04.07.2008
Ingrid Betancourt à la France : "J'ai besoin de vous, encore"
Ingrid Betancourt est arrivée à Paris, vendredi 4 juillet, à l'aéroport de Villacoublay. Elle a été accueillie par le président de la République, Nicolas Sarkozy, et son épouse Carla Bruni, qui l'attendaient au pied de la passerelle de l'avion. Le président et l'ex-otage, souriante, ont échangé une longue accolade. Ils ont ensuite adressé quelques mots à la presse, avant de se rendre à l'Elysée.
Selon la Radio suisse romande, Ingrid Betancourt n'aurait pas été libérée grâce à une opération militaire de l'armée colombienne. D'après une source "proche des événements", une somme d'environ 20 millions de dollars aurait été versée aux ravisseurs. La radio précise que les Etats-Unis, dont trois agents ont été libérés mercredi, étaient "à l'origine de la transaction".
"Les quinze otages ont en réalité été achetés au prix fort, après quoi toute l'opération a été mise en scène", a rapporté la radio publique dans son journal de la mi-journée. Selon la RSR, c'est l'épouse de l'un des gardiens des otages qui a servi d'intermédiaire pour la transaction, après avoir été arrêtée par l'armée colombienne. Réintégrée au sein des FARC, elle a obtenu de son mari qu'il change de camp, a expliqué la radio.
La "mise en scène" de la libération des otages permet, selon la radio suisse, au président Uribe "de s'en tenir à sa ligne qui exclut toute négociation avec les rebelles tant que les otages ne sont pas libérés". Bogota n'a pas réagi. A Paris, le Quai d'Orsay affirme qu'il n'a versé aucune rançon."AUJOURD'HUI, JE PLEURE DE JOIE"
"On attendait ça depuis longtemps, a déclaré Nicolas Sarkozy, c'est toute la France qui est heureuse que vous soyez là, et c'est toute la France qui admire votre dignité." "C'est un message d'espoir, ça veut dire à tous ceux qui souffrent dans le monde que rien n'est perdu, a ajouté le président. Bienvenue, la France vous aime."
"Je rêve depuis sept ans de vivre ce moment, a répondu Ingrid Betancourt, sur le tarmac de l'aéroport, c'est très émouvant, respirer l'air de la France, être avec vous. Quand je prends le président Sarkozy par la main, quand je l'embrasse, quand je le regarde (...), je regarde à travers lui toute la France, vous tous qui avez partagé le même espoir, vous m'avez sauvé la vie", a poursuivi Mme Betancourt. "J'ai beaucoup pleuré pendant sept ans, de douleurs et d'indignation. Aujourd'hui je pleure de joie", a-t-elle ajouté, au bord des larmes, avant de prendre dans ses bras les membres des comités de soutien, qu'elle rencontrait pour la première fois.
"J'AI BESOIN DE VOUS, ENCORE"
Arrivée à l'Elysée, l'ex-otage est revenue en détail sur son calvaire pendant six ans : "c'est un monde absolument hostile, mais je savais que j'étais portée par votre amour, par vos prières... Mon Dieu, que je vous aime." Souriante, n'hésitant pas à faire de l'humour, Ingrid Betancourt a ensuite directement interpellé Nicolas Sarkozy. "J'ai laissé derrière moi des êtres humains qui sont encore entre les mains des FARC, alors j'ai besoin de vous, encore. Il faudra que Nicolas Sarkozy aille en Colombie à nouveau."
Elle a ensuite demandé que la France accueille les autres prisonniers des FARC, "je leur ai parlé de la France, pour leur donner des rêves, est-ce que nous pourrions leur offrir de venir ?". A ces deux requêtes, le président a répondu favorablement. "La France n'arrêtera pas le combat, a déclaré Nicolas Sarkozy, et tous ceux qui déposeront les armes seront accueillis." Pour ceux qui "se dissocient du combat de ces tortionnaires moyenâgeux, il y a toujours un espoir", a ajouté Nicolas Sarkozy.
La soirée devait ensuite se prolonger à l'Elysée, avec des personnalités et des hommes politiques. Samedi, Ingrid Betancourt doit passer des examens médicaux approfondis dans un hôpital, sans doute au Val-de-Grâce à Paris, pour prendre la mesure des conséquences physiques de ses six années de captivité.

AFP/MARTIN BUREAU
Ingrid Betancourt à son arrivée à Villacoublay, le 4 juillet.

AP/MICHEL SPINGLER
Ingrid Betancourt et Nicolas Sarkozy, vendredi 4 juillet à Paris.

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