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01.06.2008
Rachida Dati, nouvelle égérie des rappeurs
29/05/2008 N°1863 Le Point
Denis Demonpion
Source d'inspiration de la chanson française et tout particulièrement des rappeurs, qui s'en donnent à coeur joie, Rachida Dati a décidé de leur répondre. Dans son dernier album, intitulé « Suis-je le gardien de mon frère ? » (Because Music éditions), Sefyu, la coqueluche des adolescents, numéro un des ventes de CD devant les mastodontes, consacre un morceau baptisé « Le journal » à la ministre de la Justice : « Page 10, t'as dépucelé ton casier judiciaire à 15 piges. Rachida Dati veut du ferme », entonne Sefyu-le verlan de Youssef, son vrai prénom. Idole des jeunes, cet artiste du 9-3 a 26 ans et du talent.
Invitée, sur Skyrock, de l'émission « Planète rap », présentée par l'animateur Fred, la garde des Sceaux répondra en direct le 25 juin à 20 heures aux questions des auditeurs, passées au crible d'un modérateur. Au programme : la surpopulation en prison et le projet de réforme de l'ordonnance de 1945 sur la délinquance des mineurs. Peut-être s'exprimera-t-elle sur le phénomène Dati, objet d'un autre titre, « Nicolas, Rachida », une chansonnette façon Bobby Lapointe de deux trentenaires, Alexandre Castagnetti et Clément Marchand. Diffusée sur leur site La chanson du dimanche, elle a, à ce jour, été vue.
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Les belles saisons de Jacques Brenner
29/05/2008 N°1863 Le Point
Patrick Besson
Quatrième exemplaire du tome IV du Journal de Jacques Brenner que je reçois de Pauvert, département des éditions Fayard. De plus, j'étais déjà passé rue du Montparnasse il y a quelques semaines pour en prendre un. Que j'ai lu avec passion, le jour et la nuit mêmes. Du coup, ça me fait cinq « Rue des Saints-Pères (1970-1979) » (35 E). J'en ferai relier un pour le ranger avec mes autres Brenner, tous aujourd'hui raretés bibliophiliques : « La minute heureuse » (Gallimard, 1947), « Les bonnes moeurs » (Editions de Minuit, 1948), « L'atelier du photographe » (Julliard, 1954)-avec une dédicace à Pierre Bergé orthographié Berger comme Yves, dont il est beaucoup question dans le tome IV du Journal-ou encore « Mozart vivant » (Editions du Sud, 1962). Il me reste quatre bouquins sur les bras. S'il y a des amateurs. Voire des professionnels. De l'édition. Qui savent que rue des Saints-Pères se trouve Grasset, où Brenner assura diverses fonctions-lecteur, conseiller éditorial, préfacier, emmerdeur-pendant une vingtaine d'années.
En 1970, c'est le réveil de Grasset sous l'impulsion de Fasquelle. Jean-Claude. La constitution, autour de ce quarterback placide, d'une équipe gagnante des prix littéraires, football germanopratin cher à Yves Berger, autre nouvel employé de la maison. On aperçoit aussi Dominique Fernandez, encore marié à Diane de Margerie. Bientôt apparaîtra la volumineuse Françoise Verny. Bernard-Henri Lévy se distingue. Matthieu Galey sourit, car il tient son Journal, c'est-à-dire sa revanche. Comme Brenner. Qui sera l'éditeur du journal de Matthieu en 1983. Obligé de couper les passages désobligeants envers certains jurés de la maison. Ce que Claude Durand, l'éditeur du Journal de Brenner, s'est bien gardé de faire. D'où la saveur de l'ouvrage. Jacques et Matthieu, rue des Saints-Pères, s'agglomèrent, guettent, s'informent. Ils sont des témoins d'immoralité, notamment en ce qui concerne les tractations Gallimard-Grasset-Seuil de novembre. Dans la police, on les appellerait des indics ; dans la mafia, des balances. Pour le milieu littéraire, ce sont des salauds. Si au moins ils n'avaient dit que la vérité. Mais l'écrire. Personne n'est plus attaché à sa bonne réputation qu'un être corrompu. Il en fait une obsession. Et une maladie, quand il se trouve démasqué.
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Bernard Kouchner : la situation "s'améliore" en Irak
15:29 | 01/06/2008 Le Point.fr
AFP

Bernard Kouchner s'est entretenu avec le Premier ministre Nouri al-Maliki
La situation "s'améliore" en Irak, a estimé dimanche le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, au deuxième jour de sa visite dans le pays.
Interrogé par l'AFP, M. Kouchner a dit avoir constaté une "amélioration de la situation en Irak".
"J'ai le sentiment que les choses vont mieux. Les statistiques montrent une baisse des incidents de sécurité", a-t-il déclaré à l'issue d'un déjeuner offert par son homologue irakien Hoshyar Zebari.
Le ministre français s'est réjoui de ces "progrès" ainsi que du processus "+d'irakisation+" en cours : "les Irakiens eux-mêmes, avec leur armée, leur administration, prennent en charge leurs propres problèmes".
"Cette irakisation est la bienvenue. Ce ne sera pas facile, mais les Américains souhaitent que ce processus se fasse le plus rapidement possible", a-t-il souligné.
"Nous avons eu une impression très positive d'une amélioration de la sécurité et d'une prise en charge par les Irakiens eux-mêmes de leurs affaires, et nous en sommes très heureux", a réaffirmé peu après le ministre au cours d'une conférence de presse.
Entretien avec le Premier ministre Nouri al-Maliki
Arrivé samedi à Nasiriyah, dans le sud de l'Irak, M. Kouchner a rencontré dans la soirée à Bagdad le président irakien Jalal Talabani. Il a rencontré dimanche matin le général David Petraeus, commandant en chef des forces américaines et alliées en Irak, et le plus haut dignitaire chrétien irakien, le cardinal Emmanuel III Delly.
Le ministre français s'est ensuite entretenu avec le Premier ministre Nouri al-Maliki. "L'entretien (avec M. Maliki) s'est très bien passé", a commenté à ce propos M. Kouchner, qui s'est félicité de "l'accueil chaleureux" des responsables irakiens.
"Il y a des projets qui ont été proposés à la France", a-t-il par ailleurs précisé au cours de sa conférence de presse. "Nous verrons bien si certains industriels peuvent y répondre", a-t-il dit.
"Il y a un besoin urgent que la France prennent part à la reconstruction de l'Irak", a commenté pour sa part Hoshyar Zebari.
M. Kouchner a quitté Bagdad dans l'après-midi pour se rendre à Erbil, capitale du Kurdistan autonome, dans le nord de l'Irak, pour y ouvrir officiellement un "bureau d'ambassade".
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Enfant du lac : le concubin interpellé

La maison où vivaient le petit Antoine et sa mère au Bois-Cené. Crédits photo : AFP
Le petit Antoine a expliqué aux enquêteurs que l'ex-compagnon de sa mère l'aurait amené jusqu'au lac pour l'y jeter. Ce mécanicien d'une trentaine d'années a été interpellé dans une commune voisine.
L'ex-concubin de la mère du petit Antoine, ce garçon retrouvé inanimé vendredi dans un lac de Vendée, a été interpellé dimanche en début d'après-midi. Il est le principal suspect de la tentative de meurtre sur l'enfant et de l'assassinat de la mère de celui-ci.
L'interpellation a eu lieu dans la commune de Saint-Hilaire-de-Riez, une station balnéaire accolée à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, vers 13H30, avec un «dispositif plutôt conséquent de la gendarmerie», a indiqué le commandant Bertrand Depierre, officier de communication de la gendarmerie des Pays de la Loire.
«L'enfant a confirmé officiellement ce matin aux enquêteurs qu'il avait été emmené à bord d'un véhicule jusqu'au lac d'Apremont par le concubin et qu'il y avait été jeté», expliquait le commandant un peu plus tôt. Garagiste, âgé d'une trentaine d'années, l'homme, qui appartient à la communauté des gens du voyage, s'était séparé d'Anne, la mère du jeune garçon, «il y a une quinzaine de jours» sans problème apparent.
Quant à Antoine, il est toujours hospitalisé, dans un état de «grande fatigue» auquel s'ajoute la douleur d'avoir perdu sa mère, qui l'a «perturbé psychologiquement», selon une source proche du dossier. Les enquêteurs estiment que le garçon n'a «probablement pas assisté» à la mort de sa mère, qui aurait été tuée par des coups à la tête, probablement jeudi soir.
Une série de mystères
Vendredi soir encore, l'enquête était au point mort. Un jeune garçon avait été découvert dans le lac d'Apremont, en Vendée, sans qu'il soit possible d'en déterminer l'identité. C'est un retraité promenant son chien qui avait aperçu le garçonnet en pyjama, inanimé dans le lac. La température de son corps, qui ne portait aucune trace de violence apparente, était à 27°c quand les secours l'ont pris en charge.
Souffrant d'hypothermie grave, il a alors été hospitalisé «entre la vie et la mort» au CHU de Nantes, où il ne s'est réveillé que samedi en fin de matinée. C'est là que l'enquête a pris un sérieux coup d'accelérateur, puisque l'enfant a pu donner son prénom, Antoine, et son âge, 8 ans, puis «l'adresse où il résidait»
Ces informations ont conduit les gendarmes jusqu'au domicile familial où ils ont découvert le corps de sa mère, baignant dans son sang. Il portait la trace «de plusieurs coups à la tête», a déclaré le procureur de la Roche-sur-Yon, Pierre Sennes. «Nous sommes dans le cadre d'une enquête pour homicide» qui a été confiée à la section de recherche d'Angers, a ajouté le magistrat. «En l'état, aucune piste n'est privilégiée».
Le père toujours introuvable
La mère vivait seule avec son fils, dans une maison blanche aux tuiles orangées, dans une zone de marais à Bois-de-Céné, au nord-ouest de Challans Fille du maire du village, la jeune femme, âgée d'une trentaine d'années, exerçait la profession d'aide-soignante à Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Elle était plutôt «discrète» et «timide», selon des voisins.
Pour un habitant du village interrogé par lefigaro.fr, cette «affaire est très étonnante». «Rien ne pouvait laisser penser qu'un tel drame pouvait arriver» a-t-il indiqué, évoquant «une femme calme» et «un petit garçon sans histoire».
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Les Suisses refusent de durcir la procédure de naturalisation

AP/SALVATORE DI NOLFI
La majorité des cantons suisses a rejeté, dimanche 1er juin, la proposition de la droite populiste de durcir les conditions de naturalisation des étrangers, selon les résultats officiels. L'Union démocratique du centre (UDC, droite populiste) proposait que les candidatures à la naturalisation puissent être approuvées ou rejetées par un vote populaire dans les communes. Cette pratique avait déjà cours dans plusieurs cantons, mais elle avait été invalidée par le tribunal fédéral hélvétique , qui l'avait jugée anticonstitutionnelle.
Un seul canton s'est prononcé en faveur de la proposition de l'UDC, selon les résultats définitifs dépouillés dans une majorité des 26 cantons. Le rejet est définitif : cette proposition devait impérativement recueillir l'assentiment d'une majorité de cantons.
Au niveau national, 64 % des Suisses ont refusé de confier au vote populaire la naturalisation des étrangers, selon les projections de la télévision suisse portant sur tous les cantons, y compris ceux dont les résultats définitifs sont encore attendus.
RELENTS XÉNOPHOBES
Le résultat est plus serré dans la Suisse alémanique que dans les cantons romands francophones. Le canton rural alémanique de Schwytz s'est prononcé à environ 60% pour la proposition de l'UDC. Dans d'autres cantons alémaniques, l'initiative de la droite populiste sur les naturalisations n'a été rejetée qu'à une courte majorité. Le rejet le plus net de cette initiative vient de Suisse romande, note l'agence ATS. Genève arrive en tête du "non", avec 82,1 % des voix. Suivent Neuchâtel (82 %), le Jura (80,2 %) et le Valais (75 %).
En fin de campagne, face à des sondages défavorables à sa proposition, l'UDC avait tenté de recentrer le débat sur la criminalité des étrangers. Des placards publicitaires étaient apparus dans la presse pour dénoncer "la violence des jeunes étrangers naturalisés", en égrenant des faits divers impliquant des jeunes d'origine étrangère.
La Suisse applique le droit du sang et les 20,7% d'étrangers recensés en 2006 ne peuvent acquérir la nationalité helvétique qu'au terme d'une procédure de naturalisation très encadrée.
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Christophe, ses mots de minuit

Richard Dumas / Agence Vu pour Le Monde 2
Depuis le choc de "Comm'si la terre se penchait", en 2001, il s'était fait attendre… A quelques semaines de la sortie de son nouvel opus " Aimer ce que nous sommes " promis pour le 30 juin, le solitaire Christophe, 62 ans, a ouvert au "Monde 2" les portes de son univers parisien où il vit et compose la nuit. Rencontre avec un saltimbanque faussement désinvolte.
Son dernier album, Aimer ce que nous sommes, sort le 30 juin (AZ).
Olympia 2002 (AZ, 2003).
Comm'si la terre penchait (AZ, 2001).
Bevilacqua (Dreyfus, 1996).
Chiqué chiqué (Dreyfus, 1988).
Clichés d'amour (Dreyfus, 1983).
Succès fou (Dreyfus, 1983).
Pas vu pas pris (Dreyfus, 1980).
Le Beau bizarre (Dreyfus, 1978).
Samouraï (Dreyfus, 1975).
Olympia 1974 (Dreyfus, 1975).
Les Mots bleus (Dreyfus, 1974).
Les Paradis perdus (Dreyfus, 1973).
Aline (Dreyfus, 1965).
Il est minuit sur le boulevard. Derrière la baie vitrée panoramique et légèrement arrondie d'un immeuble Art déco des années 1930, véritable paquebot immobile, la vigie a repris son poste. De petites lunettes noires lui cachent le regard et ses longs cheveux blancs rejetés en arrière lui donnent une allure de danseur mondain. Chaque nuit, depuis cinq ans, il s'installe là, face à la lumière du boulevard, approche un micro de ses lèvres et plaque un accord sur le piano électrique, qui lui tient lieu de compagnon. Pendant que le monde dort, le capitaine Achab des paradis perdus traque la mélodie blanche dont la flamboyante élégance fera chavirer les foules. Coup d'œil à l'hôtel d'en face, où des ombres se démaquillent avant de s'accoupler. Au loin, la Closerie des Lilas s'ébroue. Et le Rosebud s'éveille. Ce soir, le film sera-t-il en couleur ou en noir et blanc ? Il y a bien longtemps de cela, on le surnommait, dans les journaux, " le Beau Bizarre ". Parce qu'il portait des vestes en soie rose et glissait dans la nuit au volant d'une Cadillac Eldorado de la même couleur. Lui, il préfère être le dernier des Bevilacqua, Daniel de son prénom, plus connu sous le surnom de Christophe. Au départ, dans les années 1960, il était un crooner yé-yé qui construisait des marionnettes avec de la ficelle et du papier. Maintenant, c'est un dandy qui cherche ses mots, un metteur en son écorché qui, à l'instar de Bashung, Manset ou Murat (Dutronc semble out depuis qu'à force de rallumer la flemme il a perdu la flamme), possède un des plus beaux pedigrees de la musique populaire hexagonale. Avec des succès comme Les Mots bleus (1974), Señorita (1975) ou La Dolce vita (1977). Aujourd'hui, la nouvelle génération, celle de Julien Doré, de Sébastien Tellier, d'Abd al Malik et de la vague électro se réfèrent sans cesse à lui.
Hier, au petit matin, il a enregistré les croassements d'un couple de corbeaux de la rue, pour les glisser au milieu de Mal comme, un des plus étranges morceaux de son nouvel album, juste avant qu'on l'entende murmurer : " En somme, nous devons aimer ce que nous sommes. "" Isabelle n'est pas quelqu'un qui vient au rendez-vous quand on la sonne. C'est une princesse. Et le prince charmant sait attendre. Tout arrive à qui sait attendre ", s'amuse-t-il. Ce sera le titre d'ouverture, "Wo Wo Wo".
Avant-hier, Isabelle Adjani a sonné à l'interphone, puis s'est assise devant le micro, entre deux juke-boxes des années 1950, dont l'un a été dessiné par le designer industriel Raymond Loewy. Sur des nappes de sons électroniques, elle a lâché des phrases, où il est question de symphonie, de dimanche de septembre, de parc Rimbaud et de banc. Et elle est repartie comme elle est venue, énigmatique.
Quelques soirs auparavant, un monsieur d'un certain âge, tiré à quatre épingles dans un costume à l'élégance discrète, s'est lui aussi installé dans le fauteuil blanc, face au boulevard. Au-dessus d'une musique en cinémascope qui semble surgie du Mépris de Godard, il a égrené d'une voix chaude la liste des musiciens et des auteurs qui ont participé à l'élaboration de l'album. C'est Daniel Filipacchi. La voix de " Pour ceux qui aiment le jazz " et de " Salut les copains " sur Europe no 1. L'inventeur de la presse magazine moderne en France… " Un type be-bop, habité par ça, au style velouté. Daniel n'est pas un homme qui se met en avant, loin de là. Il est dans sa tente et il campe où il veut. Entre nous, c'est comme de l'amour et pas autre chose. C'est comme ça. Je répare ses juke-boxes et on va souvent ensemble faire nos courses chez Darty ", commente Christophe.
Après avoir jeté un œil de connaisseur sur une pin-up dénudée du dessinateur Aslan et sur la paire de bas en soie jetée sur le dos du canapé rouge et blanc, monsieur Daniel a rejoint la berline noire qui l'attendait en bas. Peut-être s'est-il souvenu qu'autrefois Kiki de Montparnasse, parce qu'elle ne pouvait plus poser nue pour Man Ray, Soutine, Foujita ou Desnos, chantait là. Cela s'appelait Le Jockey, cabaret artistique et littéraire, où les apaches des fortifs et les marlous de la petite brousse trinquaient avec des écrivains surréalistes et des peintres cubistes. Chaque nuit, une Hispano-Suiza patientait devant pour accompagner la reine de Montparnasse chez un de ses amants… Nous sommes fin avril. Christophe est en retard. Trois chansons n'ont pas encore de paroles. L'essai avec le rappeur Abd al Malik n'a rien donné. Rodolphe Burger, rencontré la veille dans un bar, n'a pas encore donné sa réponse. La maison de disques le presse, l'album est programmé pour juin. Peu importe. Il doit trouver le bon couplet. " Je me fonde sur l'émotion, d'une façon presque surréaliste. Je ne suis pas un intellectuel, mais quelqu'un de brut, de curieux, qui réagit aux émotions. J'ai l'impression d'être sur une route, de prendre un périphérique et d'y trouver une lumière qui va modifier mon écriture ", dit-il d'une voix métallique, au débit précipité. " Je sais ce que je cherche et, quand j'ai trouvé, j'y vais. " En attendant, il boit des piscines, à savoir un grand verre de champagne millésimé sur un lit de glaçons rehaussé d'un soupçon de fruit de la passion. Il ira se coucher vers 10 heures du matin, se lèvera à 18 heures, petit-déjeunera à 19 heures, s'offrira une sieste vers 21 heures et recommencera à travailler aux alentours de minuit… La vie à l'envers d'un monte-en-l'air du refrain. Les nuits solitaires d'un alchimiste en quête de la chanson philosophale.
DISPARITIONS ET RETOURS
En dépit de quelques tentatives pas vraiment abouties avec Etienne Roda-Gil, le parolier de Julien Clerc, lui aussi oiseau de nuit et pilier de la Closerie, il ne reviendra vraiment qu'en 1973, grâce aux Paradis perdus et aux Mots bleus. Francis Dreyfus, son éditeur, a eu l'idée assez paradoxale de demander à Jean-Michel Jarre, jusque-là connu pour ses envolées électroniques, d'écrire des textes sur les mélodies de Christophe et au chanteur de mettre des paroles sur les musiques de Jarre. La collaboration entre les deux hommes que tout oppose est une réussite. En quelques phrases bourrées de clins d'œil au septième art ou au rock, sur des musiques de grands espaces, se tracent les contours d'un univers très particulier, où l'on arpente les rues à Vespa et observe la marche du monde du fond d'un bar du boulevard des Italiens. " Dans ma veste de soie rose/ Je déambule morose/ Le crépuscule est grandiose… ".
Puis il y aura d'autres disparitions et d'autres retours. Lui explique : " Je n'ai pas la réalité du temps. " Il peut se passer deux ans, cinq ans, dix ans avant qu'une nouvelle chanson ne naisse. Pourquoi ? " Vous savez, la musique, elle sort du silence, elle avance tranquillement, elle grandit. Et puis, elle retourne au silence. Elle a eu peur. Il faut la saisir au moment où elle vous échappe. " Alors, il attend le moment magique. En écoutant la trompette de Chet Baker… Ou en liquidant son passé : " J'ai toujours aimé m'endormir sur les canapés. Je n'aime pas les lits. Jeune, quand je voyageais en stop, je kiffais de m'endormir sur les bancs. Quand j'ai commencé à draguer dans les surboums, j'allais dans les gares avec mes copines. Il n'y avait pas beaucoup de monde, il faisait chaud et on se réchauffait bien. " Ne vous y trompez pas, derrière toutes les ritournelles apparemment légères de Christophe, il y a de la douleur et de la violence. Comme chez l'écrivain Patrick Modiano, à qui il ressemble par certains côtés, on sent que cette forme de légèreté a aussi à voir avec la solitude, l'incommunicabilité, la perte, la séparation, le fait qu'il porte en lui son propre fantôme… Afin d'échapper à ces moments de doute, d'impuissance, de surplace, de mélancolie paralysante, il n'était pas rare que la nuit venue, il montât dans une voiture de course, Ferrari ou Lamborghini. Pour aller vers le Sud. Uniquement pour tracer, réaliser quelques fantasmes et jouer dans des bars. En saltimbanque désinvolte. Véronique, la mère de sa fille, Lucie, l'accompagnait. Ils sillonnaient l'Espagne, à la recherche des habits de lumière d'El Cordobès et du flamenco d'El Camaron, de Paco de Lucia ou de Moraito. " Ils ont un style, une belle éthique de vie, un truc racé, une allure particulière, avec un parfum huilé et les cheveux noirs." Aujourd'hui, Christophe ne voyage plus. Véronique s'en est allée. Et il y a neuf ans, on lui a retiré son permis de conduire pour excès de vitesse. Résultat : " Je fais du vélo à l'île de Ré. J'adore le vélo… " Il ne mourra jamais comme James Dean et n'en conçoit pas plus d'amertume que cela. Il l'a raconté dans une chanson, On achève bien les autos, chronique désabusée et gris orangé d'un couple – elle, pantalon de vinyle blanc, lui écoutant Loving You de Presley à la radio – qui s'aime sur une aire d'autoroute. " Sentiment d'auto roule ", s'amuse-t-il. Et en l'écoutant apparaissent, bien évidemment, les images de Crash, le film de Cronenberg tiré d'un roman de J.G. Ballard… Ah, cinéma, cinéma, quand tu nous tiens. Christophe ressemble au générique de cette émission tiré d'une séquence d'Alphaville de Godard, où l'on voit Eddie Constantine ouvrir chacune des portes d'un long couloir. Donc, le dernier des Bevilacqua ouvre des portes, celles qui cachent ses passions, ses obsessions. Et regarde… A nous, ensuite, d'entendre. Le nouvel album, maintes fois différé, de Christophe, on l'espère depuis sept ans. Depuis le choc que fut en 2001 Comm'si la terre penchait, lente promenade dans un monde d'images, de sons et de sensations issu d'un tableau de Max Ernst ou de Clovis Trouille. En s'y plongeant, on avait l'impression de se retrouver dans l'adaptation musicale de Gatsby le magnifique, le roman de Scott Fitzgerald, l'écrivain de la " génération perdue ", de " toute vie est un processus de destruction ", de l'alcool, des fêtes, du jeu, de la fêlure. Ajoutez-y un zeste de Nabokov pour Lolita. Et saupoudrez de Gainsbourg, période Melody Nelson… L'année suivante, son passage à l'Olympia, après vingt-huit ans d'absence de la scène, restera un de ces moments magiques qui tiennent sur les doigts d'une seule main d'un amateur de concerts. L'enregistrement du nouvel album a commencé en octobre 2006. A Séville. Dans le studio d'El Camaron. " On ne peut pas raconter ça ! Parce qu'il y a tous les interdits qu'on aime ! Ils boivent beaucoup, surtout de la vodka ! Sans compter le reste… Pour moi qui suis un mec de la nuit, c'est merveilleux. Je me souviens que Moraito a joué sa partie de guitare dans Odore di femina vers 6 heures du matin. Le titre était un peu bancal. Quand il a mis le casque sur sa tête et qu'on a envoyé le play-back, il était à la verticale. En une seule prise ! " Retour sur le boulevard. Première semaine de mai. Au troisième étage, la vigie veille. " J'ai 62 ans, mais, merde, dans ma tête, j'ai toujours l'impression d'avoir 15 ou 16 ans. " Il parle de David Lynch. De la lumière de ses films. " Il fait du cinéma comme s'il faisait des chansons. C'est un peu pareil d'ailleurs. " Le nouvel album est né comme ça. D'une impression de Lynch. Et grâce à Magda, une serveuse du restaurant de l'Hôtel Costes. Hongroise. Belle comme la mer. Raffinée comme une pomme d'amour. La nuit de leur rencontre, il a composé à 4 heures du matin sur le piano à queue du salon une de ces mélodies dont il a le secret… " J'aime tellement les femmes ! Ce fut ma drogue très tôt. J'habitais en face d'une école de filles. Quand j'étais malade, je les regardais derrière le rideau. Elles venaient toujours s'appuyer là. J'avais 12 ans. Normal… Est-ce que vous avez remarqué que les femmes qui dansent se passent toujours, à un moment, les mains dans les cheveux ? A 50 ans, j'ai traversé une période extraordinaire, je me sentais bien, j'avais l'impression de plaire. Avant ? Oh, j'allais chercher, donc je trouvais. Vous savez, j'ai beaucoup menti. J'ai été à la fois Narcisse et Arlequin. Je pensais que je ne pouvais pas plaire sans jouer un peu la comédie. " Depuis, Magda, qui irritait les voisins à cause du claquement de ses talons hauts sur le parquet, est retournée chez sa mère.
UN CARRÉ D'AS DANS LA MANCHE
Mais Christophe a continué. Des chansons, il en a à la pelle. Avec des versions différentes. Il s'y perd, d'ailleurs. Ne sait plus où se trouve la bonne. Cherche, pioche, tâtonne. Et puis l'ordre, nom d'un chien, les séquences doivent s'enchaîner harmonieusement. Alors, il bouscule tout, revient en arrière, essaie une nouvelle combinaison. Christophe gamberge sec. Il voulait que la batterie soit tenue par Carmine Appice, le plus colossal enfonceur de clous du rock californien des sixties. Parce qu'en 1969, au cours d'un voyage en Israël, il l'écoutait dans Beat Goes On des Vanilla Fudge ! Et il a réussi ! Même chose avec le jazzman français Erik Truffaz, qui est venu poser ses volutes de trompette sur quelques morceaux. Ou le pianiste classique Pierre Bastaroli, qu'il avait remarqué en voyant le film Viva Laldjérie… Il est 5 heures sur le boulevard. Il y a quarante ans, c'était la nuit des barricades. En face le boulanger a allumé son four. Une señorita brune débarque. Elle s'appelle Marie Moor. Et fut la compagne égérie du regretté Barney Wilen, un saxophoniste de jazz qui joua avec Miles Davis et Chet Baker. Rien n'est plus comme avant. Elle n'a pas de robe en taffetas. Elle est là pour mettre des mots sur les caprices de diva des guitares de nos amis espagnols. Il y a des claquements de doigts, une trompette et quelques effets électro. On a envie de danser. Moteur. Des pas sur le trottoir. Lumière. " J'ai un code de l'honneur plutôt suspect qui ne regarde que moi ", dit le héros, joueur de poker. Dans sa manche, il a un carré d'as. Hollywood ne veut pas mourir. Le film peut commencer. Il s'appellera Aimer ce que nous sommes et devrait sortir fin juin. Ce sera une superproduction. En attendant, vous reprendrez bien une piscine ?
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31.05.2008
La tour de Jean Nouvel déclenche la polémique

Jean Nouvel, mardi, après l'annonce de la sélection de son projet. Crédits photo : AFP
Le maire de Puteaux, opposé au projet en l'état, rencontrera l'architecte le 9 juin.
À peine lauréat, Jean Nouvel déclenche déjà la polémique. Grand gagnant de la consultation organisée par l'Établissement public d'aménagement de la Défense pour construire la tour Signal, le projet de l'architecte suscite la désapprobation de Joëlle Ceccaldi-Raynaud, maire de Puteaux, commune où sera bâti l'édifice, et membre du jury.
«Tel quel, ce n'est pas un beau projet», déclare-t-elle au Figaro. L'élue, qui ne cache pas sa préférence pour le projet de l'Américain Daniel Libeskind, l'un des cinq finalistes du concours, a carrément demandé à Jean Nouvel de revoir sa copie. Elle voit dans sa tour un bâtiment «lourd» et «gris», conçu comme un donjon ». «Du côté de Puteaux et de Courbevoie, on a un mur !», ajoute-t-elle. Dans cette croisade, elle se prévaut de «centaines» d'e-mails de soutien d'habitants de sa ville. Ses opposants y voient un «coup de publicité».
Beau joueur, Jean Nouvel a accepté de rencontrer Joëlle Ceccaldi-Raynaud le 9 juin prochain. «Je suis sûre que nous trouverons un terrain d'entente», dit-elle, avant de plaider pour une «architecture plus ouverte et novatrice». Elle proposera notamment à l'architecte de revoir le choix de l'acier, au-dessus de la structure de verre, pour la façade. Elle lui suggérera de repenser son pied de tour et d'agrandir les entrées. Elle s'assurera enfin auprès de l'architecte de l'emplacement et du nombre de parkings et d'espaces verts, de même que de la liaison avec le centre commercial des Quatre Temps. «Je ne modifierai pas mon plan d'occupation des sols (POS) à n'importe quel prix», prévient l'élue. Or, sans révision du POS, décidée par le conseil municipal de Puteaux, la tour ne peut voir le jour.
Démolition de logements
Et la polémique ne s'arrête pas là. Candidat malheureux à la tour Signal, le promoteur russe Hermitage (filiale de Stroïmontage), associé à l'architecte Jacques Ferrier, a annoncé hier qu'il concrétiserait son projet à Courbevoie, malgré son échec. Hermitage Towers, qui fait la part belle aux logements, proposera une liaison avec la dalle de la Défense et un aménagement des bords de Seine ainsi que la création d'un pôle culturel (galerie d'art, salle de spectacle). Une opération qui coûtera plus de 1,5 milliard d'euros.
Reste que cette tour s'élèvera en 2014 à l'emplacement de deux immeubles du quartier des Damiers qui abritent aujourd'hui 250 logements dont 40 logements sociaux.
Une association de riverains (Vivre à la Défense), qui crie à la «spéculation immobilière », a déposé un dossier au tribunal. «Notre priorité est de reloger les familles, se défend Emin Iskenderov, patron d'Hermitage. Nous pensons être capables de toutes les reloger avant la fin 2009.» Le promoteur, qui a acheté l'immeuble «20 place des Iris», devrait y reloger 51 familles. Avant de faire des propositions, «dans les prochaines semaines», aux 178 familles restantes.
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Rachida Dati, l'ombre d'un doute

Samedi 24 mai, Rachida Dati est venue déjeuner à l'Elysée. Un moment intime, avec Carla et Nicolas Sarkozy, comme il lui arrive souvent d'en avoir, depuis que le monde politique lui tient aussi lieu de vie privée. Le président devinait déjà les inquiétudes de sa ministre. Depuis qu'il ne l'a pas choisie, à la mi-mai, pour figurer dans le petit groupe de sept ministres chargés d'expliquer sa politique, il sait les rumeurs de disgrâce qu'il a lui-même provoquées.
Il n'a pas eu besoin de lui dire quoi que ce soit. Depuis des mois qu'il lui répète : "Tu n'es pas à Disneyland, tu es en politique. Alors bats-toi, et si on t'attaque, tu t'en fous !", il n'ignore rien de ses angoisses, de ses insuffisances, de sa solitude aussi. En 2004, lorsqu'il l'avait "oubliée" dans la constitution de son cabinet, au ministère de l'économie, il l'a vue s'effondrer en sanglots : "Je veux rester avec vous !" En 2007, lorsqu'elle assistait au défilé des prétendants espérant un portefeuille, il l'a vue revenir vingt fois dans son bureau lui dire bravement : "Je sais bien que vous ne m'abandonnerez pas."
Elle le vouvoie même en vacances et persiste à l'appeler "Monsieur le président". Mais il y a entre eux des secrets bien gardés qui valent les plus longues amitiés. Le 24 mai au soir, lors de la finale de la Coupe de France de football, Nicolas Sarkozy l'a donc placée bien en vue dans la tribune officielle, juste derrière lui.
Cela n'a pas suffi à éteindre les critiques qui s'expriment sur la garde des sceaux. On murmurait déjà sur ses maladresses et sa brutalité, ses robes Dior et ses photos glamour, la faiblesse de ses prestations télévisées, les neuf départs de collaborateurs au sein de son cabinet et sa chute de vingt points en douze mois dans les sondages. Et puisque l'Elysée ne venait pas plus fermement à son secours, des députés UMP ont rejoint ceux de gauche pour l'attaquer.
Le 20 mai, ils avaient déjà noté que la ministre de la justice, contrairement à l'usage, n'était pas montée à la tribune de l'Assemblée nationale défendre le projet de loi de révision constitutionnelle. "Ne l'envoyez pas au front, elle est nulle", avait imploré Edouard Balladur auprès de l'Elysée. A Matignon, la chose a vite paru entendue. Malgré la présence constante à ses côtés de Roger Karoutchi, le ministre chargé des relations avec le Parlement, qui est là pour la "coacher", Rachida Dati ne peut assumer seule un débat. A deux reprises, lors de réunions avec des parlementaires, François Fillon, agacé, a posé sa main sur le bras de sa ministre pour interrompre le flot de ses affirmations cassantes et démentir ce qu'elle venait d'affirmer. Et l'ombre d'un doute est venue ébranler ceux qui, autour du président, la croyaient son intouchable protégée.
Dans son vaste bureau, place Vendôme, où elle picore le déjeuner servi sur une table basse, Rachida Dati, 43 ans, affirme pourtant : "Je ne me suis jamais mise dans la position de favorite. Je ne suis pas une création de Nicolas Sarkozy. Lorsque je l'ai rencontré, mon réseau était fait, lance-t-elle avec ce brin d'arrogance qui exaspère ceux qui la jalousent. Mais je lui suis redevable et je ne veux surtout pas le contrarier."
Depuis toujours, c'est là sa force. Elle l'imite en tous points. Le soutient toujours. Ne le trahit jamais. Elle reste la seule, au sein du gouvernement, à avoir joué les confidentes auprès de Cécilia Sarkozy lorsque le chef de l'Etat fraîchement élu espérait encore éviter un divorce. Et l'une des rares à être sortie sans dommage de cette proximité avec l'ex-première dame. N'a-t-elle pas rompu avec celle qui l'appelait jusque-là sa "soeur" lorsque cette dernière, à peine divorcée, l'a conviée à dîner dans un restaurant en vue sans la prévenir que Richard Attias serait à ses côtés ?
Pour sa part, Nicolas Sarkozy a toujours balayé les critiques contre sa garde des sceaux. "Que veux-tu, quand je suis entouré de Rama (Yade) et de Rachida, on voit tout de suite que la France a changé", a-t-il expliqué à Brice Hortefeux lorsque ce dernier se plaignait des vacheries distillées par la ministre contre lui. Pour autant, le chef de l'Etat n'ignore plus les réserves que suscitent les ambitions politiques de sa ministre. Cet hiver, malmenée par les magistrats, contestée par les députés, Rachida Dati a laissé courir le bruit qu'elle pourrait être nommée ministre de l'intérieur. Elle s'en défend aujourd'hui tout en souriant : "Les ministres de l'intérieur heureux sont nombreux, pas les ministres de la justice."
Elle a dû cependant remballer ses aspirations. Quelques grands chefs de la police ont glissé au président qu'une telle nomination serait difficile à faire admettre. Jean-Pierre Raffarin, que le président a chargé de la cornaquer parmi les parlementaires, assure qu'"elle a vite compris qu'elle ne pourrait être une météorite Place Vendôme".
Sa carrière spectaculaire de jeune magistrate propulsée ministre sur ordre présidentiel continue pourtant de troubler. Au ministère de la justice, la garde des sceaux a d'emblée bousculé les habitudes et les rythmes, y compris sur des dossiers qui réclament parfois du temps et du doigté. Très vite, elle y a gagné un surnom, "la substitut", qui signale autant son niveau dans la hiérarchie judiciaire que son rapport au président de la République, dont elle assume être le parfait relais. Certes, elle a affronté avec cran les manifestations et fait voter sa réforme de la carte judiciaire, malgré les nombreux recours déposés au Conseil d'Etat. Mais maintenant que la popularité du président est malmenée, la partie s'annonce plus difficile. Ne porte-t-elle pas les réformes les plus controversées auprès des parlementaires du mandat de Nicolas Sarkozy : rétention de sûreté pour les criminels dangereux, protection des sources des journalistes, réforme de l'ordonnance de 1945 sur les mineurs, loi pénitentiaire ?
Au coeur même de la chancellerie, son style n'a jamais été tout à fait accepté. "Certains ont mis très longtemps à m'appeler madame la ministre, cela leur écorchait la bouche", sourit-elle comme s'il s'agissait seulement de mépris social. Il y a sans doute de cela. Inexpérimentée dans un monde peuplé d'experts de la machine judiciaire, issue d'un milieu modeste dans un univers particulièrement hiérarchisé, elle aurait pourtant pu choisir de se plonger dans ses dossiers. Elle a préféré s'imposer une discipline de star, sourire constant, minceur extrême et mondanités. Une partie de son cabinet n'y a pas résisté. Mais les effectifs de son service de communication ont doublé.
L'ancienne garde des sceaux socialiste Elisabeth Guigou lui avait glissé : "C'est une fonction qui requiert de la gravité." Dans le bureau de son service de presse trône en majesté la couverture de Paris Match sur laquelle elle pose, radieuse, en robe rose, collant résille et talons aiguilles. Que des sarkozystes susurrent : "Ce n'est plus une beurette, c'est une fashion victim" la laisse de marbre : "Ils ont cru que j'étais dans le registre de la futilité, mais je m'en fiche."
"Beurette", Rachida Dati refuse de l'être, faisant mine d'ignorer ces origines que Nicolas Sarkozy ne cesse pourtant d'invoquer. Elle s'est toujours opposée aux revendications communautaires. Le président de la banque Rothschild, Gérard Worms, l'a fait entrer il y a quelques années au Siècle, ce club des puissants. "Au début, on ne m'adressait la parole que pour me parler de la banlieue, jure-t-elle, mais je veux y être et qu'on s'habitue à m'y voir."
Il y a un mois, lors d'une visite de la ministre à Bruxelles, un collaborateur du commissaire européen Jacques Barrot a cru fin de préciser en lui offrant un café : "Désolé, il n'y a pas de corne de gazelle." Regard glacial de Rachida Dati et bredouillement du fonctionnaire : "Euh... moi aussi, je suis de là-bas." La ministre n'a pas fait un geste pour repêcher le maladroit. "Il ne faut lâcher sur rien, dit-elle, ni sur le protocole ni sur le rang."
C'est aussi la notion qu'elle a de ce fameux "rang" qui lui vaut ses difficultés. Le président a voulu la protéger politiquement en lui offrant de se présenter aux municipales, en mars, dans le 7e arrondissement de Paris, l'un des plus confortables pour la droite. "Il faudra qu'elle découvre les méandres du système parisien", avait alerté le député Claude Goasguen. Il ne croyait pas si bien dire. Rachida Dati se pensait ministre, elle a été parfois accueillie en fille d'immigrés. Dans une section UMP, un militant a doctement demandé : "Pourquoi ne fait-elle pas campagne chez les siens, dans les cités ?"
A peine élue, la ministre a pourtant fermé les yeux sur son score mitigé et évoqué l'hypothèse de prendre la présidence du groupe UMP au Conseil de Paris en précisant : "Le président le veut." Prudemment, Nicolas Sarkozy a sondé quelques proches, élus parisiens :
"A-t-elle une chance ?
- Aucune : le vote est à bulletin secret, elle n'a aucun réseau et n'est pas aimée."
Le président a renoncé mais il a aussitôt imposé à ses réseaux parisiens de préparer le terrain à sa désignation à la tête de la fédération UMP de Paris, à l'automne.
Dans ses moments de relâchement, pourtant, Rachida Dati peut abandonner son arrogance apparente et laisser entrevoir ses déchirements. Ce père autoritaire qui ne décroche pas son téléphone si elle a pris trop de retard pour le rappeler. Ces amies d'enfance, revues les week-ends où elle revient dans le pavillon familial à Chalon-sur-Saône, qui réclament "alors, raconte-nous Sarko !" Et qui, lorsqu'elle élude toute confidence sur la vie privée du président, disent d'un ton plein de reproches : "Ça y est, tu as changé !" Mais elle reprend sa discipline de fer comme une sauvegarde. Et défoule ses tensions, le matin, en courant "comme le président", autour du Champ-de-Mars, en écoutant en boucle sur son iPod de vieux tubes de Sylvie Vartan.
14:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Vladimir Poutine : "Elargir l'OTAN, c'est ériger de nouveaux murs de Berlin"
Cette visite en France est la première que vous effectuez à l'étranger en tant que premier ministre. Votre dîner en tête-à-tête avec Nicolas Sarkozy révèle une ambiguïté : qui dirige la politique étrangère, vous ou Dmitri Medvedev ?
Il n'y aucune ambiguïté. Nous avons fait connaissance avec M. Sarkozy à l'époque où j'étais encore président. Des liens d'amitié se sont noués. Quand la question de mon avenir s'est posée, il m'a demandé ce que j'allais faire. Je lui ai répondu que je n'avais pas encore décidé. Il m'a dit alors : dans tes nouvelles attributions, promets-moi que ta première visite à l'étranger sera à Paris. C'est chose faite.
Le président m'a parlé des questions de défense et de politique étrangère. L'humble serviteur que je suis s'occupe avant tout des questions économiques et sociales. En tant que membre du Conseil de sécurité de la Russie, je suis aussi concerné par les questions abordées avec le président français. Quant à la répartition des pouvoirs en Russie, le président a sans conteste le dernier mot. Et le président, aujourd'hui, c'est M. Medvedev.
Vous avez rencontré Jacques Chirac vendredi matin. Quel était le but de cette rencontre ?
Pas de but particulier. Nous avons travaillé ensemble de nombreuses années. Il a un rapport très chaleureux à la Russie. Il la connaît en profondeur. Je partage ses vues : les relations entre la Russie et l'Europe, la Russie et la France, doivent peser sur la scène internationale. Jacques est aussi un homme très agréable, un interlocuteur brillant, avec des connaissances encyclopédiques, je le dis sans exagérer. A l'époque où nous travaillions dans le cadre du G8, j'avais déjà constaté qu'il se trouvait au centre de l'attention générale. Il a toujours un point de vue argumenté sur les questions de civilisation et les sujets d'actualité.
Comme il a beaucoup fait pour les relations entre nos deux pays, le président Medvedev a décidé de lui décerner le prix d'Etat de la Fédération de Russie. Nous espérons qu'il nous fera l'honneur d'une visite au Kremlin lors de la fête nationale russe, le 12 juin, et que le président pourra lui remettre son prix.
Le pouvoir russe actuel a deux visages, est-ce une solution transitoire, ou souhaitez-vous que le premier ministre devienne l'équivalent d'un chancelier allemand ?
La Russie est une république présidentielle. Nous ne modifierons pas le rôle clé du chef de l'Etat dans le système politique du pays. Le fait que je dirige le gouvernement est une curiosité dans notre histoire politique. Mais l'essentiel est ailleurs : je dirige en même temps un parti qui occupe un rôle de premier plan dans la vie politique du pays et qui a une majorité stable au Parlement. C'est un signe incontestable qu'en Russie, nous sommes attachés au système multipartite et à une valorisation du rôle du Parlement. C'est ça, le vrai message politique.
En Russie on dit que M. Medvedev et vous êtes au pouvoir pour vingt ans. Dans quelles circonstances pourriez-vous quitter vos fonctions ?
[Jeudi soir], Nicolas [Sarkozy] m'a parlé de ses plans de modernisation de la France. Il est très passionné et sincère, il veut changer les choses dans le pays, pour le bien des Français. Evidemment, il n'y aura pas de changements positifs à court terme, mais certaines décisions doivent porter leurs fruits dans quelques années. Tout cela suscite des débats dans la société. La Russie est dans l'obligation de se moderniser dans plusieurs domaines. D'abord en économie, où il nous faut privilégier l'innovation. Nous en discutons activement. Les premiers résultats se font sentir, d'ailleurs. Il faut aussi changer le système de rémunération dans le secteur public, moderniser notre système de retraites en garantissant à nos concitoyens une vieillesse et des revenus décents. La pension de retraite doit davantage correspondre à ce qu'on touche au long de la vie. Il y a aussi l'agriculture. La Russie fait face à de nombreux défis. Nous sommes décidés à agir de façon parfaitement honnête vis-à-vis de nos concitoyens, sans s'occuper de politique politicienne. Si nous y parvenons, l'organisation du pouvoir au plus haut niveau ne sera pas si importante que cela. Les objectifs communs, voilà l'essentiel. L'équipe en place actuellement est très compétente, très professionnelle, composée de spécialistes, ainsi que d'élus au sein du Parlement qui nous soutiennent. On va essayer de garder cette unité le plus longtemps possible. La façon dont se partagent les rôles et les ambitions est secondaire.
Quelle est la part respective, dans la réussite de l'économie russe ces dernières années, du baril de pétrole et de votre travail ?
Je ne veux pas porter de jugement sur mon travail passé. Même si je considère que j'ai travaillé consciencieusement, honnêtement, et que j'ai beaucoup obtenu. A commencer par le rétablissement de l'intégrité territoriale du pays et de la légalité constitutionnelle, jusqu'à l'assurance d'une croissance élevée et d'une réduction de la pauvreté. Bien-sûr, les prix et la conjoncture internationale ont compté de façon visible et importante. Mais saviez-vous qu'à l'époque soviétique il y eut des périodes où le cours du pétrole était élevé. Mais tout cela a été bradé et consommé, sans effet sur le développement économique. Plus récemment, les prix du pétrole ont commencé à monter en 2004. Or dès 2000, nous avons obtenu une croissance record de 10 %, pas du tout lié au pétrole. Ces dernières années, en matière de fiscalité et de gouvernance, nous avons choisi de privilégier le développement de l'industrie manufacturière, d'encourager l'innovation. Telle est notre mission principale. Les premiers résultats se font sentir. De quelle façon ? La part de l'industrie manufacturière dans la hausse du PIB est plus grande que celle des matières premières. C'est encore trop peu à mon sens.
Ces dernières années l'Etat russe a repris le contrôle des secteurs stratégiques de l'économie notamment celui de l'industrie pétrolière. Son poids n'est-il pas un frein à l'initiative et à la productivité ?
Pas du tout. Votre vision est erronée. L'extraction du pétrole n'a pas augmenté l'année dernière, ou très peu, c'est vrai, mais pas parce que l'Etat en a pris le contrôle. Je voudrais attirer votre attention sur quelques faits. Tout d'abord, la Russie n'est pas membre de l'OPEP. Ensuite, dans la plupart des pays extracteurs, seul l'Etat apparaît dans le secteur pétrolier. En Russie, le secteur privé est présent dans le domaine des hydrocarbures. Toutes les multinationales y sont, notamment françaises comme Gaz de France ou Total qui sont engagées sur des gisements importants. Bien sûr, nous avons veillé à soutenir les entreprises que l'Etat contrôle, comme Gazprom et Rosneft. Les autres, une dizaine de grandes entreprises, sont privées, avec des capitaux étrangers, britanniques, américains, indiens, chinois, français, allemands. Notre secteur énergétique est bien plus libéral que dans la plupart des pays, y compris en Europe. Nous concluons une importante réforme du secteur de l'énergie électrique. Au 1er juillet, notre plus grande compagnie, RAO UES, cessera d'exister. Elle va se scinder en plusieurs unités, tandis que le secteur de la production, petites centrales et grandes unités, sera proposé à des investisseurs privés. Des acteurs européens importants viennent donc d'Italie ou d'Allemagne, avec des investissements de 6, 8, 10, 12 milliards de dollars et d'euros. Peu de pays européens font preuve d'un tel libéralisme. Alors que nous, investisseurs russes, sommes empêchés d'accéder à des projets similaires. Dire que ces marchés là sont fermés est tout à fait faux.
Quels sont les problèmes du secteur pétrolier ? Dès que les grandes entreprises pétrolières et gazières sont devenues plus que bénéficiaires, le gouvernement a décidé de verser les bénéfices dans le budget de la Fédération de Russie, en créant par exemple un impôt sur l'extraction des matières premières et des taxes à l'exportation. Or nous avons découvert que ce système était excessif, que les moyens dont disposent les entreprises pétrolières ne leur permettent plus de faire de la prospection, de développer l'extraction. Nous allons donc baisser l'impôt sur l'extraction des matières premières. Nous espérons des effets positifs dans les années à venir. Nous avons aussi accordé un statut préférentiel pour les nouveaux gisements, notamment en mer du Nord et en Sibérie orientale, où il n'y a aucune infrastructure.
L'inflation pourrait-elle être un facteur de déstabilisation de la société russe ?
Nous ne le craignons pas. L'inflation n'est pas venue de notre marché intérieur, mais a été exportée vers la Russie, en provenance des économies développées, notamment européennes. C'est lié à la hausse rapide et infondée des prix des produits de base. Les spécialistes savent que c'est lié à la consommation en Chine et en Inde, à l'émergence des biocarburants, fabriqués à partie du blé ou du maïs. C'est lié aussi à un afflux important des investissement en Russie. Auparavant, 20 à 25 milliards de dollars sortaient du pays chaque année. L'an passé, le niveau des investissements étrangers directs a atteint 81 milliards de dollars. Ces investissements en pétrodollars s'ajoutent aux pétrodollars de nos propres entreprises. La Banque centrale les prélève et doit émettre des roubles réinjectés ensuite dans l'économie.
Il existe encore d'autres facteurs, que nous connaissons et que nous pouvons traiter pour enrayer ces menaces. Nous allons devoir développer notre industrie agro-alimentaire et garantir le volume indispensable de blé pour nos besoins à l'aide de régulations douanières, de même que les importations nécessaires. Nous allons lutter contre l'inflation comme ça se fait partout ailleurs. La Banque centrale a relevé récemment à 10,5 % les taux d'intérêts pour limiter l'afflux d'argent dans l'économie. Pour ce qui est du social, l'augmentation des prix des produits de base touche avant tout la population à faibles revenus, celle qui consacre presque tout son budget à la nourriture. Ce sont eux qui souffrent le plus. Mais grâce à l'augmentation des salaires, des retraites, des allocations, nous allons essayer de minimiser les conséquences négatives de l'inflation.
Que répondriez vous à Dmitri Medvedev s'il sollicitait votre avis sur un allégement de la peine ou l'amélioration des conditions de détention de l'ex-patron de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski ?
Je dirai qu'il doit prendre cette décision en toute indépendance. Comme moi auparavant, il doit s'appuyer sur la législation. Lui et moi avons fait les mêmes études universitaires à la faculté de droit de Saint-Pétersbourg. Nous avons eu de très bons professeurs qui nous ont administré un vaccin : le respect de la loi. Je connais M. Medvedev de longue date. Il va respecter la loi, il l'a d'ailleurs dit à plusieurs reprises publiquement. Si nos textes le permettent, il n'y aura aucun obstacle. (…) La loi permet d'améliorer les conditions de détention… Bien sûr, mais pour cela il faut que les personnes détenues satisfasse aux obligations prévues par la loi.
Comment la Russie peut-elle prétendre partager les valeurs européennes quand la concurrence en économie et en politique n'est pas admise ?
Je ne vois aucune contradiction. La concurrence, c'est la lutte. Si une des parties prend l'avantage puis l'emporte, ça veut dire que la concurrence existe. Dans tout pays, les acteurs économiques tentent d'êtres proches du pouvoir et d'obtenir des avantages. Nous avons évoqué un des "capitaines" de l'industrie pétrolière russe. A une époque, ces personnes se voyaient refuser le visa d'entrée aux Etats-Unis, on considérait qu'ils étaient liés à la mafia. Soulager son existence en prison, ne serait-ce pas faire deux poids, deux mesures ? La lutte pour les privilèges a toujours existé et existera toujours. La Russie n'est pas un cas unique. Nous nous sommes efforcés de tenir à distance égale les représentants du monde des affaires, plutôt avec succès me semble-t-il.
Le problème était peut-être que Khodorkovski allait trop souvent aux Etats-Unis, et qu'il avait un visa…
Il a finalement obtenu ce visa, alors que d'autres entrepreneurs, comme M. Deripaska, ne l'ont pas. J'ai demandé pourquoi à mes collègues américains. Si vous avez des raisons de ne pas lui délivrer de visa, si vous avez des documents sur des activités illégales, donnez-les nous, nous les exploiterons. Ils ne nous donnent rien, ne nous expliquent rien et lui interdisent l'entrée. [Oleg Deripaska] n'est ni mon ami, ni mon parent. Il représente le grand business russe. Il a des affaires de plusieurs milliards de dollars dans différents pays du monde. Pourquoi restreindre ses déplacements ? Qu'a-t-il fait ? Si vous n'avez rien, levez les entraves. Concernant Khodorkovski, le problème n'est pas ses voyages à l'étranger, mais le fait que la loi a été enfreinte à plusieurs reprises et brutalement. Il a été établi par la justice que le groupe dont il faisait partie a commis des crimes contre des personnes, et pas seulement de nature économique. Ils ont tué plus d'un homme. Une telle lutte concurrentielle est intolérable et nous allons bien sûr y mettre fin par tous les moyens.
Mais il y a aussi le cas du Britannique William Browder, du fonds d'investissements Hermitage présent en Russie, qui est interdit d'entrée depuis 2005 sans savoir pourquoi…
J'entends ce nom pour la première fois. Si quelqu'un estime que ses droits sont violés, qu'il aille au tribunal. Notre système judiciaire, grâce à Dieu, fonctionne. Récemment, une journaliste a été accusée d'avoir franchi la frontière avec trop de devises. Une enquête a été ouverte contre elle. Je crois savoir qu'elle se trouve en France. Elle n'a qu'à rentrer en Russie, se présenter devant la justice et lutter pour ses droits. Mais elle a eu peur. Or la Cour constitutionnelle vient de se prononcer : oui, elle a violé la loi, mais cela ne doit pas entraîner de poursuites pénales. Ce genre d'affaires relève de la justice administrative.
Comment doit-on qualifier le système politique russe ? Est-ce une dictature, un régime autoritaire, une démocratie ?
Nous développons notre pays suivant des principes qui ont fait leurs preuves dans le monde civilisé et qui correspondent à nos traditions et notre culture politique. Le multipartisme, ce n'est pas des milliers de partis incapables d'organiser le processus politique, qui démolissent l'Etat par leur travail, leurs actions et leurs ambitions. Le multipartisme, c'est sans doute un système dans lequel les grands partis représentent les intérêts de divers segments de la population, fonctionnent efficacement et, dans le cadre d'un affrontement civilisé, parviennent à élaborer des décisions répondant aux intérêts de la majorité de la population. Nous avons beaucoup œuvré au renforcement du parlementarisme et du multipartisme. Nous avons réellement avancé, sur un plan législatif, dans la transmission des pouvoirs fédéraux vers les régions et les municipalités. En fait, on a décentralisé le pouvoir en l'accompagnant des ressources financières. Il n'y a pas de société démocratique, normale et civilisée sans composante municipale.
Il existe une tradition. Voyez le Liban. Les différents groupes de populations doivent être représentés dans les hautes sphères politiques. C'est aussi le cas dans le Caucase, au Daguestan. On y trouve plusieurs nationalités reconnues. Si le représentant de l'une d'entre elles dirige la République, le représentant d'une autre devient le président du Parlement et un troisième, chef du gouvernement. Que Dieu vous préserve de rompre cette hiérarchie ! Ca ne sera pas admis dans la conscience collective. On peut faire semblant et dire que cela n'est pas bien, ni démocratique, et qu'il faut à tout prix des élections directes du président, à bulletins secrets. Mais cela détruira la République et je ne peux le permettre. Je suis obligé de tenir compte de l'avis des gens qui vivent sur ce territoire depuis 1 000 ans. Je respecterai leur choix, leur conception de la vie.
Vous vantez la qualité du système judiciaire russe…
Je dis que malgré tous les problèmes existants, le système judiciaire se développe et prouve sa vitalité.
M. Medvedev a parlé de façon plus négative, en évoquant le "nihilisme juridique". Où est la vérité ?
La vérité, c'est que vous avez mal entendu. Il a parlé de nihilisme politique, non pas dans les tribunaux, mais dans la conscience collective. Sans doute existe-t-il. Mais la conscience collective n'est pas coupable. Dans le secteur de la sécurité et de l'administration publique, notamment la justice, les intérêts de la population étaient mal défendues. Il est donc naturel que les citoyens n'aient ni respect ni confiance dans ce système. En cela, il a parfaitement raison. (…)
Si la situation semble normalisée en Tchétchénie, elle s'est aggravée en Ingouchie et au Daguestan. Quel y est selon vous le problème clé ?
La situation en Tchétchénie s'est vraiment améliorée. Le peuple tchétchène a fait le choix de développer sa république dans le cadre de la Fédération. Nous avons vu sa réaction face aux tentatives d'introduction dans la conscience collective de formes non traditionnelles de l'islam. Le wahabbisme, en soi, est un courant de l'islam qui n'a rien de dangereux. Mais il existe des mouvances extrémistes, dans le cadre de ce wahabbisme, qu'on a tenté d'imposer dans la population tchétchène. Les gens ont très bien compris qu'on n'agissait pas dans leurs intérêts mais qu'on faisait d'eux un instrument de déstabilisation de la Fédération de Russie. Cela suppose des souffrances pour le peuple. La stabilisation a commencé par cette prise de conscience. Lorsque nous avons compris ce changement d'état d'esprit, nous avons transmis l'essentiel du pouvoir aux Tchétchènes eux-mêmes dans le domaine de la sécurité et de l'économie. (…) C'est grâce à cela qu'on a pu reconstruire Grozny et restaurer l'économie. En ce qui concerne le Daguestan et l'Ingouchie, nous savons très bien ce qui s'y passe : des intérêts économiques et non politiques se heurtent. C'est peut-être l'expression d'oppositions politiques mais ce n'est pas lié à des mouvances séparatistes. (…)
La guerre en Tchétchénie, les prises d'otages de Beslan et de Nordost sont les pages noires de votre présidence. Aurait-il été possible d'agir autrement ?
Non. Je suis sûr que si nous avions essayé d'agir autrement, tout cela aurait duré jusqu'à aujourd'hui. Nous devions contrer les tentatives de déstabilisation de la Russie. Tout pays faisant des concessions aux terroristes essuie au final des pertes plus grandes que celles subies dans les opérations spéciales. Au bout du compte, cela détruit l'Etat et alourdit le nombre des victimes.
En dehors de la lutte antiterroriste, les défenseurs des droits de l'homme déplorent des crimes contre les civils tchétchènes. La lumière sera-t-elle faite sur ces crimes ?
Dans la République tchétchène, les tribunaux et le parquet travaillent activement. Des poursuites sont lancées contre les auteurs de tels crimes, indépendamment de leurs fonctions. C'est valable pour ceux qui ont combattu [côté tchétchène] et aussi pour les militaires russes. (…) Plusieurs officiers membres des organes de sécurité et de l'armée ont déjà été jugés et condamnés. Ce n'était pas évident pour nos tribunaux. Malgré l'évidence de leurs crimes, les jurys populaires les ont relaxés à plusieurs reprises. Ca en dit long sur l'état d'esprit de la société russe, surtout après les sauvageries commises par les terroristes sur notre population civile. Si nous voulons rétablir la paix civile, personne ne doit franchir la ligne rouge de la loi.
Qu'attendez-vous de la présidence française dans l'Union européenne ?
La France est notre partenaire traditionnel et sûr. On a toujours parlé de partenariat stratégique, cette expression me convient. De tout temps, la France a mené une politique étrangère indépendante et j'espère que cela continuera. C'est dans le sang français. Il est difficile d'imposer aux Français quelque chose venu de l'extérieur. Tout dirigeant français devra en tenir compte. Nous apprécions cette indépendance et c'est pourquoi nous attendons beaucoup de la présidence française. Nous espérons un dialogue constructif pour établir une base juridique dans le partenariat avec l'UE. Le document fondateur de nos relations vient d'expirer. Il n'y a pas de vide juridique car la procédure existante permet de le prolonger chaque année. Mais il faut le renouveler. Nous voulons signer un nouveau traité, nous l'avons dit à plusieurs reprises, tout comme nos partenaires européens. La présidence française doit amener un nouveau souffle.
Estimez-vous que l'Iran essaie d'acquérir la bombe nucléaire ?
Je ne le crois pas. Rien ne l'indique. Les Iraniens sont un peuple fier et indépendant. Ils veulent jouir de leur indépendance et utiliser leur droit légitime au nucléaire civil. Je suis formel : sur un plan juridique, l'Iran n'a rien enfreint pour l'instant. Il a même le droit d'enrichir [de l'uranium]. Les documents le disent. On reproche à l'Iran ne pas avoir montré tous ses programmes à l'AIEA. Ce point reste à régler. Dans l'ensemble, l'Iran a, semble-t-il, dévoilé ses programmes nucléaires. (…) J'ai toujours dit ouvertement à nos partenaires iraniens que leur pays ne se trouvait pas dans une zone aseptisée mais dans un environnement compliqué, dans une région du monde explosive. Nous leur demandons d'en tenir compte, de ne pas irriter leurs voisins ou la communauté internationale, de prouver que le gouvernement iranien n'a pas d'arrière-pensées. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec la partie iranienne et avec nos partenaires du "Groupe des 6" et nous continuerons à le faire. (…)
Si vous appreniez que l'Iran confectionne vraiment une bombe nucléaire, serait-ce un problème pour la Russie ?
La politique ne supporte pas le subjonctif. Quand nous disposerons de telles informations, nous réfléchirons à la marche à suivre.
Sur le plan des principes, l'Iran en tant que grande puissance peut-elle prétendre à l'arme nucléaire ?
Nous sommes contre. C'est notre position de principe. (…) Cette voie est extrêmement dangereuse. Elle n'est bonne ni pour la région, ni pour l'Iran. Utiliser l'arme nucléaire dans une région aussi petite que le Proche-Orient serait synonyme de suicide. Quels intérêts cela servirait-il ? Ceux de la Palestine ? Alors les Palestiniens cesseront d'exister. Nous connaissons la tragédie de Tchernobyl. (…) Ce serait contre-productif. Nous avons toujours été sur cette position et j'espère que le président Medvedev la partagera toujours.
Nous allons, par tous les moyens, empêcher la prolifération de l'arme nucléaire. Pour cette raison, nos avons proposé un programme international d'enrichissement de l'uranium, car l'Iran n'est qu'une pièce du problème. Beaucoup de pays émergents se trouvent face au choix de l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins civiles. Ils vont avoir besoin d'enrichir de l'uranium et pour cela de créer leur propre circuit fermé. Il y aura toujours des doutes sur l'obtention de l'uranium à des fins militaires. C'est très difficile à contrôler. C'est pour cela que nous proposons que l'enrichissement se fasse dans des pays au-dessus de tout soupçon, car ils ont déjà l'arme nucléaire. Pour engager ce processus, les participants devront être certains de recevoir les quantités nécessaires et qu'on leur reprendra le combustible usagé. On peut créer ce système. Il sera suffisamment fiable et sans danger.
En quoi une éventuelle adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie à l'OTAN serait une menace pour la Russie ?
Nous sommes opposés à l'élargissement de l'OTAN en général. L'OTAN a été crée en 1949 en vertu du 5e article de l'accord de Washington sur la sécurité collective. Son objectif était la défense et la confrontation avec l'Union soviétique, pour se protéger d'une éventuelle agression, comme on le pensait à l'époque. L'URSS avait beau dire qu'elle n'avait pas l'intention d'agresser qui que ce soit, les Occidentaux prétendaient le contraire. L'Union soviétique n'est plus, la menace non plus, mais l'organisation est restée. D'où la question : contre qui faites-vous "ami-ami" ? Pour quoi faire ? Admettons que l'OTAN doive lutter contre les nouvelles menaces. Quelles sont-elles ? La prolifération, le terrorisme, les épidémies, la criminalité internationale, le trafic de stupéfiants.
Pensez-vous que l'on puisse résoudre ces problèmes au sein d'un bloc militaro-politique fermé ? Non. (…) Ils doivent être résolus sur la base d'une large coopération, avec une approche globale et non pas en suivant la logique des blocs. (…) Elargir l'OTAN, c'est ériger de nouvelles frontières en Europe, de nouveaux murs de Berlin, invisibles cette fois mais non moins dangereux. C'est limiter les possibilités de lutter efficacement et ensemble contre les nouvelles menaces. La défiance mutuelle s'installe, c'e








