A Paris, comprendre les élections municipales suppose d'imaginer les tractations du lendemain du premier tour, de se projeter dans le troisième tour, celui où le marie se fait élire par le conseillers de Paris, avant que le second n'ait eu lieu devant les électeurs. De faire de la combinatoire électorale.
L'élection du maire de Paris se joue en fonction du nombre de conseillers de Paris obtenus par les listes en présence dans chaque arrondissement. 163 conseillers composent le Conseil de Paris. 82 sièges sont nécessaires pour obtenir la majorité absolue. Conquérir ces sièges nécessite pour les partis de fusionner ou d'obtenir des désistements entre les deux tours. La loi électorale permet aux listes dépassant 5 % des suffrages exprimés de fusionner, à celles dépassant 10 % de fusionner bien sûr mais aussi de se maintenir si elles le veulent. Au soir du premier tour, les Verts chercheront les arrondissements dans lesquels ils seront en mesure de passer le premier seuil pour fusionner avec les listes du PS. Le MoDem listera les arrondissements lui permettant en principe de se maintenir, afin de pouvoir peser dans les discussions du jour d'après et envisager de fusionner (tableau 1).
DANS LES COULISSES
Au soir du 9 mars, en fonction des résultats du premier tour, les états majors à la Mairie de Paris et à l'UMP chercheront à évaluer le nombre de sièges gagnables sans alliances, avant d'engager des tractations en connaissance de cause. L'analyse électorale permet dès à présent d'établir des scénarii en partant des résultats des seconds tours des élections présidentielle et législatives de 2007. En dressant, grâce à ces données deux hypothèses dans chaque arrondissement, l'une favorable à la gauche, l'autre à la droite, on obtient les projections représentées ici.
Dans le cas où la droite se maintiendrait dans ses bastions, menacerait les sortants dans les 12e, 9e et 4e mais viendrait à perdre les 1er et 5e, la droite parisienne pourrait espérer entre 67 et 85 sièges, soit 76 sièges en moyenne. Dans ces conditions, les espoirs de la gauche se situeraient entre 78 et 96 sièges (87 en moyenne). Ne pouvant prendre le risque – même faible – de perdre la municipalité, Bertrand Delanoë se trouverait devant la quasi obligation de composer avec le MoDem, dans le 12e et donc dans le reste de Paris.
Dans l'hypothèse où la gauche serait en mesure de conserver tous ses arrondissements y compris le 12e, gagnerait en outre les 1er et 5e mais perdrait les 4e et 9e, ses espérances en sièges oscilleraient alors entre 84 et 96 (moyenne de 90 sièges). Ceci donnerait au maire de Paris l'opportunité de confier aux Verts des sièges sans plus dépendre d'eux. De leur côté, les Verts ne pourraient espérer fusionner, donc réclamer des places de conseillers dans la majorité, que dans 4 à 8 arrondissements où ils seront en mesure de réaliser des scores supérieurs à 5 %.
Enfin, dans les arrondissements où elles pourraient imposer des triangulaires, les listes du MoDem ne sauraient espérer conquérir que quelques sièges. Uniquement dans des arrondissements forts pourvoyeurs en sièges comme le 12e et le 14e (10 sièges chacun) Car même avec de bons scores, des triangulaires dans les 5e, 6e ou 7e ne permettraient pas à cette formation d'espérer gagner des sièges compte tenu du trop faible nombre de conseillers dans ces arrondissements (respectivement 4, 3 et 5). Pour le MoDem, la conquête d'un nombre plus élevé de sièges passe nécessairement par un accord.
MONOPOLY MUNICIPAL
Au matin du 10 mars, Bertrand Delanoë devra décider des alliances politiques à mettre en œuvre. Plus l'arithmétique lui sera favorable, plus les critères politiques seront déterminants. Plus la combinatoire sera incertaine, plus il devra composer pour construire sa nouvelle majorité.
Si l'espoir de gain se situe au-dessus de 90 sièges, le maire sortant pourra se permettre d'octroyer aux Verts des conseillers (en fonction de leurs résultats) tout en gardant la majorité absolue. Il pourra aussi se passer d'une alliance avec le MoDem, pour peu que le maintien de celui-ci ne lui fasse pas prendre le risque de perdre un arrondissement crucial comme le 12ème ou le 14ème.
Si les gains espérés se situent pour la gauche autour de 80 à 85 sièges, l'alliance Verts-MoDem pourrait s'avérer utile ou indispensable selon les cas. Une alliance à minima entre le PS et le MoDem dans la capitale, "dans la clarification" pour Bertrand Delanoë, "dans le respect de l'autre" selon Marielle de Sarnez, contraindrait le maire sortant à céder au moins un conseiller dans chaque arrondissement au MoDem là où celui-ci accepterait de fusionner. L'accord devrait être revu à la hausse si l'alliance avec le MoDem permettait d'éviter de perdre une mairie (14e ou 12e). Ou d'en gagner une aussi emblématique que celle du 5e. En revanche, le MoDem devrait revoir ses espoirs à la baisse dans le cas où Bertrand Delanoë envisageait de lui confier des mairies, dans le 5e ou le 14e par exemple comme il le fit dans le 2e arrondissement pour les Verts en 2001, qui avaient obtenu un très haut résultat (plus de 12 % au premier tour). Car au Monopoly municipal, donner une mairie d'arrondissement vaut "davantage" que deux conseillers. Cette économie en sièges aurait naturellement un coût politique : l'octroi d'une mairie d'arrondissement au MoDem reviendrait à opérer un choix politique décisif pour l'avenir municipal, partisan et national de Bertrand Delanoë.
Pour lui, quels que soient les résultats à l'issue du premier tour, il ne pourra pas envisager d'aller à la bataille du second tour sans alliés sauf à prendre le risque d'accréditer une image d'arrogance. Les Verts seront donc de la partie, comme déjà annoncé dans les deux camps. L'incertitude concerne le nombre – sans doute réduit – de conseillers qu'il leur accordera. Elargir l'alliance au centre poserait d'autres difficultés. En particulier celle de faire accepter par ses alliés (PC, MRC, MRG) l'entrée dans la majorité d'ex-adversaires de droite. Et imposera également d'assumer une ligne stratégique d'ouverture au centre dans son éventuelle course au leadership au sein PS.
Une double alliance pourrait également avoir pour le maire sortant des avantages. Dans le cas où il ne pourrait envisager d'obtenir seul la majorité au Conseil de Paris, négocier des conseillers avec les Verts et avec le MoDem lui permettrait peut-être de s'affranchir de la dépendance à l'égard d'un seul allié. Bertrand Delanoë serait alors en situation de construire des majorités variables au Conseil de Paris. Rien ne dit que ceci serait confortable. Mais rien ne dit non plus que ce ne serait pas une façon de habile de diviser pour mieux régner, et garder plusieurs fers au feu pour l'avenir.








Grazie per l’attenzione. Buona campagna elettorale,



