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30.07.2008
Une éventuelle dissolution de l'AKP, parti au pouvoir en Turquie, inquiète les Européens
BRUXELLES BUREAU EUROPÉEN
Imminente et incertaine, la décision de la Cour constitutionnelle turque, dont les juges sont réunis à Ankara pour statuer sur l'avenir du Parti de la justice et du développement (AKP), donne des sueurs froides aux dirigeants européens : l'éventuelle dissolution de la formation du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, risque de compliquer encore les négociations d'adhésion en cours entre la Turquie et les Vingt-Sept. Au nom de l'Union européenne (UE), dont il assure la présidence ce semestre, Nicolas Sarkozy souhaite pourtant minimiser l'impact de la décision de la Cour sur les tractations en cours.

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré, lundi 28 juillet, que les deux attentats à la bombe qui ont tué dix-sept personnes, dimanche, à Istanbul étaient "le coût" de l'intensification de la campagne militaire menée contre les rebelles kurdes en Turquie et dans le nord de l'Irak, sans nommer spécifiquement le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).
Le PKK, considéré comme une organisation terroriste par la Turquie, les Etats-Unis et l'Union européenne, a pour sa part nié toute responsabilité dans les attentats d'Istanbul.
Plus de 37 000 personnes ont été tuées depuis qu'il a lancé en 1984 ses opérations armées pour obtenir l'autonomie du sud-est de la Turquie, région majoritairement peuplée de Kurdes. - (AFP.)
Les capitales européennes font face à un dilemme : soucieuses de ne pas laisser passer sans réagir ce que d'aucuns pourraient considérer comme un "coup d'Etat judiciaire", elles ne veulent pas aggraver la situation en Turquie, en affaiblissant le camp réformateur face aux laïcs les plus nationalistes. Elles craignent aussi une nouvelle période d'instabilité politique à Ankara, si le gouvernement islamiste modéré était décapité un an après avoir été reconduit triomphalement dans les urnes : accusés d'"activités antilaïques", le premier ministre, M. Erdogan, le président de la République, Abdullah Gül, et 69 élus et cadres de l'AKP risquent cinq ans d'inéligibilité dans cette affaire.
Quelle que soit l'attitude des magistrats turcs, les Vingt-Sept, Paris en tête, excluent d'utiliser "l'arme atomique" : une suspension en bonne et due forme des négociations d'adhésion, qui pourrait être décidée sur proposition de la Commission européenne, à la majorité qualifiée des Etats membres. "Une telle suspension est théoriquement possible en cas de violation grave et persistante des droits fondamentaux, dans l'hypothèse d'un coup d'Etat militaire, dit un diplomate, pas pour une décision judiciaire prise dans le cadre institutionnel du pays candidat."
Parmi les Etats membres, la France est particulièrement soucieuse de ne pas apparaître comme souhaitant profiter de sa présidence européenne, et de la décision des gardiens de la Constitution turque, pour tenter d'entraver davantage les laborieuses négociations d'adhésion engagées depuis trois ans avec Ankara.
M. Sarkozy a eu l'occasion d'aborder la question lors d'une rencontre avec M. Erdogan, en marge du lancement de l'Union pour la Méditerranée, le 13 juillet : le chef de l'Etat a alors espéré que la décision de la Cour constitutionnelle serait "conforme à ce qu'on peut attendre dans un Etat de droit et dans une démocratie pluraliste". Les dirigeants français ont répété, depuis, que la décision de la justice turque serait avant toute chose un événement "interne". Pour le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, le jugement "ne doit pas interférer" avec les discussions en cours.
La présidence française est par ailleurs en concertation étroite avec la Commission européenne. L'exécutif européen, qui pilote au jour le jour les négociations avec Ankara, devrait être le premier à réagir à la décision des magistrats turcs. Après avoir critiqué la procédure engagée contre l'AKP, Olli Rehn, le commissaire en charge de l'élargissement, pourrait être tenté de ralentir quelque peu le rythme des pourparlers, surtout si de nouvelles élections générales doivent avoir lieu d'ici à la fin de l'année en Turquie. Une mise entre parenthèses même informelle des négociations est cependant mal perçue à Paris.
Afin de calmer le jeu, les dirigeants français ont en effet promis à leurs partenaires d'assurer "loyalement" la présidence de l'Union européenne vis-à-vis de la Turquie. Depuis son élection, la position de M. Sarkozy, qui continue de plaider pour un "partenariat privilégié" au lieu d'une adhésion pleine et entière, a suscité de vives tensions entre Paris et Ankara. En signe d'apaisement, la présidence française prévoit d'ouvrir entre deux et trois chapitres de négociation d'ici à la fin de l'année - libre circulation des capitaux, et information-médias sont le plus souvent cités. D'autres volets, comme l'énergie et l'éducation-culture, sont techniquement prêts, mais pourraient être bloqués par Chypre.
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