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25.05.2008
Portrait du général Michel Sleimane, nouveau président du Liban
11:44 | 25/05/2008 Le Point.fr AFP

Le futur président Libanais a su ménager l'armée
Le chef de l'armée Michel Sleimane, qui devient dimanche le 12ème président du Liban, a su préserver l'unité de ses troupes et rester à l'écart des luttes de pouvoir, s'imposant comme un homme de consensus malgré les réserves de ceux qui voyaient en lui un allié de Damas.
Le général Sleimane, 59 ans, a été nommé commandant en chef des forces armées en 1998, alors que le Liban était encore sous tutelle syrienne.
En presque dix ans, il s'est toujours abstenu de prendre parti dans les luttes politiques et confessionnelles. Mais à la veille de son élection, il a prévenu qu'il ne pourrait seul assurer la sécurité du pays.
"La sécurité ne peut être gagnée par la force, mais à travers une volonté politique. Un seul parti ne peut seul construire le pays", a-t-il déclaré.
L'armée libanaise s'était attiré de vives critiques pour être restée passive, au nom de la défense de son unité, lors du coup de force mené début mai à Beyrouth par des militants chiites de l'opposition contre des partisans sunnites du gouvernement. Le général Sleimane s'était alors défendu de tout parti pris.
La présidence du Liban est vacante depuis l'expiration le 23 novembre 2007 du mandat d'Emile Lahoud, un proche de Damas, le Parlement, paralysé par la crise politique, n'ayant jamais pu élire son successeur.
Tout au long du bras de fer qui a éclaté en novembre 2006 entre la majorité antisyrienne et l'opposition, alliée de l'Iran et de la Syrie, le général Sleimane est resté à l'écart des turbulences, appelant ses troupes à ignorer les disputes politiques.
"L'armée est ma vie, j'y suis attaché et je n'accepterai jamais de la voir divisée", disait-il il y a quelques mois à l'AFP.
Il a gagné le respect des Libanais lorsque l'armée est restée en dehors des grandes manifestations qui ont suivi l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005, imputé à Damas par la majorité antisyrienne.
Le général Sleimane avait alors refusé de déployer l'armée pour réprimer les manifestations, qui avaient forcé la Syrie à mettre fin à 29 ans de présence militaire au Liban.
D'autres événements récents ont renforcé sa position, comme le déploiement de l'armée dans le sud du Liban après l'offensive israélienne contre le Hezbollah chiite pendant l'été 2006.
En janvier 2007, il avait imposé, pour la première fois en 10 ans, un bref couvre-feu pour mettre fin à des heurts entre sunnites et chiites.
Les combats contre le Fatah al-Islam, entre mai et septembre 2007 dans le camp palestinien de Nahr al-Bared, dans le nord, ont imposé l'armée comme un facteur d'unité dans un pays en proie aux luttes politiques, en dépit de ses difficultés à neutraliser les islamistes.
Un consensus s'est dessiné au fil des mois autour du nom du général Sleimane, malgré des réticences de la majorité antisyrienne qui voyait en lui un homme sous l'influence de Damas.
"Nous ne devons pas nous contenter d'insulter la Syrie, nous devons plutôt établir des relations équitables, comme deux Etats souverains", disait-il.
Issu de la communauté chrétienne maronite, où est choisi par tradition le président du Liban, le général Sleimane estime que la religion doit rester à l'écart de la politique.
"Une véritable éducation chrétienne enseigne le respect de la nation, de la démocratie, de la liberté, de toutes les religions et communautés", remarquait-il.
Né le 21 novembre 1948, originaire de la ville d'Amchit, dans le nord du Liban, cet homme affable est le fils d'un membre des Forces de sécurité intérieure (FSI) et a rejoint l'armée en 1967.
Le général, qui parle français et anglais, est sorti diplômé de l'Ecole militaire de Beyrouth en 1970 et est titulaire d'une licence en sciences politiques et administratives de l'Université libanaise.
Amateur de natation et de tennis, il est marié et a trois enfants.
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Le manuel de Valls
22/05/2008 N°1862 Le Point
Patrick Besson
Je regarde de temps en temps Claude Askolovitch à « On refait le match », l'émission sur le football d'Eugène Saccomano (LCI). Il parle à toute vitesse en jetant de petits regards furtifs autour de lui, comme s'il avait peur de se faire voler ses phrases. A propos de foot, je suis bien content que le Paris-Saint-Germain reste en Ligue 1. Je note que, depuis la fameuse banderole antichtis, Paris n'a pas perdu un match. Merci Dany Boon.
Askolovitch, grand reporter au Nouvel Observateur , aime aussi confesser les hommes et les femmes politiques : en 2007, Eric Besson (« Qui connaît madame Royal ? ») et Rachida Dati (« Je vous fais juges »), les deux chez Grasset ; aujourd'hui, Manuel Valls (« Pour en finir avec le vieux socialisme... et être enfin de gauche ! »), chez Robert Laffont (19 E). Donc, le socialisme serait vieux et par surcroît ne serait pas de gauche. Ils vont en faire une tête, les élus et les militants du PS, quand ils vont découvrir qu'ils ont passé la date... et qu'ils sont de droite. « Etre enfin de gauche. » Il ne manque pas de culot, le maire d'Evry. Ça voudrait dire qu'avant lui-avant son livre d'entretiens avec Claude Askolovitch, le journaliste qui aime le football et la politique-personne au PS n'a été de gauche. Ni Mauroy ni Mitterrand. Pas plus Aubry que Guigou. Nullement Jack Lang. Je développais moi-même cette idée dans L'Humanité au milieu des années 80. Ma rubrique s'appelait « Point de vue ». Le magazine préféré de ma mère, croate anticommuniste.
Valls, d'abord, n'est pas content de la victoire du Parti socialiste aux dernières élections municipales. Parce que ce serait celle de François Hollande ? « Si nous gagnons sur la déception, c'est une mauvaise victoire : elle s'adosse à une maladie de notre démocratie. » Le maire d'Evry veut bien qu'on vote pour la gauche, mais pas par déception, et surtout pas quand ce n'est pas lui le premier secrétaire du PS. Idem pour le bon score de Ségolène Royal au second tour de la présidentielle. Il ne s'agirait pas, pour Valls, de lui donner une importance qu'il n'a pas. « C'était juste un refus. Pas une adhésion à ce que nous-Ségolène ou le PS-étions et proposions. » Valls, c'est la délicatesse : il choisira les voix socialistes. Les triera. Les bonnes d'un côté, les mauvaises de l'autre, et lui au milieu. Du reste, pourquoi les électeurs de gauche ont-ils voté pour la candidate socialiste en mai 2007 ? Ils auraient pu attendre mai 2012, que ce soit Valls le candidat. Cette impatience, c'est ça, le vieux socialisme. Quand les socialistes seront-ils enfin de gauche avec Manuel Valls ?
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Cannes : le cru 2008
lefigaro.fr avec AFP 25/05/2008 | Mise à jour : 21:03 |
Palme d'or: «Entre les murs» du Français Laurent Cantet (sortie en France: 15 octobre)
Grand Prix: «Gomorra» de l'Italien Matteo Garrone (13 août)
Prix du jury: «Il Divo» de l'Italien Paolo Sorrentino (10 décembre)
Prix d'interprétation féminine : la Brésilienne Sandra Corveloni (»Linha de Passe», date de sortie indisponible)
Prix d'interprétation masculine : l'Américain Benicio del Toro (»Che», sortie des deux films en octobre et novembre)
Prix de la mise en scène : «Les Trois Singes» du Turc Nuri Bilge Ceylan (janvier 2009)
Prix du scénario : «Le silence de Lorna», des Belges Jean-Pierre et Luc Dardenne (10 septembre)
Palme d'or du court-métrage : «Megatron» du Roumain Marian Crisan
Caméra d'or: «Hunger» de l'Anglais Steve McQueen (19 novembre)
Prix spécial du 61e Festival de Cannes pour l'ensemble de leur carrière : l'actrice française Catherine Deneuve et l'acteur réalisateur américain Clint Eastwood
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Les Farc confirment la mort de Marulanda

Manuel Marulanda en 2001. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS
Le chef de la guerilla marxiste aurait succombé à une crise cardiaque, à l'âge présumé de 80 ans. Alfonso Cano, l'idéologue des FARC, prend le commandement du groupe.
Manuel Marulanda, chef historique des Farc, a passé l'arme à gauche. La nouvelle, annoncée samedi par un ministre colombien, a été confirmée dimanche par la guerilla elle-même.
«Le grand leader est parti», a déclaré le membre du secrétariat (organe dirigeant) des Forces armées révolutionnaires de Colombie, Timoleon Jimenez, alias «Timochenko», à la chaîne de télévision vénézuélienne Telesur. Ses déclarations ont ensuite été reprises par les télévisions colombiennes.
Manuel Marulanda, 80 ans, est mort d'une brève maladie, a ajouté le membre du secrétariat, précisant qu'Alfonso Cano, considéré comme le responsable idéologique de la guérilla, en assumera le commandement
Samedi, le ministre de la Défense colombien avait annoncé, citant les services de renseignements, que Manuel Marulanda, 80 ans, était décédé le 26 mars. Le président colombien Alvaro Uribe avait ensuite annoncé publiquement samedi soir que des chefs de la guérilla marxiste des Farc sont prêts à se démobiliser et à libérer des otages dont la franco-colombienne Ingrid Betancourt.
«Tirofijo» avait été donné pour mort à 17 reprises
Manuel Marulanda Velez, alias «Tirofijo» (dans le mille), avait fondé en mai 1964 ce mouvement de guérilla marxiste d'origine paysanne et en avait fait une véritable armée forte de 15.000 hommes, lancée dans les années 90 dans des actions violentes qui lui vaudront d'être reconnue comme organisation terroriste.
«Tirofijo», né le 12 mai 1928, est rarement sorti de la clandestinité. Sa dernière apparition publique remonte à 1982. Selon les éléments biographiques dont disposent les médias, Le fondateur de la première guérilla paysanne de Colombie dans les années 1950 se serait marié et aurait eu «plusieurs enfants». Sa fille est la compagne du numéro deux des Farc Raul Reyes, tué le 1e mars au cours d'un raid de l'armée colombien en territoire équatorien.
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24.05.2008
Jean Clair entre à l'Académie Française
L'essayiste et conservateur général du patrimoine Jean Clair, ancien directeur du Musée Picasso à Paris, entre à l'Académie française. Jean Clair, de son vrai nom Gérard Régnier, a été élu au fauteuil qu'occupait Bertrand Poirot-Delpech, au premier tour de scrutin, jeudi 22 mai, par 16 voix contre 7 à l'homme d'affaires et mécène Pierre Bergé. Né en 1940, il fait des études de lettres avant de devenir conservateur au Musée national d'art moderne à partir de 1966. Directeur de la revue L'Art vivant de 1970 à 1975, il est alors l'une des figures en vue du monde artistique parisien.
Après la disparition de sa revue, Jean Clair rejoint le Centre Georges-Pompidou, où il dirige les Cahiers du Musée national d'Art moderne de 1978 à 1986. Il est le commissaire des expositions "Marcel Duchamp" en 1977, "Les Réalismes" en 1980, "Vienne, l'apocalypse joyeuse" en 1986 ainsi que de rétrospectives monographiques consacrées à Bonnard et Balthus. Il se dirige par la suite vers une réflexion historique sur les relations entre l'art et les disciplines scientifiques - anatomie, médecine, psychiatrie - à l'époque moderne.
Deux expositions au Grand Palais sont issues de ces travaux, "L'âme au corps" en 1993 et, en 2005, "Mélancolie, génie et folie en Occident", qui a obtenu un grand succès de fréquentation. Des ouvrages à caractère historique accompagnent cette démarche, particulièrement Méduse. Contribution à une anthropologie des arts visuels (Gallimard, 1989).
Bien qu'ayant dirigé le Musée Picasso de 1989 à 2005, Jean Clair conduit à partir des années 1980 une polémique constante et souvent véhémente contre l'art contemporain et contre le surréalisme. En 1983, dans ses Considérations sur l'état des beaux-arts (Gallimard), il entend dénoncer la disparition des traditions artistiques traditionnelles.
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Birmanie : "La junte accepte l'aide pour faire retomber la pression internationale"
Pour Laurent Amelot, professeur à l'Institut d'études des relations internationales et spécialiste de la Birmanie, le geste de la junte vis-à-vis de l'aide internationale n'est qu'une manœuvre ponctuelle pour alléger la pression.
Comment interpréter le geste d'ouverture de la junte birmane qui vient d'annoncer qu'elle accueillerait désormais tous les humanitaires étrangers ?
Il s'agit d'une volonté politique d'alléger la pression qui pèse sur elle. Je ne pense pas que cela laisse augurer d'une plus grande ouverture du régime. Il est fort probable que, si les humanitaires sont autorisés à venir en Birmanie, ceux-ci seront fortement encadrés. Il s'agit juste de faire retomber un peu la pression de la communauté internationale. Rien d'autre. C'est exactement le même processus qu'en février, quand la junte a annoncé l'organisation d'un référendum et d'élections législatives pour 2010.
Faut-il également y voir une manœuvre de politique intérieure ?
Sur le plan intérieur, le général Than Shwe, président de la junte et seul décisionnaire, est soumis à de fortes pressions internes dans le cadre de sa succession. Il y a une très forte lutte des clans entre le général Maung Aye, son numéro deux, et le général Thura Shwe Mann, son numéro trois, qui est son successeur pressenti. Il est possible que le président de la junte ait considéré opportun pour sécuriser sa position et les intérêts de sa famille de faire un geste d'apaisement en direction de la communauté internationale.
Quel a été le rôle exact du secrétaire général de l'ONU qui semble avoir obtenu ce geste d'ouverture ? La Chine a-t-elle pu également jouer de son influence ?
Il n'est pas exclu que la Chine ait pu influencer la junte, même s'il faut bien reconnaître qu'elle a de moins en moins de pouvoir sur la Birmanie alors qu'on lui en prête beaucoup. Cette influence combinée à celle de certains pays de l'Association des nations du Sud-Est asiatique comme Singapour, voire la Thaïlande, a pu conduire à ce geste d'apaisement. La présence du secrétaire général des Nations unies, qui est sud-coréen, a sans doute aussi joué un rôle important. La Corée du Sud est en effet très présente en Birmanie, notamment sur les champs gaziers de Swe où elle détient la majorité des parts. Même si le secrétaire général est une autorité indépendante, de médiation, sans véritable parti pris, le fait qu'il soit sud-coréen peut avoir eu une incidence sur les choix politiques annoncés.
La junte semble beaucoup plus réticente à laisser le navire français Mistral et les bâtiments américains qui patrouillent dans les environs décharger leurs vivres. Que redoute-t-elle exactement ?
La psychologie de la junte s'organise autour de quatre éléments : un nationalisme exacerbé, une paranoïa poussée à l'extrême, un ethnocentrisme très fort et surtout, ils considèrent qu'ils sont capables de se gérer et de se rétablir tout seul, en parfaite autarcie. Dans ce contexte, les pressions internationales ont pour effet d'augmenter leur sentiment d'état de siège. La junte ne supporte pas la présence à proximité de ses frontières, qu'elles soient maritimes ou terrestres, de puissances étrangères, et notamment de forces armées.
En 2005, les généraux avaient déjà prétexté d'une invasion américaine pour expliquer le transfert de la capitale de Rangoun à Naypyidaw. Le fait qu'il y ait un navire de guerre à la limite de ses eaux territoriales est donc perçu comme une menace d'invasion. Il semblerait d'ailleurs qu'il y ait eu un conseil de guerre très récemment pour se pencher sur la question, même si ces bâtiments sont à vocation humanitaire. Il en est sorti qu'il fallait suivre avec précaution leurs manœuvres.
09:43 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Toni Servillo,le masque d'Andreotti
La performance de l'acteur napolitain qui incarne le leader de la démocratie chrétienne a été remarquée.
En compétition - «Il Divo»- Drame de Paolo Sorrentino avec Toni Servillo, Anna Bonaiuto, Giulo Bosetti. Durée: 1h40. Pas de date de sortie annoncée.
Il est l'acteur phare des deux films italiens de la compétition et a toutes les chances de figurer au palmarès dimanche soir. Capable de passer du costume impeccable de l'homme d'affaires mafieux dans Gomorra, de Matteo Garrone, au masque impassible du leader de la démocratie chrétienne Giulio Andreotti, dont le réalisateur Paolo Sorrentino raconte les dérives dans un brillant portrait.
Dans Il Divo Toni Servillo s'impose dans un rôle de composition, tout en intériorité. Formé à l'école du théâtre, il n'a pas cherché à imiter son modèle mais plutôt à trouver au fond de lui les capacités de le faire exister à l'écran.
Difficulté de jouer un personnage qui est vivant
Cheveux gris, d'une élégance naturelle, Toni Servillo, déjà présent à Cannes, il y a trois ans, pour Les Conséquences de l'amour, du même Paolo Sorrentino avec lequel il a tourné trois films, n'a pas cherché la performance. Au contraire. « Je savais toute la difficulté de jouer un personnage qui est vivant, reconnaît-il. Du coup, je me suis inspiré du grand Gian Maria Volonte dans le rôle d'Aldo Moro dans le film d'Elio Petri, Todo Modo. Il fallait que j'adopte une sorte de distanciation brechtienne pour éviter toute imitation avec l'image que l'on a d'Andreotti, qui est un homme très secret, très mystérieux.»
Maquillé, voûté, l'oreille droite décollée, le regard tombant et las derrière ses lunettes, Toni Servillo impose rapidement son personnage. « Comme il y a beaucoup de péripéties dans Il Divo, u ne atmosphère très sombre, très pesante, des moments dramatiques ou comiques, des situations à suspense, j'ai voulu garder ce masque et ne faire apparaître que de temps en temps ses émotions. »
Au-delà de la personnalité insaisissable de l'homme de pouvoir, il était passionnant pour Toni Servillo de se glisser dans la peau de cette figure si éloignée de la politique spectacle actuelle. « À l'époque, il y avait un barrage très net entre la vie privée et la vie publique, précise-t-il. On sait peu de chose sur Giulio Andreotti qui demeure à 89 ans une véritable énigme, un politicien mystérieux avec sa part d'ombre et de lumière. En ce sens, le film de Sorrentino reflète parfaitement cette ambiguïté, en posant plus de questions qu'il n'apporte de réponses.»
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Le procureur d'Outreau se confie au Figaro

Gérard Lesigne, ici avant son audition par la commission d'enquête parlementaire en 2006, estime avoir fait correctement son métier lors de l'affaire d'Outreau. Crédits photo : Le Figaro
Le magistrat de Boulogne, que la Chancellerie veut démettre de ses fonctions, n'en démord pas : «Se sentir coupable, ce serait se dire qu'il y avait une autre manière de faire… Mais il n'y avait pas d'autre manière de faire.»
«Se sentir coupable, ce serait se dire qu'il y avait une autre manière de faire… Mais il n'y avait pas d'autre manière de faire !» Se confiant vendredi au Figaro, Gérald Lesigne n'en démordra pas : il a fait son métier, correctement. Après avoir passé quatre jours devant le Conseil supérieur de la magistrature qui examinait, à la demande de la Chancellerie, sa responsabilité dans le fiasco d'Outreau, le procureur de Boulogne s'apprêtait, vendredi matin, à reprendre le chemin de son tribunal. «C'est un métier très important que j'exerce, il faut continuer.» Jeudi, pourtant, le directeur des services judiciaires a demandé aux membres du CSM qui se prononcera le 16 juillet de démettre le procureur de ses fonctions, et de le muter d'office. D'ici quelques semaines peut-être, Gérald Lesigne, après trente-quatre ans de carrière, devra quitter Boulogne, mais pour l'heure, il jette un voile pudique sur cette sombre perspective.
Cette poursuite disciplinaire, c'est, affirme-t-il, «un épisode» : «Je l'intègre, mais cela ne doit pas paralyser l'avenir.» L'homme se veut à l'image de son physique : solide. La soixantaine sans rides, une silhouette de bon vivant, des costumes classiques, une allure générale de bon père de famille, le procureur, qui a assisté depuis les années 1970 au délitement des liens sociaux, s'affiche inébranlable. «Ce n'est pas au parquet de contrôler l'instruction» affirme-t-il, en réponse au directeur des services judiciaires, qui lui reproche de ne pas avoir suffisamment joué son rôle dans la procédure. «Si l'on veut changer le fonctionnement de la justice, il faut en débattre à l'Assemblée.»
La difficulté d'évaluerla parole des enfants
Sur une trentaine de magistrats en poste à Boulogne, seuls quatre étaient déjà dans la juridiction à l'époque de l'affaire. Gérald Lesigne, lui, a continué d'exercer, depuis, exactement à la même place. «On fait à chaque moment ce qui semble le plus adapté.» Il croise régulièrement certains des acquittés, des voisins. À la suite du rapport de l'Inspection générale des services judiciaires, il a opéré quelques modifications d'organisation. Mais pour lui, la vraie problématique de l'affaire Outreau ne réside pas dans les griefs qui lui sont officiellement faits par la Chancellerie comme les rapports administratifs «peu fiables» , mais dans la difficulté d'évaluer la parole des enfants. «Le vrai problème reste celui-là, dit-il, et on n'a toujours pas d'outils.» «Récemment, raconte-t-il, nous avons été confrontés à la difficulté inverse de celle de l'affaire Outreau : malgré des témoignages d'enfants, les charges n'ont pas semblé suffisantes pour incarcérer un suspect… qui a finalement été pris en flagrant délit de viol d'un gamin de cinq ans quelques semaines plus tard…» «Alors que faire ?»
Derrière le visage qui se veut serein, affleure subitement l'émotion, comme une poussée violente, incontrôlée. En réalité, le procureur souffre. Outreau surgit à son esprit par flash, depuis des mois, et pour longtemps. Il vit avec ce poids, cette épée de Damoclès qu'a suspendu la poursuite disciplinaire au-dessus de «son honneur», cette valeur qui lui est si chère. «Mais ça n'aurait rien changé, répète-t-il, la note de la Chancellerie l'a dit, il y avait des charges. Cela n'aurait rien changé…»
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23.05.2008
Belgique : un État en voie de disparition

Depuis les années 1970, les communautés culturelles sont instituées et figent un peu plus le face-à-face entre le nord du plat pays, néerlandophone (à gauche, le Lion des Flandres), et le sud, francophone (à droite, le coq wallon). Crédits photo : Pascal BROZE/REPORTERS-REA
22/05/2008 | Mise à jour : 21:53
Le premier ministre, Yves Leterme, est sommé par ses électeurs flamands de renforcer les pouvoirs de la Flandre au détriment de la fédération.
L'histoire belge n'a pas encore trouvé sa fin. Mais à moins d'un rebondissement inattendu, elle est annoncée. Elle risque d'être lente et pas franchement drôle. Les tensions entre Flamands et Wallons sont de plus en plus âpres. Les crises, sans solution immédiate, se succèdent. La prochaine est déjà programmée. Le premier ministre, Yves Leterme, est sommé par sa coalition flamande de présenter une réforme institutionnelle renforçant les pouvoirs de la région néerlandophone avant le 15 juillet. Il a peu de chances de surmonter l'obstacle.
Le député Gérard Deprez le dit sans ambages : «Leterme n'a ni l'autorité, ni la créativité pour entraîner une équipe.» De surcroît, ajoute le président de la commission des libertés civiles au Parlement européen, entre les responsables wallons et flamands, «la confiance est au niveau zéro. Personne ne se découvre. Personne n'est décidé à passer un deal». Dans ces conditions, comment la commission d'élus que le premier ministre entend former pourrait-elle en quelques semaines sortir l'État fédéral belge de l'étau linguistique qui, depuis des décennies, le broie inexorablement ?
Le conflit communautaire ne date pas d'hier. Les Flamands, dont le ressentiment envers les francophones remonte à la création de la Belgique en 1830, ont de haute lutte imposé l'égalité entre les deux langues. Ce combat a abouti à la fixation d'une frontière linguistique en 1962. Une décennie plus tard, des communautés culturelles sont instituées et figent un peu plus le face-à-face entre le nord du plat pays, néerlandophone, et le sud, francophone. Tous les partis se scindent socialistes, libéraux, sociaux-chrétiens entre représentants des deux groupes linguistiques. Puis, dans les années 1980, la régionalisation une demande des élus wallons soucieux de combattre la crise de la sidérurgie qui frappe le sud finit de diviser la Belgique.
Chaque réforme institutionnelle s'est traduite par de nouveaux transferts de compétences. Et, une des curiosités belges étant l'absence de toute «hiérarchie des normes», chaque échelon est désormais pleinement responsable dans son domaine, contrairement aux autres fédérations où régions, Länder et États vivent sous la tutelle de l'exécutif fédéral. Le but de la région flamande, plus peuplée, plus riche et plus dynamique que sa voisine wallonne, est d'obtenir de nouveaux pouvoirs économiques et sociaux. Elle vise aussi la fin du régime dérogatoire permettant à des communes francophones de la banlieue bruxelloise d'être rattachées à la capitale, qui est située en région Flandre, et où le français et le néerlandais sont acceptés comme langue officielle.
«Le bon sens démocratique»
En principe, un échec d'Yves Leterme sur ce dossier devrait le contraindre à la démission. Mais à la mi-juillet, et après les difficultés qu'il a eues à former son gouvernement neuf mois de gestation ! , les partis belges lui accorderont peut-être un sursis. Il sera bien assez tôt pour convoquer des élections législatives anticipées en septembre. À moins de laisser traîner les choses, jusqu'en 2009, année du grand rendez-vous électoral, celui des scrutins régional et européen.
Las ! Ces élections ne devraient pas plus charrier de solutions. Comment Yves Leterme, qui a indexé sa carrière politique sur des revendications flamandes toujours plus affirmées, pourrait-il engager une négociation sérieuse avec les francophones en une période électorale par définition peu propice aux compromis ? D'autant que chaque élu belge, quel que soit son mandat, est désigné par sa communauté linguistique. Les médias, francophones ou néerlandophones, soulignent les clivages. La défense des «siens» et la surenchère deviennent ainsi les meilleurs programmes électoraux.
Selon le scénario le plus plausible, l'État fédéral finira par perdre encore de ses prérogatives et «la Belgique deviendra de plus en plus une coquille vide», note le politologue Jean Faniel. D'un côté, l'Union européenne, sa monnaie et ses normes. De l'autre, les assemblées régionales flamande, wallonne et bruxelloise, au sein desquelles se concentrera le pouvoir politique.
Plus qu'aucun autre pays, la Belgique se sera dissoute dans cette Europe à laquelle elle a offert une capitale. Longtemps, elle lui apporta aussi un supplément d'âme fédérale. Elle fut montrée en exemple aux Espagnols, aux Tchécoslovaques, aux différentes nationalités de l'ancienne Yougoslavie : si Wallons et Flamands peuvent vivre ensemble, des communautés, de cultures et de langues différentes, peuvent demeurer au sein du même pays ; au pire, elles viendront cohabiter dans la vaste maison européenne. Longtemps, le discours a porté. Et puis le rêve s'est brisé. L'Europe fédérale est mal en point, la Belgique aussi. C'est un double traumatisme pour ce pays qui ne peut plus se raccrocher, ne serait-ce que symboliquement, à un modèle national.
Comble du ridicule, sinon du déshonneur, la Belgique, au vrai surtout la Flandre, est aujourd'hui vilipendée par l'Europe. Conduite par deux élus locaux, un Français et un Serbe, la récente visite d'enquêteurs du Conseil de l'Europe, inquiets des décisions des autorités flamandes à l'endroit de maires francophones de la périphérie de Bruxelles, a suscité plusieurs réactions acrimonieuses. Celle du ministre bruxellois Guy Vanhegel. «J'ai dit au Serbe : “Ne vous en faites pas ! En Belgique, on crie beaucoup, on s'excite, mais on n'est toujours pas prêts de voir une guerre civile !”»
C'est évident : la Belgique n'est pas la Yougoslavie. La concorde chez les «vraies gens» a même permis d'atténuer la violence des propos de certains politiques. Cela étant, le Serbe en question n'a guère goûté l'humour belge. «Nous qui avons connu beaucoup de missions étrangères, nous croyions que ce genre de malentendus communautaires n'existait que chez nous», a persiflé Dobrica Milovanovic.
D'autres réflexions, émanant de cercles flamands, ont visé l'élu français, par avance suspecté par les néerlandophones de partialité. C'est ainsi en Belgique : chacun est jugé en fonction de son appartenance linguistique. Le breton Michel Guégan, édile de La Chapelle-Caro, s'en est pourtant tenu à d'insignifiantes réflexions. Le «bon sens démocratique », a-t-il indiqué, veut que citoyens et élus «parlent la même langue». De nombreux francophones ont exulté. À commencer par ceux vivant à Linkebeek, Krainem et Wezembeek-Oppem. Dans ces trois communes de la banlieue bruxelloise, les maires continuent de s'exprimer en français, ce que leur reproche le ministre de l'Intérieur de la région flamande qui, au nom d'une lecture rigide de la loi linguistique, se refuse à valider leur élection acquise en 2006.
En avril dernier, la Cour de justice européenne avait précédemment jugé «contraire au droit communautaire» le système d'assurance-santé réservé aux seuls habitants de la région néerlandophone et dont sont exclus les Wallons, même ceux travaillant en Flandre. La Commission européenne a promis de demander des explications à cette même région, qui a mis en place une politique d'apprentissage du néerlandais, fortement incitative, puisqu'elle risque un jour de concourir au choix des bénéficiaires de logements sociaux.
«Appliquer la loi»
Ministre de l'Intérieur et du Logement de la Flandre, Marino Keulen a fini par se sentir visé. Dans un effort de relations publiques, qui le conduit à échanger quelques mots en français avec son visiteur, M. Keulen n'en martèle pas moins ses certitudes : «la loi interdit» en Flandre à un maire d'adresser des convocations électorales en français et de s'exprimer en français en conseil municipal ; et «un bourgmestre doit appliquer la loi». Quant à sa politique linguistique du logement qui, assure-t-il, n'a écarté à ce jour aucun candidat ne parlant pas le flamand, il ne s'agit nullement d'une «politique d'exclusion, mais d'intégration». Les locataires doivent pouvoir comprendre les bailleurs et l'administration.
Ministre des Relations extérieures de la Flandre, Geert Bourgeois appuie les propos de son collègue, car lui aussi veut «beaucoup plus d'autonomie pour les régions». Il explique que la Belgique est constituée de «deux opinions et deux cultures publiques différentes». Il parle de «confédéralisme». Mais on comprend soudain qu'il pense «indépendance» quand, pour dédramatiser, il note, benoîtement : «La Tchéquie et la Slovaquie, c'est fini.»
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"La Frontière de l'aube" : amour éternel, tourments mortels

LES FILMS DU LOSANGE
Le drame, chez Philippe Garrel, ce n'est pas que les histoires d'amour finissent mal, c'est qu'elles ne finissent pas. Le lien qui s'est tissé ne peut être rompu. On se sépare mais on se reste fidèle dans la pérennité.
D'emblée, il y a quelque chose de condamné après le coup de foudre. Une différence entre l'homme et la femme, chez lui le déclic d'un regard, chez elle l'instinct du corps, chez lui la terreur que quelque chose vienne altérer l'harmonie et chez elle le désir d'enfant. On se demande : "Est-ce que tu m'aimeras toujours ?", mais on admet que masculin et féminin sont des amants désaccordés, et on se met à rêver que la rupture soit aussi belle que la rencontre.Cette fatalité est inscrite dès le début de La Frontière de l'aube, en compétition à Cannes. Le regard est celui d'un photographe à Rolleiflex (Louis Garrel), le corps celui d'une star de cinéma (Laura Smet). C'est aussi celui d'un cinéaste féru d'un noir et blanc primitif, à la recherche de la lumière qui magnifie les visages. Le regard sur la peau d'une femme, d'une actrice, sur sa fragilité, ses gouffres, ses désarrois.
François et Carole vivent une idylle mais après une nuit de vaudeville où il doit s'éclipser en caleçon à cause de l'arrivée inopinée du mari de Carole, François devient invisible et Carole dépérit. Le cinéma, tel que l'envisage Garrel, c'est cela : filmer le bonheur à la lueur de bougies, ou chercher la trace d'une cicatrice intérieure, enregistrer sur une pellicule sensible les souffrances physiques d'une femme à terre, aux prises avec la frustration. C'est refléter l'amour, sa "loi des essuie-glaces" ("lorsque l'un se rapproche, l'autre s'éloigne") et ses apparitions, miraculeuses ou spectrales.
Garrel est homme de correspondances poétiques. Lorsque Carole est internée, subit des électrochocs, une voix off compare le prétendu délire des amoureux transis à celui des idéalistes politiques promettant "une révolution sans une goutte de sang". Le cinéaste a gardé intacts ses idéaux de 68. Il est aussi complice des surréalistes. La Frontière de l'aube est une variation sur l'amour fou, Carole étant sœur de Nadja l'âme errante, étrangère à la raison, aux portes de l'asile, ouvrant les portes d'un monde surréel.
INTRUSION DU SURNATUREL
Car suicidée, Carole va revenir hanter François qui s'apprête à devenir père et épouser Eve (Clémentine Poidatz, repérée dans les cours d'art dramatique du Conservatoire où Garrel enseigne). Elle surgit du fond d'un miroir (on repère là encore la fièvre expressionniste d'un cinéaste-poète à la Cocteau), pour l'implorer de venir la rejoindre. Cette intrusion du surnaturel s'explique ici par le texte dont Garrel s'est inspiré : une nouvelle de Théophile Gautier, Spirite, racontant l'histoire d'une femme revenant hanter l'homme qu'elle n'a pu s'approprier. Cette intrusion rappelle aussi que Garrel ne cesse d'orchestrer le retour fantomatique de femmes autrefois aimées.
Rêve, réalité, parfois cauchemar : Garrel brouille les visions. Le rêve est parfois représenté comme tel (première irruption du fantôme de Carole dans le sommeil de François), parfois transposé dans la vie quotidienne. Ce que l'on prend pour songe est épreuve palpable, et vice versa. Le réalisateur a confié que la scène où un homme agresse François dans un café, lui crachant sa fureur antisémite ("La haine, c'est mon dada"), lui est venue lors d'un trouble nocturne.
Le film, avec ses silences, est chargé d'une émotion que tend le violon de Jean-Claude Vannier. La musique donne la couleur des sentiments. Le tremblement des êtres imbibe l'image. Lors d'une scène magnifique, Eve annonce à François qu'elle attend un enfant de lui. Le je-ne-sais-quoi de radieux qui affleure alors sur son visage, suivi par sa crise de larmes quand il lui répond que "c'est impossible", est l'un des moments les plus poignants que l'on ait vu à Cannes.
"BONHEUR BOURGEOIS"
Eve est une jeune femme fragile, mais François est en danger, en proie au tourment d'avoir Carole pour mémoire. Il n'écoutera pas le conseil d'un ami qui lui dit qu'avoir "un enfant, c'est comme sauter par la fenêtre, mais du bon côté". Il est effaré par la perspective de basculer dans "le bonheur bourgeois" avec Eve, et harcelé par les apparitions de Carole qui le presse d'"abandonner sa vie facile de résignations".
Le drame, chez Garrel, c'est la séparation, une "scène primitive", a-t-il dit, trauma indélébile. "Le passage entre deux amours est toujours douloureux." La Frontière de l'aube dépeint le remords d'un homme aspiré par l'ivresse d'aimer une ancienne compagne pour l'éternité.
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