25.07.2008
Emploi des seniors : arrêter le gâchis, par Christine Lagarde, Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez
Le taux d'emploi des seniors dans notre pays est de 38,3 %. C'est aussi l'un des chiffres le plus fréquemment cités dans le débat sur l'avenir des retraites, bien souvent pour pointer la France du doigt dans le rang des mauvais élèves européens. Pourtant, plus qu'un simple pourcentage, ce chiffre traduit une réalité complexe, qui tient à la fois aux caractéristiques de notre modèle social et de notre marché du travail. Si ceux-ci évoluent lentement vers les bonnes pratiques et les expériences réussies de nos voisins, comme la flexicurité par exemple, c'est avant tout dans l'évolution des esprits et des comportements que se jouent les progrès de notre pays pour l'emploi des seniors.
L'exemple de nos voisins européens montre qu'il est possible de faire beaucoup mieux, mais c'est une chose de souligner que la France a encore du chemin à faire pour égaler la Suède et son taux d'emploi des seniors de 70 %, c'en est une autre de travailler sur les causes et de proposer des solutions concrètes pour faire changer le regard, pour faire bouger les choses. C'est la raison pour laquelle le gouvernement a décidé, dans le cadre du rendez-vous 2008 sur les retraites, d'ouvrir le dialogue sur cet enjeu essentiel, et de réfléchir avec les partenaires sociaux sur les causes et les conséquences de ce gâchis humain, social et économique.
On est encore en âge de travailler après 55 ans ; on n'a pas l'âge d'être mis sur la touche, on est encore utile à l'entreprise, au progrès, à la société. Pourtant, encore trop peu d'entreprises jouent le jeu de l'emploi des 55-64 ans, et de plus en plus de seniors sont découragés, ou choisissent d'arrêter de travailler avant d'avoir atteint l'âge légal de la retraite, quitte à toucher moins, alors que nous vieillissons mieux, et que nous vivons de plus en plus vieux. Conséquence : même après le passage à 41 ans de cotisation, le déficit pour le seul régime général atteindra, avant mesures de redressement, 11 milliards d'euros en 2012, ce qui équivaut à une retraite sur dix non financée. Il est donc grand temps d'agir, à la fois pour garder et ramener les seniors vers l'emploi. Bien évidemment, il est normal et juste que ceux qui ont commencé à travailler très tôt, souvent dans des conditions difficiles, et qui ont cotisé deux ans de plus que ce qui est nécessaire puissent s'ils le souhaitent partir avant 60 ans.
Nous avons d'ailleurs souhaité reconduire le dispositif carrières longues pour prendre en compte la situation de celles et ceux qui ont commencé à travailler à 14, 15 ou 16 ans. Pas question non plus d'oublier que certains ont exercé des métiers plus pénibles que d'autres, et que leur espérance de vie est réduite du fait d'une exposition prolongée à la pénibilité. Mais nombreux sont les 55-64 ans que nous rencontrons sur le terrain qui nous disent qu'ils ne souhaitent pas arrêter de travailler, mais y sont parfois forcés. Tous ont bien conscience pourtant qu'il en va de leur propre niveau de vie une fois à la retraite, mais aussi des retraites de leurs enfants et de leurs petits-enfants ; en un mot, de l'avenir du système de retraite par répartition, que personne ne souhaite voir remis en question.
Pour garantir les progrès en matière d'emploi des seniors, une seule option : trouver des solutions nouvelles pour démontrer que, si les 55-64 ans restent dans l'entreprise, tout le monde y gagne : les entreprises, qui trouveront chez les seniors une véritable expertise et des compétences pour rester compétitives face à la concurrence ; les seniors, qui pourront bénéficier d'une retraite complète, et qui seront accompagnés si nécessaire dans cette deuxième partie de carrière.
Pour ce faire, le gouvernement a d'ores et déjà proposé de nombreuses solutions particulièrement incitatives, avec par exemple la libéralisation du cumul emploi-retraite pour simplifier la possibilité, pour les seniors qui le souhaitent, de cumuler un emploi avec la retraite, et ce sans aucune restriction, ou encore la mise en place d'une surcote incitative, en donnant 5 % de pension de retraite de plus par année de plus cotisée. Concrètement, si vous avez par exemple aujourd'hui 60 ans, que vous avez déjà cotisé 40 ans, et que vous acceptez de travailler une année de plus, votre pension sera augmentée de 5 % jusqu'à la fin de vos jours. Côté entreprises, le gouvernement n'a pas attendu le rendez-vous 2008 pour agir, notamment en taxant plus lourdement dès cette année les mises à la retraite d'office et les préretraites. Nous allons chercher des solutions nouvelles pour favoriser l'incitation, et non pas la sanction à tout prix, pour que les entreprises, d'elles-mêmes, prennent des initiatives. C'est dans cet esprit que sera mis en place un dispositif de cotisations retraite additionnelles pour les entreprises qui n'auraient pas négocié et conclu un accord. Des entreprises ont déjà ouvert la voie et montrent qu'il est possible de mettre en place de bonnes pratiques, sur la formation professionnelle, sur les conditions de travail, sur la transmission des compétences et le tutorat, sur le recrutement.
Christine Lagarde est ministre de l'économie ;
Xavier Bertrand est ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité
Laurent Wauquiez est secrétaire d'Etat chargé de l'emploi.
Article paru dans l'édition du 24.07.08.17:29 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
















Ecrire un commentaire