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18.05.2008
L'Elysée envisage de constitutionnaliser l'équilibre budgétaire à moyen terme
L'obligation d'avoir des finances publiques équilibrées pourrait être inscrite dans la réforme de la Constitution, discutée à partir du 20 mai à l'Assemblée nationale. C'est par un coup de téléphone, vendredi 16 mai juste avant l'ouverture du congrès de fondation du Nouveau Centre à Nîmes, que le gouvernement en a avisé ses alliés de la majorité présidentielle. Selon nos informations, confirmées samedi 17 mai par l'Elysée, on s'oriente vers l'inscription dans la Constitution d'un principe général d'équilibre des finances publiques sur le moyen terme, dans la philosophie des amendements déposés au projet de loi de révision de la Constitution par le Nouveau Centre.
Le premier prévoit que, dans le cadre d'une programmation pluriannuelle, l'équilibre des finances publiques doit être respecté. La définition inclut le budget de l'Etat, celui de la Sécurité sociale et celui des collectivités territoriales. Le deuxième définit une obligation d'équilibre pour le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Le gouvernement, en revanche, n'a pas donné son aval à l'amendement imposant le vote de lois de finances initiales en équilibre.
Le parti d'Hervé Morin, ministre de la défense, a impérativement besoin d'obtenir un gage de la part de Nicolas Sarkozy pour justifier qu'il renonce à l'un de ses principales revendications : l'introduction de la proportionnelle aux élections législatives, aujourd'hui inenvisageable. Le chef de l'Etat, qui doit s'assurer d'une majorité des trois-cinquièmes au Congrès pour l'adoption de la révision constitutionnelle, solidifie ainsi le socle de sa propre majorité avant d'engager l'épreuve de force avec l'opposition.
D'autres composantes de la majorité ont également laissé entendre que le gouvernement s'apprêtait à encadrer les déficits. Le Parti Radical (associé à l'UMP), par la voix de son secrétaire général Laurent Hénart, a proposé jeudi 15 mai d'introduire la "règle d'or" dans la loi relative aux lois de finance (LOLF) : la dette publique ne pourrait financer que les dépenses d'investissement mais pas les dépenses de fonctionnement. Cette solution, note le député de Meurthe-et-Moselle, "a fait ses preuves dans les pays où elle a été appliquée comme le Royaume-Uni". Elle a aussi valeur constitutionnelle en Allemagne.
L'Elysée semble plutôt enclin à s'inspirer de la philosophie du pacte de stabilité européen qui prévoit un équilibre général des finances publiques en moyenne au cours d'un cycle économique.
Le gouvernement français pourrait ainsi faire valoir auprès de Bruxelles que cette nouvelle règle constitutionnelle - dont l'application est toutefois renvoyée à 2012, donc au prochain quinquennat - témoigne de sa volonté de rééquilibrer durablement ses finances publiques.
Pour l'heure, la Commission européenne en doute. Elle pense que François Fillon ne pourra pas tenir le déficit public à 2,5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2008 et 2 % en 2009, et retient des prévisions supérieures (2,9 % et 3 % du PIB). Elle s'apprête à adresser à la France, mercredi 28 mai, une "recommandation politique" l'incitant à mettre de l'ordre dans ses comptes publics. Fort de la révision à la hausse de la croissance française pour 2007, M. Sarkozy a essayé de dissuader la Commission : "Je dis simplement à Bruxelles, "regardez vos chiffres". Si l'Insee a revu ses chiffres à la hausse, peut-être que Bruxelles peut aussi s'interroger, mais je ne veux pas polémiquer", a déclaré vendredi M. Sarkozy.
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Pourquoi les caisses sont vides, par Jean Pisani-Ferry
LE MONDE | 29.04.08 | 14h17 • Mis à jour le 02.05.08 | 17h36
Après 1992 et 2001, 2008 : pour la troisième fois, l'économie française aborde un ralentissement économique avec un niveau trop élevé de déficit public ; pour la troisième fois, son gouvernement a dû choisir entre soutenir la croissance et dégrader encore les finances publiques. Nicolas Sarkozy n'en a guère parlé lors de son intervention du 24 avril, mais, en s'abstenant d'annoncer toute mesure significative, il a implicitement confirmé son choix de janvier : il n'entend pas "vider des caisses qui sont déjà vides".
Cette décision est socialement et politiquement coûteuse. En raison de la hausse des prix, l'année 2008 se terminera certainement sur une stagnation ou une baisse du pouvoir d'achat. Une mesure fiscale, des prestations ciblées sur les faibles revenus auraient soutenu la consommation au moment où celle-ci fléchit et auraient aidé à contenir les demandes de rattrapage salarial, qui menacent de nourrir une spirale d'inflation. Mais accroître délibérément le déficit alors qu'il était déjà de 2,7 % du PIB en 2007, c'était attirer les foudres de nos partenaires européens, s'exposer à la méfiance des marchés des capitaux et probablement susciter suffisamment d'inquiétude pour amoindrir sérieusement l'impact de la relance. Le choix du gouvernement est rationnel.
Tout autre est la situation en Allemagne, où les comptes publics sont en équilibre, en Espagne, où ils sont excédentaires. Sur les quinze pays de la zone euro, quatre ont enregistré un excédent substantiel en 2007, six étaient au voisinage de l'équilibre. Tous ces pays disposent aujourd'hui de marges de manoeuvre pour soutenir la croissance, certains s'apprêtent à le faire. Seuls le Portugal et la Grèce sont dans une situation similaire à la nôtre, même l'Italie fait mieux.
Pourquoi en va-t-il ainsi ? Pourquoi la France fait-elle des déficits en période de croissance et s'interdit-elle ainsi d'utiliser l'arme budgétaire en période de ralentissement ? Pourquoi fait-elle le contraire de ce que prônent à la fois le keynésianisme et les dispositions européennes, pourquoi conduit-elle systématiquement une politique qui accentue les fluctuations au lieu de les amortir, au risque de ralentir la croissance d'ensemble ? D'autres pays ont fait ces erreurs dans le passé, mais ils en ont tiré des leçons. Nous n'apprenons pas.
L'explication est d'ordre politique plus qu'économique. Le déséquilibre permanent des comptes résulte d'abord d'une contradiction entre appétence pour la dépense et réticence à l'impôt. La France est au deuxième rang de l'OCDE pour la dépense publique, mais dès qu'apparaît l'ombre d'une recette supplémentaire, les gouvernements de tous bords n'ont de cesse que soient réduits les prélèvements. Les déficits témoignent aussi d'une fixation sur l'instant, d'une incapacité collective à se projeter ne serait-ce que de quelques années dans l'avenir, qui est la caractéristique des pays obsédés par les conflits de répartition.
Pour contenir la propension au déficit, et allonger l'horizon temporel, on peut encadrer la décision par des principes, organiser sa surveillance par des institutions. Traditionnellement, la France comptait en la matière sur le pouvoir du ministre des finances : la Constitution, la loi et l'usage lui en donnent les moyens. La rotation accélérée des titulaires du poste (treize ministres en quinze ans) a miné leur autorité. Timidement, nous nous sommes, depuis dix ans, dotés d'une règle, avec une enveloppe de dépense triennale. Elle n'a jamais été respectée. Enfin, avec le pacte de stabilité, nous avons sous-traité notre discipline aux institutions européennes. Mais, par un singulier renversement, chacun en est venu à tenir le non-respect des engagements pris pour la mesure de notre discernement. Au total, aucune des méthodes par lesquelles la France s'est efforcée de se donner un peu de cohérence temporelle n'a réussi.
De tout cela, l'actuel gouvernement n'est évidemment pas comptable, mais il n'a, sur ce point, marqué aucune volonté de rupture. Au contraire : le paquet fiscal de l'été 2007 – sauf à soutenir contre toute évidence qu'il témoignait d'une prescience des difficultés à venir – s'est parfaitement inscrit dans la tradition de la gestion à contre-temps. La décision de bientôt soumettre les perspectives triennales au vote du Parlement est un progrès, mais de portée limitée. Dans le même temps, l'Allemagne, suivant en cela l'exemple de nombreux autres pays, s'apprête à réviser sa Constitution pour se doter d'une nouvelle règle budgétaire.
Il serait grand temps que la France prenne la question de front, qu'elle se dote d'un code de responsabilité budgétaire et de procédures incitant à son respect. Leur élaboration pourrait avoir un caractère pluri-partisan, car il s'agira de définir des principes assez consensuels pour survivre aux alternances. Elle devrait aller au-delà des objectifs, pour déterminer par exemple si la prévision et l'évaluation doivent rester de la responsabilité du ministre des finances. L'expérience internationale offre en la matière une panoplie étendue de solutions, dont il faudrait s'inspirer.
Evidemment, cela ne changera rien à la situation actuelle. Mais, outre qu'une telle démarche indiquerait que la question commence à être prise au sérieux, ce serait oeuvre utile que de faire en sorte que nous ne nous trouvions pas aussi démunis qu'aujourd'hui lorsque viendra la prochaine récession.
Jean Pisani-Ferry est économiste et directeur du Bruegel (Brussels european and global economic laboratory)
Article paru dans l'édition du 30.04.08.08:43 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Sans Isabelle Adjani, point de Festival de Cannes!
La seule chose qui me réjouisse, dans le Festival, est la présence d'Ursula Meier. Autrement, vous pourrez me dire n'importe quoi: sans Isabelle Adjani, Cannes n'est pas Cannes! Et je sais de quoi je parle, je l'ai rencontrée. Cela fait quelques années, c'est vrai. Or, la brûlure est toujours aussi vive...
Coup de semonce du rédacteur en chef, comme je débutais. Embarquement immédiat pour le tournage de « Tout feu, tout flamme » de Jean-Paul Rappeneau : « Deux stars en chair et en os, mon vieux. Ca commence bien pour vous ! »
Devant la grille, une limousine m’attendait. La chargée de presse m’y enfourna et la voiture s’ébroua. Au milieu du gazon anglais, le monstre en peignoir : Yves Montand. Pas ma tasse de thé, le style Hollywood. Montand s’en aperçut et je me préparai à être congédié. Au lieu de quoi l’acteur fit les questions et les réponses. Complaisant, le minotaure.
Mais le plus dur m’attendait, même le soleil, genre l’Eté meurtrier, semblait le confirmer. Il ne manquait plus que la gazelle en shorts, j’avais rêvé plus sérieux pour débuter de carrière. Une équipe d’une cinquantaine de personnes s’affairait avec une obséquiosité messianique. Alors, je la vis ! Isabelle Adjani se débattait contre deux malfrats qui tentaient de l’enlever.
Elle hurlait avec une conviction si poignante que je faillis me précipiter à son secours. Chevelure de jais, yeux bleus des mers du sud, la star, sur un signe de la chargée de presse, esquissa quelques pas et sortit du champ de la caméra. Tout se suspendit quand elle se dirigea vers moi et mon sang se figea devant sa robe transparente. Alors, comme elle fit un mouvement de tête pour dénouer son chignon et s’adresser au journaliste avec un naturel qu’aucune autre actrice au monde n’eût été capable de feindre, cependant que le photographe commençait à mitrailler, se superposa un instant le visage de ma propre sœur dont j’avais depuis longtemps constaté avec elle la singulière ressemblance. En une seconde, une familiarité, une intimité extrêmes nous relièrent. Nous étions soudain comme deux aimants, sa lippe boudeuse, pas plus que l’auréole du soleil irradiant à contre jour son visage de démon adorable ne me désarçonnèrent. Pour moi, moi seul, elle était sortie de l’écran, telle Mia Farrow de la Rose pourpre du Caire ! Sauf qu’ici ça tournait au réel : nous nous parlions par-delà nos rôles respectifs, nous nous frôlions comme deux amants qui s’étaient attendus depuis longtemps, trois mots à peine, deux souffles qui suffisaient à notre reconnaissance, n’éprouvant, pour l’équipe qui nous entourait, qu’une totale indifférence. Et la preuve que je ne rêvais pas vint à point quand le photographe, qui s’était rendu ventre à terre au labo pour tirer les planches contact revint, la mine réjouie. Isabelle les inspecta, comme Cléopâtre ses troupes. Elle saisit son verni à ongle rouge et se mit à barrer consciencieusement tous les clichés qui ne lui plaisaient pas. Tous sauf un, que celui qui n’y voit pas un signe me jette la première pierre, où nous figurions… elle et moi ! Un seul mot, c’est certain, et elle aurait accepté mon invitation au bar de son palace ; non, un dîner aux chandelles en tête à tête, après quoi nul doute que nous aurions gravi les marches garnies de tapis feutré pour gagner sa suite (mon Dieu comment draguait-t-on une star ?) et ma vie, réalisez-vous cela, eût pris un tout autre court que ni vous ni moi ne pouvons raisonnablement imaginer ! Un mot, un seul, et je ne serais pas là, à m’épuiser à recréer, par ces lignes qui ne me rapporterons pas un centimètre de gloire cependant que j’aurais pu inviter sur mon yacht en mer Egée l’éditeur qui me les commande, la divine Isabelle que je tente parfois d’apercevoir quand je passe à bicyclette devant son appartement genevois de Champel, impitoyablement renvoyé de l’autre côté du miroir, contraint de rejoindre la cohorte des lecteurs frustrés des magazines du soir.
Singulière brûlure que cette rencontre. Elle n’aura duré que quelques secondes ; il faut des années pour se remettre de leur fulgurance. Celle-ci me fait immanquablement songer à ce sik indien, qui avait deviné le prénom compliqué de ma mère : on est dans le domaine du mirage. Le plus rationnel des esprits ne saurait y échapper. Il est condamné, pour l’exorciser, à le raconter. Et à contempler, perplexe, une fois tous les dix ans, la lettre de remerciements de la belle, bourrée de fautes d’orthographe ; et la fameuse photo, sertie d’un cadre rappelant son vernis à ongle qui déclenche, depuis trente ans, les irrépressibles sarcasmes de ma femme.
Ce petit texte vous a plu? Il a été publié dans le recueil Rencontres. L'ouvrage vient de paraître aux éditions de L’Aire à l’occasion du Salon du Livre 2008 et du 30ème anniversaire des éditions. Une trentaine de créateurs suisses y racontent une rencontre.
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17.05.2008
Hervé Morin élu à la tête du Nouveau Centre

Sans surprise, le ministre de la Défense a été élu président du parti en recueillant 87% des voix des adhérents réunis samedi à Nîmes.
Le ministre de la Défense Hervé Morin a été élu président du Nouveau Centre lors de son congrès fondateur samedi à Nîmes. Il a recueilli 87% des voix contre 13% à Mireille Benedetti, adjointe au maire de La Ciotat et conseillère régionale en PACA.
Près d'un an après sa création issue de sa scission avec l'UDF, ce parti revendiquant 7.000 militants et 2.000 élus locaux a pour secrétaire général le député Yann Lachaud, tandis que la présidence exécutive est confiée à Jean-Christophe Lagarde. Le NC se dote également de quatre présidents délégués: les secrétaires d'Etat André Santini (Fonction publique), Christian Blanc (Développement de la région capitale) et Valérie Létard (Solidarité), ainsi que le président du groupe NC à l'Assemblée François Sauvadet.
Changement de nom repoussé
Le Nouveau Centre a en revanche renoncé au dernier moment à changer de nom, la nouvelle appellation proposée ayant été jugée par certains responsables trop audacieuse pour être adoptée sans une période de réflexion supplémentaire, selon des sources concordantes. Le nouveau nom proposé était «Solid», pour «Social, libéral, démocrate», selon un élu Nouveau Centre.
Celle-ci a été jugée «trop ébouriffante» par certains élus NC pour être adoptée sans tests supplémentaires, avait expliqué Hervé Morin dès vendredi. «Des conservateurs», avait regretté Jean-Christophe Lagarde, président exécutif en charge de la stratégie et du développement. La décision a finalement été repoussée au mois de septembre, alors qu'un clip de présentation avait été réalisé et était prêt à être diffusé samedi.
Plusieurs personnalités centristes sont venues à Nîmes afficher leur soutien au Nouveau Centre, sans pour autant le rejoindre, comme Jean-Marie Cavada, le député Thierry Benoit, élu sous l'étiquette UDF MoDem mais aujourd'hui en froid avec François Bayrou, ou Eric Besson.
23:56 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Un autre regard sur Claude Lévi-Strauss

(François Bouchon/Le Figaro)
La publication de sept titres dans la Pléiade confirme que l'ethnologue est moins un maître à penser qu'un savant que tout passionne.
Au moment où paraît un volume de la « Bibliothèque de la Pléiade » rassemblant sept livres de Claude Lévi-Strauss, il convient de le rappeler fermement: l'auteur de La Pensée sauvage n'est pas un maître à penser, son œuvre n'est pas un système. Ceux qui ont eu le privilège d'en parler avec lui dans son appartement du quartier de Passy encombré de livres et de souvenirs savent que cette qualification suscite en lui une réaction de retrait: «Dans mon adolescence, j'ai peut-être rêvé d'être un maître à penser, mais le goût m'en a passé.»
L'anthropologue préfère se définir comme un artisan ayant travaillé en profondeur des questions délimitées. «Plus on restreint le champ, plus on trouve de différences, écrit-il dans Histoire de Lynx. Et c'est aux rapports entre ces différences que s'attachent des significations. Une étude comparative des mythes indo-européens, américains, africains, etc., est valide ; une mythologieà prétention universelle ne l'est pas.» Il n'y a qu'un seul moyen de découvrir le caractère proprement excentrique des travaux de Claude Lévi-Strauss : c'est de les lire. En ne retenant que sept livres parmi les plus accessibles pour un public non spécialisé, le volume d'Œuvres qui paraît dans la Pléiade nous invite à vivre cette aventure qu'est toujours une lecture bien faite.
En découvrant Tristes Tropiques, Le Totémisme aujourd'hui, La Pensée sauvage, La Voie des masques, La Potière jalouse, Histoire de Lynx et Regarder, écouter, lire, on comprend pourquoi Lévi-Strauss n'a jamais ressenti l'intérêt d'ordonner sa pensée autour d'un centre fixe. À propos d'un masque ou d'un mythe, les notations concrètes de l'ethnologue cherchaient à déboucher sur des conclusions plus larges.
À São Paulo, il enseigne en français
Il a souvent raconté que tout avait commencé un dimanche de l'automne de 1934, à 9 heures du matin, lorsque le directeur de l'École normale supérieure lui a téléphoné pour lui proposer un poste de sociologie à l'université de São Paulo. Ancien élève de Jeanson-de-Sailly, licencié en droit et agrégé de philosophie en 1931, il enseignait alors dans un lycée de Laon après un bref passage à Mont-de-Marsan. Ce jeune homme sceptique que passionnaient à la fois la géologie, la musique, la littérature, la peinture, l'astrologie, les arts exotiques et l'œuvre de Marx a compris qu'il ne pouvait pas refuser. Ainsi a-t-il traversé l'Atlantique en 1935 pour découvrir le Brésil. « Ce fut l'expérience la plus importante de ma vie. » On mesure mal aujourd'hui ce qu'était alors l'influence intellectuelle de la France en Amérique latine. À l'université de São Paulo, où il avait retrouvé l'historien Fernand Braudel, le géographe Pierre Monbeig et le sociologue Roger Bastide, Claude Lévi-Strauss donnait ses cours en français à des étudiants issus de l'oligarchie locale. Et, comme les voyageurs normands du XVIe siècle, dont les récits captivèrent Montaigne, il ne tarda pas à se « brésilianniser » , soumettant à un examen critique la culture européenne dont il était le représentant.
C'est ainsi que s'est ouverte une ère de démontages structuralistes et d'interprétations pluridisciplinaires dont la répétition mécanique par des disciples maladroits a été une trahison de la démarche de Claude Lévi-Strauss : « Ce que j'aime, ce sont les phénomènes trop négligeables pour exciter les passions humaines, mais qui peuvent quelquefois faire l'objet d'une connaissance rigoureuse. » Rien de moins nihiliste que cette science du divers et de la finitude que ce jeune professeur a eu l'occasion de mettre en œuvre lors de voyages ethnographiques auprès des tribus indiennes du Mato Grosso puis de l'Amazonie entre 1935 et 1939.
Mythes, mœurs, arts, langages, règles de parenté, religion, institutions : tout était fascinant chez les Indiens Caduveos, Bororos, Nambikwaras et Tupi-Kawahibs auprès desquels il apprit à comprendre en profondeur la « pensée sauvage » en envisageant sa structure interne. « Avec l'Amérique indienne, je chéris le reflet, fugitif même là-bas, d'une ère où l'espèce était à la mesure de son univers et où persistait un rapport adéquat entre l'exercice de la liberté et ses signes. » Mobilisé au début de l'année 1939, Claude Lévi-Strauss a retrouvé la France, étreint par mille saudades do Brasil, un pays qu'il ne revit qu'en 1985, à l'occasion d'un voyage officiel de François Mitterrand.
Au lendemain de l'armistice, il n'a pas retrouvé de place dans l'enseignement, frappé par les premières législations antisémites de Vichy. Devenu un « gibier de camp de concentration », il a eu la chance de pouvoir gagner New York, où il a vécu entre 1941 et 1944, au milieu d'autres intellectuels et d'artistes exilés tels que Jacques Maritain et André Breton. Ainsi s'est ouverte l'autre période fondatrice de sa vie, à la New School for Social Research et à l'École libre des hautes études.
«Une période d'excitation intellectuelle intense»
À New York, où il avait signé un engagement dans les Forces françaises libres, Claude Lévi-Strauss a continué à revendiquer l'autonomie du savant à l'égard du politique, oubliant les événements européens lors de ses échanges scientifiques avec les grands noms de l'anthropologie américaine tels Alfred Kroeber, Franz Boas, Ralph Linton, Arthur Lourié et Ruth Benedict. « Ce fut un bénéfice incroyable pour moi d'être brusquement admis parmi ces savants. Au milieu, d'eux j'étais un débutant. À New York, j'ai connu une période d'excitation intellectuelle intense. Ce fut en même temps l'occasion pour moi de découvrir la linguistique, grâce à Roman Jakobson. »
Cet homme qui avait rassemblé des matériaux ethnographiques abondants avant de se frotter aux théories de l'école américaine était mûr pour donner une cohérence à son corpus intellectuel. Ce qu'il fit en 1949 en soutenant à Paris une thèse consacrée aux Structures élémentaires de la parenté, dans laquelle il a montré qu'en obligeant un groupe social à donner et à recevoir des femmes, la prohibition de l'inceste instaure la culture au sein de la nature.
Grâce à lui, l'ethnographie avait trouvé une place nouvelle dans les sciences de l'homme. Désormais orienté vers l'étude des mythes, cet « astronome des constellations humaines » n'a négligé aucun des produits de l'activité sociale, outils, objets, nourriture, chants, danses et formules magiques, soucieux de lire les cultures comme un ensemble de systèmes symboliques. De là les harmoniques musicales et la subtilité proustienne de son œuvre, qui apparaît dans Regarder, écouter, lire, manière d'inventaire d'une vie de passions artistiques, publié en 1993, qui clôt le volume de la Pléiade.
Œuvres de Claude Lévi-Strauss préface de Vincent Debaene édition établie par Vincent Debaene, Frédéric Keck, Marie Mauzé et Martin Rueff Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade», 2062 p., 64 €
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16.05.2008
Jacques Chirac invente une vie après l'Élysée

L'ancien chef de l'Etat s'est fait une règle d'or de ne pas gêner l'action de son successeur.
Dans les bureaux parisiens de Jacques Chirac, rue de Lille, à deux pas de l'Assemblée nationale et de l'ancien siège du RPR, quelques personnes s'affairent dans la cuisine. Ces proches de l'ancien président glissent dans des enveloppes des cartons d'invitation à la journée de lancement de la Fondation Chirac, qui se déroulera le 9 juin au Musée du quai Branly.
Un événement qui marquera le retour de Jacques Chirac. Depuis qu'il a quitté l'Élysée, le 16 mai 2007, au terme de douze années de mandat, transmettant ses pouvoirs à Nicolas Sarkozy, grand triomphateur d'une élection présidentielle que le chef de l'État sortant a regardée en spectateur plus qu'en acteur. Ce jour-là, après un bref tête-à-tête dans le bureau présidentiel, le nouvel hôte des lieux prend congé de son prédécesseur. Dans un geste rappelant sa fameuse traversée de Paris au soir de sa victoire, le 7 mai 1995, Chirac adresse un salut de la main par la fenêtre de sa voiture. Sous les applaudissements, souvent émus, de ses conseillers et des personnels de l'Élysée, il part vers une vie nouvelle. Il part vers l'inconnu.
Depuis ce 16 mai 2007, cet homme d'action qui, pendant quarante ans, a occupé le devant de la scène, bataillé sur tous les fronts et exercé tous les pouvoirs, a tourné la page. Il a dû inventer sa place dans la République, celle d'un ancien président qui a quitté définitivement la politique. Une situation sans précédent, alors qu'à son départ de l'Élysée, en 1981, Valéry Giscard d'Estaing rêvait de reconquête.
Retiré de la politique, Jacques Chirac, âgé aujourd'hui de 75 ans, s'est fait une règle d'or de ne gêner en rien son successeur. «Quand vous avez exercé des fonctions qui sont aujourd'hui exercées par d'autres, appartenant à votre camp, vous n'avez pas à les critiquer. D'ailleurs, je ne critique ni mes prédécesseurs ni mes successeurs. C'est une règle à laquelle je me plie tout à fait spontanément», déclare au Figaro l'ancien président, qui interdit aux membres de son cabinet toute déclaration sur Nicolas Sarkozy.
«Servir autrement»
Lui-même se refuse à commenter les récentes critiques du président de la République et le procès en immobilisme fait dans les rangs de l'UMP. «Il est au-dessus de tout ça. Il a été l'objet de tellement d'attaques qu'il a appris à y attacher le moins d'importance possible», fait valoir le très chiraquien Henri Cuq. «Mais on sait ce qu'il pense. Son sourire est significatif», ajoute l'ancien ministre. Jean-Pierre Raffarin, lui, est «mal à l'aise en entendant les piques qui sont adressées sur l'action passée». «Une majorité de la majorité souhaite qu'on se mobilise dans l'union sur les projets d'avenir plutôt qu'entretenir les tensions du passé», assure l'ancien premier ministre.
Muet sur la situation politique, Jacques Chirac répète qu'il entend «servir autrement», avec toujours la même détermination et le même enthousiasme. De l'avis de ses proches, il n'a jamais été homme «à pleurer sur le lait renversé». «Je ne regrette rien, confie-t-il lui-même au Figaro. C'est mon côté Piaf.» «Jacques Chirac n'est pas emprisonné par son passé. Il a son projet, ses perspectives. Il est tourné vers l'avenir», affirme Jean-Pierre Raffarin, qui lui a téléphoné cette semaine encore.
L'avenir, pour Jacques Chirac, dont beaucoup soulignent qu'il a mal vécu ses premiers mois de retraité, c'est sa Fondation. Il en a rappelé les objectifs mardi soir, à ses anciens collaborateurs élyséens, qu'il avait invités à une réception au Centre Pompidou : «J'ai souhaité, à la place qui est désormais la mienne, poursuivre les combats de toute ma vie, en créant une Fondation. Ces combats, ce sont ceux de la justice et de la paix, de la solidarité et de la dignité, du développement durable et du dialogue des cultures.»
Comité d'honneur
Après l'inévitable parcours du combattant devant le Conseil d'État, la Fondation Chirac, dont l'association de préfiguration est présidée par Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI, a été reconnue d'utilité publique en mars. Elle est dotée d'un comité d'honneur prestigieux où siègent notamment Kofi Annan, ancien secrétaire général de l'ONU, les Prix Nobel de la paix Rajendra Pachauri, Mohammad Yunus et Rigoberta Menchu, le Polonais Bronislaw Geremek, le secrétaire général de la francophonie Abdou Diouf ou le chanteur Youssou N'Dour.
Le 20 mai, se tiendra le premier conseil d'administration qui élira le bureau de la Fondation. Très bientôt, elle s'installera dans des locaux près de la rue de Lille, dans le VIIe ou le VIIIe. L'idée est de créer une structure légère : «Ce sera plutôt une équipe de chevaux-légers qu'une panzer division. On privilégie les projets sur la structure», explique Valérie Terranova, secrétaire général de l'association de préfiguration.
La Fondation travaillera en réseau avec des ONG, d'autres fondations, des entreprises, des institutions internationales. Elle agira en Afrique, bien sûr en raison des situations d'urgence et des fidélités de Jacques Chirac, «mais pas exclusivement», ajoute Valérie Terranova.
Devant ses anciens collaborateurs, Chirac a précisé mardi soir quelles seront ses priorités d'action : «la lutte contre la déforestation, la lutte contre la mort des langues et l'accès à l'eau et aux médicaments». Des domaines qui «déterminent aujourd'hui les conditions d'une paix durable pour demain», a-t-il dit . Et qui correspondent à ses engagements de toujours. «Sur tous ces sujets, comme sur le dialogue des cultures, l'appellation d'origine contrôlée Chirac, ça veut dire quelque chose dans le monde», fait valoir Valérie Terranova.
Un ancien collaborateur se réjouit que la Fondation soit désormais sur les rails : «Chirac va reprendre plus d'activité. Il a besoin d'action. Ce n'est pas un contemplatif.»
Coïncidant avec le lancement de la Fondation, une autre structure chiraquienne va s'installer la semaine prochaine dans ses meubles, avenue de La Motte-Picquet : l'association «avec le président Chirac ses amis rassemblés autour de ses valeurs». Elle est présidée par Henri Cuq, avec comme vice-présidents, l'ancien ministre Nelly Olin et Henri Lachmann, président du conseil de surveillance de Schneider. Jacques Toubon a largement contribué à la mise en place de cette association qui prétend être un lieu de rencontre pour les fidèles de l'ancien chef de l'État et de recherche sur son action et les valeurs qu'il a défendues tout au long de sa carrière. À la manière de la Fondation François Mitterrand qui continue à entretenir la flamme. Mais ce ne sera en aucun cas «un outil politique», affirme Henri Cuq.
Jean-Pierre Raffarin, qui a récemment remis au président chinois Hu Jintao une lettre de Ja cques Chirac qui avait dû annuler sa visite en Chine, souligne que l'ancien président suit avec toujours la même «acuité» la situation internationale. Préoccupé par les émeutes de la faim, il est aussi très attentif au drame du Liban. Il estime que la France et la communauté internationale doivent mettre fermement en garde la Syrie et l'Iran contre toute atteinte à l'intégrité physique des responsables libanais, notamment Fouad Siniora, Saad Hariri et Walid Joumblatt. Il s'agit à ses yeux d'«une ligne rouge» que Damas et Téhéran ne doivent en aucun cas franchir.
Au Centre Pompidou, mardi soir, tout le monde était très attentif à l'état de santé de l'ancien patron, qui a subi en avril la pose d'un pacemaker. Ses ex-collaborateurs sont repartis confiants. Chirac a fait la fermeture ou presque, quittant la réception parmi les derniers.
Après son triomphe au Salon de l'agriculture, fin février, le carré des fidèles a vu un signe encourageant dans la dernière livraison du baromètre Ifop-Paris Match : l'ancien président se hisse à la troisième place du classement, à 68 %, gagnant quatre points en un mois.
Autre bonne nouvelle pour les chiraquiens, c'est en qualité de simple témoin que Jacques Chirac a été entendu le 2 mai par le juge d'instruction Jean-Marie d'Huy dans l'affaire de la Sempap, société d'économie mixte, chargée entre 1986 et 1996 des travaux d'imprimerie de la mairie de Paris. Une éclaircie dans le marathon judiciaire dans lequel il est entré.
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Le plan Darcos pour pallier les absences des enseignants

(Photo : Demarthon / AFP)
Le ministre de l'Education Xavier Darcos veut mettre en place une agence nationale de remplacement des profs malades ou manquants dès la rentrée 2009.
Pas question de courber l'échine sous la pression des enseignants. Soucieux de ne pas apparaître comme un ministre qui recule devant les manifestants, à l'instar de tous ses prédécesseurs, Xavier Darcos veut au contraire continuer à briser les tabous. Et d'annoncer la création d'«une agence nationale de remplacement dès la rentrée 2009» pour pallier les absences des enseignants.
Après l'annonce d'un service minimum lors des jours de grève des enseignants, le ministre de l'Education nationale explique dans Le Parisien/Aujourd'hui en France qu'avec cette agence, il «va aller plus loin : les parents se plaignent souvent que les remplacements tardent, quand un professeur est absent, malade. Nous avons pourtant 50.000 enseignants à disposition pour cela». Soit l'équivalent de 23.000 postes.
Il s'empresse toutefois de préciser que «les fonctionnaires ne changeront pas de statut. Il ne s'agit pas d'une agence intérim: ce sera une structure de planification et d'organisation nationale, dédiée à cette seule fonction, qui dépendra directement de l'Etat, pilotée par le ministère».
«Notre système ne marche pas très bien»
Invité également sur France 2, Xavier Darcos a constaté que «notre système ne marche pas très bien, on ne sait pas bien les (enseignants remplaçants ndlr) mobiliser». «Lorsque nous manquons ponctuellement de tel ou tel professeur», l'agence «pourra solliciter des jeunes professeurs en fin de préparation, des stagiaires ou des étudiants en fin de master».
Réaction de la gauche ? L'ancien ministre socialiste de l'Education Jack Lang «ne sait pas si cette agence est une bonne idée mais depuis un an, on assiste à une situation dont le gouvernement est coupable, qui laisse pendant deux, trois ou quatre mois des enfants sans professeur». «C'est scandaleux», dénonce le député PS du Pas-de-Calais. «Quand on se livre à une hécatombe massive de postes, à un programme de plan de destruction d'emplois (...), je souhaite bien du plaisir à ceux qui devront organiser ces remplacements».
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Lettre d'information

Il y a un an, nous vivions avec euphorie le bonheur d’une victoire dans laquelle nous avions jeté toutes nos forces. L’exaltation de la campagne, le programme de notre Mouvement, la personnalité dynamique et courageuse de notre candidat nous avaient mobilisés durant des mois pour aboutir finalement à un résultat inespéré par son ampleur.
Un an déjà est passé, et cette joie est loin derrière nous.
Si le sentiment de déception l’emporte aujourd’hui sur l’émotion du souvenir c’est parce que cette élection avait vu naître une espérance rare. La disproportion des espoirs par rapport aux réalités, l’illusion que, par le volontarisme politique d’un homme, tous les maux accumulés par notre pays depuis des décennies pouvaient disparaître d’un coup, a placé beaucoup trop haut le seuil de satisfaction.
Si bien qu’on en oublie à la fois les réformes réalisées (baisses d'impôts, service minimum, régimes spéciaux, autonomie des universités, peines planchers, relance européenne etc.) et le fait qu’il reste quatre années pour parachever un programme élaboré pour cinq ans.
On oublie aussi que la conjoncture économique s’est brutalement dégradée à l’été 2007, et que malgré tout, la France tient bon, et redémarre.
Alors, il y a bien sûr les erreurs de l’ouverture, qui démobilise notre camp, ou encore la gestion tumultueuse de la vie privée du Président. Mais, ce n’est pas là au fond ce qui doit le plus nous intéresser. Nicolas Sarkozy a déjà fait des efforts pour s’approprier les habits du Président de la République. Il sera à la hauteur de nos attentes dans les années qui viennent.
Loin des « bénis oui-oui » qui applaudissent à tout-va, nous devons faire le choix raisonné de la confiance. Qui d’autre que Sarkozy pour aujourd’hui comme pour demain ?
ALORS N'OUBLIEZ PAS DE RENOUVELER VOTRE ADHESION ET DE FAIRE ADHERER !
Nous allons entrer dans une phase d'élections internes où chacun pourra s'exprimer : ELECTIONS DU PRESIDENT DES JEUNES POPULAIRES, DES COMITES DE CIRCONCRIPTION, ET DU PRESIDENT DE LA FEDERATION DE PARIS.
Amitiés
Jean-Baptiste OLIVIER
François MERLET
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15.05.2008
Une guerre en Abkhazie évitée grâce à Kouchner
Selon un responsable géorgien, le ministre français des Affaires étrangères est intervenu auprès de Moscou pour empêcher un conflit à propos de ce territoire pro-russe situé en Géorgie.
«Si nous vivons aujourd'hui en paix et si rien ne se passe, c'est grâce à lui». «Lui» n'est autre que Bernard Kouchner. Selon Temour Iakobachvili, ministre géorgien de la Réintégration, une «guerre» a été évitée en Abkhazie grâce à un coup de téléphone du ministre français des Affaires étrangères à son homologue russe Sergueï Lavrov. L'Abkhazie, territoire situé dans le nord-ouest de la Géorgie mais pro-russe est objet de discorde entre Moscou et Tbilissi.
«Récemment, alors que la situation était extrêmement tendue et connaissait une escalade, Kouchner est personnellement intervenu en appelant son homologue russe Lavrov», a raconté mercredi Temour Iakobachvili, sur la chaîne de télévision géorgienne Roustavi-2. Et de poursuivre : «le résultat de cette conversation : il n'y a pas de guerre aujourd'hui en Géorgie», dans la région séparatiste d'Abkhazie. Il n'a pas donné de précisions sur la teneur et la date de cette conversation.
Tensions à propos de ce territoire séparatiste
Le 6 mai à Bruxelles, Iakobachvili, ministre chargé des questions liées à l'Abkhazie et à l'Ossétie du Sud, avait accusé le voisin russe de pousser la Géorgie à la guerre en Abkhazie,exprimant sa «grande inquiétude». Deux jours plus tard, le président géorgien pro-occidental Mikheïl Saakachvili avait aussi estimé que son pays avait été «proche» d'une «guerre» avec la Russie à cause de l'Abkhazie.
Deux événements ont dégradé les relations déjà tendues entre les deux pays.Tbilissi a ainsi accusé Moscou d'avoir abattu un de ses drones, le 20 avril, au-dessus de l'Abkhazie. La Géorgie a également vécu comme une provocation le déploiement de soldats supplémentaires par la Russie. Moscou, qui compte encore en Abkhazie une force de maintien de la paix - en vertu d'un accord de cessez-le-feu conclu sous l'égide des Nations unies en 1994-, a en effet commencé à renforcer ce contingent pour parer à une éventuelle attaque de Tbilissi. Sa présence militaire atteint désormais 2 500 hommes.
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Plongée au cœur du système Berlusconi

Confirmé mercredi à la tête du gouvernement, pour la quatrième fois de sa vie, le Cavaliere s'entoure de collaborateurs formés au moule de ses entreprises.
À une journaliste qui lui demandait, au lendemain des élections du 14 avril, le secret de sa victoire sur le chef de file de la gauche Walter Veltroni, Silvio Berlusconi répondit : «ma jeunesse». Son large sourire, son visage requinqué par les implants capillaires et les liftings, la vivacité de ses réparties montrent son bonheur d'être de nouveau, à 71 ans, en selle pour un pouvoir dont l'ancien premier ministre démocrate chrétien Giulio Andreotti a dit qu'il n'usait que ceux qui ne le détenaient pas. , Berlusconi a obtenu haut la main la confiance de la Chambre des députés, par 335 voix pour et 275 contre. Jeudi, c'est au tour du Sénat de voter l'investiture de son gouvernement.
Ce n'est pas en multipliant promesses démagogiques et plaisanteries douteuses que le chef de la droite a séduit les électeurs italiens pour la troisième fois en quatorze ans. Son succès, il le doit avant tout à trois facteurs : une intuition fulgurante, un travail acharné et une équipe soudée. La squadra est au cœur du système Berlusconi, une force vitale, un ferment d'idées, un creuset d'inspiration. Elle permet de canaliser les énergies, de préparer les décisions, de contrôler aussi les uns et les autres.
Son cabinet en est l'illustration. Il a réuni autour de lui une garde prétorienne : douze ministres (sur 21) viennent du parti qu'il a créé, Forza Italia. Ils occupent tous les postes clés. Berlusconi entend appliquer sa politique sans être laminé par ses alliés, comme il le fut durant ses deux derniers gouvernements (2001-2006). Ses collaborateurs proches ne sont ni hauts fonctionnaire, ni professeurs d'université, ni intellectuels, encore moins magistrats. La plupart ont été formés au moule du parti ou surtout de l'entreprise. Plusieurs ont travaillé pour Fininvest, son groupe de médias. Ils sont publicistes, promoteurs financiers, avocats d'affaires, anciens journalistes. Ils ont fait des études de management, de droit des affaires, de gestion ou encore de sciences politiques. «Aucun n'est seul à détenir le pouvoir, ni n'est parvenu à l'influencer sur le long terme. Berlusconi n'a jamais conféré aucun rôle irremplaçable à personne», note un proche.
Les yeux rivés sur les sondages
Pour l'avoir oublié, certains ont connu la disgrâce. Tel Claudio Scajola, l'un des fondateurs de Forza Italia, ou encore l'ancien ministre de l'Intérieur, Beppe Pisanu, qui a voulu construire sa propre image. Seul Gianni Letta trouve grâce de façon continue à ses yeux. L'ancien directeur du quotidien conservateur romain Il Tempo, âgé de 73 ans, le seconde depuis un quart de siècle. D'abord comme cadre de Fininvest, puis comme secrétaire d'État à la présidence du Conseil dans ses quatre gouvernements. «C'est mon grand chambellan», dit Berlusconi de ce commis de l'État aux créances impeccables. Berlusconi le consulte sur tout et à toute occasion. Il ne saurait rien décider sans lui. Surnommé le «Gentilhomme» pour ses manières policées, Gianni Letta conduit les missions délicates, gère les situations de crise ou raccommode les rapports orageux de son patron avec les dirigeants de la gauche ou le chef d'État. Autant Berlusconi est exubérant, autant lui est réservé, ne parle pas aux médias et œuvre dans l'ombre à trouver des solutions pragmatiques. Jamais Berlusconi n'aurait connu un tel succès politique sans son concours. «Le Cavaliere est un homme rationnel, d'une intelligence indiscutable, avec une énorme capacité d'écoute, mais qui agit surtout par instinct», note un député de Forza Italia.
Sa méthode de travail, Berlusconi la tient de son passé de promoteur immobilier et de créateur de télévisions privées : préférant au débat théorique des gestes concrets dont il attend des résultats immédiats. «Après quatorze ans de carrière politique, il continue de raisonner comme chef d'entreprise et non comme homme d'État» , ajoute ce député. Ses collaborateurs lui préparent des choix. Mais il arbitre seul. En 1986, au moment d'entrer en France dans le capital de la chaîne de télévision La Cinq, l'état-major de son groupe de médias recale son projet de télé à l'américaine avec strass et paillettes. Il ne l'écoute pas. Deux ans plus tard, un professionnel, Carlo Freccero, est appelé à la hâte pour redresser une audience en chute libre. Même dilemme en 1994, quand il se lance dans la politique après l'élimination de la Démocratie chrétienne et du Parti socialiste, victimes des enquêtes judiciaires. Il redoute une victoire des communistes, qui auraient pris le pouvoir pour longtemps s'ils avaient obtenu 30 % aux élections : «tous ses managers étaient contre cette entrée en politique. Nous craignions pour le groupe. Il n'en a pas tenu compte», déclare son vieux compagnon de route et patron de ses télés, Fedele Confalonieri. C'est la mère du Cavaliere, Mamma Rosa, qui le décidera : «si tu t'en sens le devoir, donne-t-en le courage», lui dit-elle.
Berlusconi gouverne à vue. Être en permanence à l'écoute de l'opinion publique, les yeux rivés sur les sondages : c'est cela, sa méthode. Dans la rue, il interroge le policier, la ménagère, le petit commerçant sur ce qu'ils attendent de lui. «Il consulte beaucoup, tous azimuts. Quand il aborde un sujet, il commande des dossiers détaillés. À nous de les présenter de manière synthétique, en une page ou deux, en mettant en valeur des solutions concrètes. Nous en discutons avec lui. Souvent, il se fait l'avocat du diable. Puis il décide en toute indépendance», souligne un conseiller. Serafino Alfano, promu garde des Sceaux à 38 ans après avoir été son secrétaire politique pendant trois ans, loue son «extraordinaire capacité» de mettre à l'aise ses interlocuteurs : «d'emblée il suscite une forte empathie. Jamais il ne donne d'ordre ni ne cherche à embarrasser».
Le promoteur financier Sestino Giacomoni, 41 ans, l'un de ses proches conseillers avec le publicitaire et ancien fonctionnaire au Parlement européen Valentino Valentini, 46 ans, met lui aussi en valeur sa capacité d'écoute. Valentino Valentini l'accompagne dans tous ses tête-à-tête avec les dirigeants étrangers. Ce polyglotte parle couramment six langues. Lui ne manie bien que le français. À la conférence mondiale de Durban contre le racisme en 2001, il avait été le seul leader non francophone à s'exprimer dans la langue de Molière. L'ancien journaliste et cofondateur de Forza Italia, Antonio Tajani, 55 ans, un fidèle parmi les fidèles qui va devenir commissaire européen après avoir dirigé pendant quatre ans le groupe parlementaire à Strasbourg, confirme que s'il «écoute beaucoup, la décision finale est la sienne et seulement la sienne».
S'il a l'exubérance outrancière, «c'est parce qu'il veut toujours instaurer un lien personnel, un pas au-delà du rapport institutionnel», dit un député qui lui est très lié. En cela, il se distingue du président du Conseil précédent, Romano Prodi. Ses traits d'esprit souvent forcés procèdent de cette même volonté. Ses décisions improvisées déroutent parfois son entourage. «Toutefois, en une occasion importante, nous nous sommes retrouvés en phase. C'était au moment d'envoyer un contingent militaire en Irak. Le groupe de réflexion qu'il avait formé recommandait de ne pas se dissocier des États-Unis, sans pour autant s'associer à l'effort de guerre. Pour une fois, il a suivi nos conclusions», poursuit le député.
Présence assidue de jolies femmes
À d'autres moments, il cueille ses conseillers par surprise. Comme son annonce, en pleine campagne, de tenir son premier Conseil des ministres à Naples et d'y siéger avec son gouvernement trois jours par semaine, jusqu'à tant que le problème des ordures ménagères soit réglé. «Nous l'avons appris avec effarement», reconnaît Sistino Giacomoni. Pour tester une idée, Berlusconi pratique l'électrochoc. Forza Italia ronronnait doucement. En juin dernier, il donne carte blanche à une Milanaise exubérante, Michela Brambilla, pour créer une structure de clubs parallèle. Les jeunes accueillent l'initiative avec enthousiasme. Cela le conduit en novembre à fédérer son parti et l'Alliance nationale au sein d'une même coalition électorale, le «Peuple de la liberté».
Son cercle restreint comprend aussi Aldo Brancher, 65 ans, un ancien manager de son groupe qui lui sert de trait d'union avec la Ligue du Nord, Bruno Ermolli, 69 ans, un consultant d'entreprise chargé du dossier Alitalia, l'économiste Renato Brunetta, devenu ministre de l'Innovation, ou encore Deborah Bergamini, une journaliste de télévision qui s'est occupée pendant trois ans de programmation à la RAI. Il consulte aussi Gianni Baget Bozzo, un théologien de 83 ans proche de Ratzinger. Un diplomate expérimenté, le secrétaire général des Affaires étrangères Giampiero Masolo, 54 ans, pourrait devenir le Jean-David Lévitte de son cabinet. Quant à Paolo Bonaiuti, dont la silhouette massive le domine d'une tête, il le suit comme une ombre. C'est à ce jovial journaliste florentin de 68 ans, devenu son porte-parole depuis 1996, qu'incombe le devoir ingrat de gommer les écarts de langage, d'interpréter la vivacité de certaines affirmations et de jouer les pompiers de service. Et quand on interroge Berlusconi sur sa présence assidue de jolies femmes dans son entourage, il la décrit avec coquetterie comme «le privilège de sa jeunesse» .
«Il consulte beaucoup, tous azimuts. Quand il aborde un sujet, il commande des dossiers détaillés. Souvent, il se fait l'avocat du diable. Puis il décide en toute indépendance».
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