par les associations. Depuis, l'action que j'ai enclenchée en matière de lutte contre l'homophobie dans le monde a été qualifiée d'"historique" par le fondateur de cette journée, Louis-Georges Tin.

L'homophobie d'Etat alors ? Alors que nous allons assumer la présidence de l'Union européenne, je vais prendre l'initiative de présenter - et c'est une première -, devant l'Assemblée générale des Nations unies, une déclaration transrégionale appelant à la dépénalisation universelle de l'homosexualité. Plus de 80 pays pénalisent encore l'homosexualité ; dans six pays, elle est passible de la peine capitale. En convaincre de renoncer à cette législation, tel est le combat opiniâtre et de longue haleine que je mène en ce moment, avec les associations concernées, avec nos partenaires européens et d'autres pays de tous les continents. Alors, nul besoin d'avoir des adversaires, dans ce domaine, à l'intérieur de nos frontières.

L'homophobie d'Etat alors ? C'est aussi l'engagement d'évoquer, dans chacune de nos rencontres diplomatiques, les cas individuels des personnes, menacées, persécutées ou condamnées en raison de leur orientation sexuelle. Et je ne compte pas les démarches d'urgence, publiques ou plus discrètes, que j'entreprends, avec nos partenaires européens, chaque fois qu'un cas est porté à notre connaissance.

L'homophobie d'Etat alors ? C'est l'abrogation par le ministère des affaires étrangères, précisément, de la circulaire demandant aux consulats de refuser d'enregistrer les pacs dans les pays qui prohibent la vie de couple hors mariage de deux personnes de sexe différent ou de même sexe ; dès le mois de mars, la France a pris l'initiative de dénoncer la convention de Strasbourg sur le fondement de laquelle l'un de nos compatriotes a été déchu de sa nationalité pour avoir épousé son partenaire. Et que dire de l'oubli délibéré par nos auteurs que l'affaire citée de la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l'homme porte sur des faits commis il y a dix ans, sous le gouvernement de Lionel Jospin !

L'homophobie d'Etat alors ? C'est le soutien qu'apporte la France à la Commission européenne dans sa réflexion sur le projet de directive pour lutter contre toutes les discriminations, y compris celles fondées sur l'orientation sexuelle. Ce sont les travaux vigilants conduits, par exemple, par la Halde, par la Commission nationale consultative aux droits de l'homme (CNCDH) sur la base desquels se construit le renforcement de l'Etat de droit. Ce sont les orientations données par Xavier Darcos au ministère de l'éducation nationale pour que la lutte contre l'homophobie soit prise en compte dans les apprentissages scolaires.

Tel est le bilan. Qui pourrait juger honnêtement que c'est celui d'un gouvernement qui a érigé l'homophobie au niveau d'une discrimination d'Etat ? La réflexion doit-elle être poursuivie sur l'homoparentalité, le pacs, le contrat d'union civile ? Certainement. Mais pas par l'anathème, la caricature ou l'aveuglement partisan. En démocratie, c'est au terme du débat de tous que s'ancrent les avancées fondamentales en matière de droits de l'homme.

S'il est une identité de la France, en cette année où nous commémorons le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, c'est bien l'universalité des droits fondamentaux. La France peut être fière de sa place dans le peloton des pays en tête de la lutte contre l'homophobie. C'est là qu'elle trouve sa véritable identité nationale, dans la force de ses convictions et des actes concrets qu'elle développe sur le terrain de la lutte contre l'homophobie. Que cette force trouve son origine dans la détermination sans faille du gouvernement français à lutter contre les discriminations peut être difficile à admettre pour certains. Mais on ne sert jamais une cause en la résumant à un seul de ses aspects au mépris des autres.

Et ce refus de voir la réalité en face n'est pas une raison suffisante pour jeter l'opprobre sur tout un pays à l'heure où, précisément, son engagement sur la scène internationale de la lutte contre l'homophobie est déterminant et pourra sauver des vies. Si cela est l'exception française, alors je la revendique.


Rama Yade Secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et aux droits de l'homme

Article paru dans l'édition du 03.07.08.

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