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08.06.2008

Le cinéaste italien Dino Risi est mort

lefigaro.fr avec AFP et AP 07/06/2008 | Mise à jour : 18:04 |
(AFP)
(AFP) Crédits photo : AFP

Le réalisateur de «Parfum de Femme», surnommé le père de la comédie italienne , s'est éteint à son domicile de Rome à 91 ans. Il avait reçu en 2002 un Lion d'or du festival de Venise pour l'ensemble de son œuvre.

Le cinéma italien perd un de ses réalisateurs fétiches. Le réalisateur de « Parfum de Femme » Dino Risi, surnommé le « père de la comédie italienne », s'est éteint samedi, chez lui, à Rome, à l'âge de 91 ans. Il avait tourné avec les plus prestigieux acteurs italiens du vingtième siècle, Vittorio Gassman, Ugo Tognazzi, Sophia Loren et Marcello Mastroianni mais aussi Catherine Deneuve, Romy Schneider ou encore Coluche. Né le 23 décembre 1916 à Milan, diplômé en médecine et spécialisé en psychiatrie, Dino Risi a d'abord été critique, scénariste et producteur de documentaires avant de se lancer dans le cinéma.

Il fait ses débuts comme assistant de Mario Soldati pour «Piccolo mondo antico» (1941) et d'Alberto Lattuada pour «Giacomo l'idealista» (1942). Il tourne ensuite une vingtaine de courts-métrages dans les années 40. Dans les années 1950, il s'installe à Rome pour se consacrer entièrement au cinéma. En 1951, il tourne «Vacanze col gangster» et en 1955 «Pain, Amour, Ainsi soit-il», avec Sophia Loren. Le premier film qui vaut à Risi un succès personnel véritable est «Pauvres mais beaux» (»Poveri ma belli»), farce critique tournée en 1956. Dés lors, il devient l'un des grands réalisateurs de comédies à l'italienne, avec de très grandes réussites comme « Le Fanfaron», «Les Monstres».

Son «Parfum de Femme», comédie amère sur un officier aveugle écartelé entre l'envie d'aimer et le désir de mourir, est deux fois sélectionné aux Oscars et lui vaut les honneurs à Cannes. Vittorio Gassman reçoit le grand prix d'interprétation masculine au festival de 1975. Le film fait l'objet d'un remake hollywoodien sous le titre «Le Temps d'un week-end» avec Al Pacino et Chris O'Donnell. En 2002, le réalisateur à la crinière blanche neigeuse reçoit un Lion d'or du festival de Venise pour l'ensemble de son œuvre. La même année, il tourne une dernière fois et réalise pour la télévision « Les jeunes filles de Miss Italie ».

 

Le «Billy Wilder made en Italy»

Ce prince de la comédie maniait aussi à la perfection l'autodérision et n'avait pas peur des jugements à contre-courant. Peu après la condamnation par le Vatican, en juin 2007, des dépassements dangereux sur la route considérés comme «une occasion de pécher», le cinéaste répliquait ironiquement: «Alors je suis un assassin», en allusion à son film culte «Le Fanfaron», dont le titre original en italien est «Le dépassement» (»Il sorpasso»). «Je pense que le Vatican perd du terrain et pour cette raison appuie de plus en plus sur l'accélérateur», avait-il ajouté.

La presse italienne lui a rendu un hommage appuyé. «Avec Mario Monicelli, Nanny Loy, Ettore Scola, Luigi Comencini, il a été un des grands maîtres de la comédie à l'italienne», a commenté La Repubblica. Il était «une sorte de Billy Wilder made en Italy», ajoute le journal. «L'Italie perd un père noble et essentiel de son cinéma et de sa culture», a estimé de son côté le maire de Rome Gianni Alemanno, décrivant Dino Risi comme «l'un des maîtres de la saison belle et intense de la comédie italienne

RER A : avec l'UMP, dites oui à un plan d'urgence

 

RER A : avec l'UMP, dites oui à un plan d'urgence

Vétusté des équipements, réseau saturé, voyageurs entassés dans des conditions inacceptables, incidents techniques qui occasionnent chaque jour des retards, etc.
La situation actuelle que subissent au quotidien les usagers de la ligne RER A est emblématique de la gestion archaïque des transports en Ile-de-France, région dirigée par les socialistes.

Plutôt que de tout mettre en œuvre pour améliorer les conditions de transport des usagers franciliens et moderniser les lignes RER, les socialistes n'ont de cesse que d'être un contrepouvoir au gouvernement.

Cette opposition stérile est renforcée par les querelles politiciennes entre responsables socialistes, entre Monsieur Huchon, président de la région Ile-de-France et président du Syndicat des transports d'Ile-de-France (STIF), et Monsieur Delanoé, maire de Paris.

Le Président de la République a annoncé que l'Etat participerait à la moitié du financement de la modernisation du RER A. Et il a averti que l'Etat reprendrait la main si les querelles politiciennes locales retardaient encore les investissements nécessaires.
Suite à ces déclarations, Jean-Paul Huchon a fini par affirmé que le STIF en financerait l'autre moitié.

Tirant les leçons de cette non gestion des transports publics en Ile-de-France, l'UMP demande dorénavant à Jean-Paul Huchon de prendre ses responsabilités et de mettre en œuvre tous les moyens dont il dispose en tant que président de la région Ile-de-France et président du Syndicat des transports d'Ile-de-France pour remédier aux difficultés quotidiennes des usagers des transports franciliens.

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06.06.2008

Aga Khan à l'Académie des Beaux-Arts

06/06/2008 | Mise à jour : 15:40 |.

Le prince Karim Aga Khan, chef spirituel des Ismaéliens, sera installé le 18 juin à l'Académie des Beaux-Arts, en tant que membre associé étranger, au fauteuil de l'architecte Kenzo Tange décédé en 2005, a annoncé l'Académie aujourd'hui.

Né et habitant à Genève, le Prince Karim Aga Khan IV, 71 ans, est depuis 1957 le 49e imam héréditaire des chiites ismaéliens, courant minoritaire de l'islam présent essentiellement en Inde, Pakistan, Syrie et Yémen. Il a fondé et dirige le Réseau Aga Khan de Développement, un groupe d'agences oeuvrant à l'amélioration des conditions de vie des pays en voie de développement.

En 1977, il a créé le Prix Aga Khan d'Architecture qui récompense les projets architecturaux novateurs des sociétés musulmanes et s'est engagé depuis 2005 dans un vaste projet de rénovation et de développement du domaine de Chantilly, propriété de l'Institut de France depuis 1884.
onde.

Source : AFP

Le prix unique du livre mérite un débat sérieux, par Christine Albanel

Point de vueLE MONDE | 06.06.08 | 14h03

Il faut du temps pour lire un livre. Il faut du temps pour qu'un auteur naisse. Il faut du temps pour porter un ouvrage, pour le transmettre. Il faut du temps enfin pour qu'il rencontre son public. La littérature s'inscrit dans un temps long. Le manuscrit inachevé d'Irène Némirovsky, Suite française, a mis plus de soixante ans avant d'être découvert et enfin lu.

Les livres ne sont pas égaux face à leurs lecteurs : certains sont d'une lignée connue, immédiatement reconnaissables, bénéficiant d'un large cercle d'admirateurs ; pour ceux-là le chemin est balisé et l'achat d'impulsion. D'autres sont plus discrets, appréciés d'un cercle restreint ; ceux-là ont besoin d'être découverts, recommandés. Les premiers ont leur place partout, les seconds vivent et se développent sur le terreau des libraires. Parfois, la greffe est miraculeuse : imprimé initialement à 5 000 exemplaires, L'Elégance du hérisson de Muriel Barbery ne serait pas aujourd'hui à un million de ventes si les libraires n'avaient pas relayé leur enthousiasme de premiers lecteurs auprès de leurs clients. Pour exister, les livres ont besoin de temps mais aussi d'espace. C'est ce qu'apporte, depuis 1981, la loi sur le prix unique. Pendant deux ans, le même ouvrage est proposé partout au même prix, quel que soit le point de vente, dans une grande ville, en zone rurale ou à Paris. Ce système a permis, en une génération, le développement de tous les circuits de diffusion, la petite librairie comme la grande surface. Aujourd'hui, on trouve des livres partout en France, et c'est tant mieux !

PAS À LA VA-VITE

Que se passerait-il si nous raccourcissions de moitié le délai légal avant les soldes ? La grande distribution, qui ne propose que les meilleures ventes, pourrait être tentée de casser les prix sur ces ouvrages, ouvrages dont les librairies indépendantes ont justement besoin pour porter tous les autres titres. Ces dernières ne survivraient pas à un tel bras de fer, et entraîneraient dans leur chute une partie de l'édition, qui repose sur cette même péréquation.

J'aime Mary Higgins Clark, surtout l'été, mais aussi Jean Echenoz, Pascal Quignard, Camille Laurens... Je veux pouvoir découvrir les Nathalie Sarraute de demain. La chaîne du livre est fragile : en croyant donner un "nouveau souffle" à ce marché si original, on risquerait en réalité l'asphyxie de toute la filière. Le prix unique du livre permet de rémunérer les libraires qualifiés, les loyers en centre-ville, le savoir-faire et la prise de risque des éditeurs, le travail des auteurs. Et ce prix est modique : un livre de poche coûte à peine le prix d'une place de cinéma, et une édition normale celui d'un DVD.

Croire que l'on fera ainsi baisser le prix du livre est également une illusion. Les chiffres nous montrent au contraire que la loi est tout sauf inflationniste : ces dernières années, l'évolution du prix du livre a été inférieure à celle de l'indice général des prix à la consommation. L'Angleterre nous fournit un précieux exemple a contrario : en 1995, le Fixed Book Price a été abandonné. Depuis, le prix moyen du livre a augmenté de 49,6 %, alors que l'indice général des prix à la consommation augmentait de 27,6 %, soit une différence de plus de 20 %. Et le nombre de lecteurs n'a pas augmenté, il est même légèrement en baisse !

Il est vrai, cependant, que la loi Lang a plus d'un quart de siècle. Peut-être devons-nous l'adapter, pour qu'elle continue de jouer pleinement son rôle dans le nouveau paysage du livre qui est en train de se dessiner avec l'apparition d'Internet. Je suis ouverte à la discussion, et je souhaite que le Conseil du livre, que j'installerai à la fin du mois de juin, se saisisse de ce sujet : si la modernisation de cette loi se révèle nécessaire, elle se fera ainsi en toute transparence, en concertation avec l'ensemble du secteur. Elle ne se fera pas à la va-vite, au détour d'une loi qui vise à moderniser notre économie et non à mettre en péril le livre et la librairie.

 


Christine Albanel est ministre de la culture.

 

Article paru dans l'édition du 07.06.08.

Chirac : «Je veux réveiller les consciences»

Propos recueillis par Bruno jeudy et Philippe Goulliaud 05/06/2008 | Mise à jour : 20:13 |

Dans un entretien au «Figaro», le premier qu'il accorde à la presse écrite depuis son départ de l'Élysée, l'ancien président de la République dévoile les objectifs de sa Fondation, qui sera lancée lundi au Musée du quai Branly.

Le FIGARO. Depuis que vous avez quitté l'Élysée, il y a un peu plus d'un an, comment s'organise votre vie nouvelle?
Jacques CHIRAC. Bien. D'abord, et c'est pour moi une exigence républicaine, j'assume pleinement ma mission d'ancien président de la République. J'ai servi la France et les Français avec passion. Ce contact, je ne souhaite pas le rompre. J'attache également beaucoup d'importance au fait de siéger au Conseil constitutionnel. Et avec la Fondation que je viens de créer, depuis mars, je mène en toute liberté les combats qui ont toujours été les miens, les combats pour le respect, pour le dialogue des cultures, pour le développement durable. Bref, des combats qui rassemblent, et qui concourent en réalité à la paix dans le monde. Face aux grands défis du monde, j'ai toujours envie de me battre. Et cette Fondation en est l'instrument. Je veux aviver et réveiller les consciences. Je veux, à travers la Fondation, agir concrètement sur le terrain.

Quels sont ses objectifs et ses priorités ?
J'ai voulu que la Fondation conduise des actions très concrètes. Dans ce contexte, j'ai pensé qu'elle devait se donner quatre priorités :l'accès à l'eau; l'accès aux médicaments, à des médicaments de qualité qui ne soient pas des contrefaçons; la lutte contre la déforestation et la désertification; la sauvegarde des langues et des cultures menacées. Mon objectif aujourd'hui, c'est que cette Fondation prenne suffisamment d'importance matérielle et d'autorité morale pour pouvoir compter dans ces domaines.

Quelles actions concrètes allez-vous mener?
Les premières réalisations concrètes de la Fondation ont lieu, pour l'accès à l'eau, au Sénégal et au Mali avec le soutien que nous apportons à la Banque africaine de développement. La Fondation intervient également au Bénin dans le domaine de la qualité des médicaments certifiés, pour l'extension du laboratoire national du contrôle de la qualité des médicaments, avec la Fondation Pierre Fabre. Nous avons également lancé un certain nombre d'actions pour la protection de la forêt du bassin du Congo, la deuxième du monde.

La Fondation agira-t-elle ailleurs qu'en Afrique?
Bien sûr. Les premiers projets sont en Afrique, dans des domaines où il y a urgence. Mais la Fondation a vocation et interviendra partout dans le monde.

Comment est-elle financée?
J'ai souhaité que cette Fondation ne soit financée que par des fonds privés. C'est pour moi une question de principe. Un certain nombre de grandes entreprises se sont engagées avec moi dans cette nouvelle aventure, comme Veolia environnement, Sanofi-Aventis, Schneider, Fimalac… Des personnalités éminentes ont également souhaité m'apporter leur soutien, comme Liliane Bettencourt et François Pinault. D'autres contributions viendront, ensuite, de l'étranger.

Quelle est la structure de cette Fondation?
J'en suis le président. Michel Camdessus, l'ancien directeur général du Fonds monétaire international, qui assurait la présidence de l'association de préfiguration de la Fondation, m'a beaucoup aidé. René Ricol et Jean-Pierre Lafon en sont les deux vice-présidents. Le bâtonnier Bernard Vatier nous apporte son expertise juridique. Et Valérie Terranova, qui est à mes côtés, s'implique avec beaucoup d'efficacité pour que les choses tournent. La Fondation s'appuie également sur un comité d'honneur qui n'est pas là pour la forme. Il est composé d'amis personnels très impliqués. Ce sont tous d'ardents militants du dialogue et de la paix, dont l'engagement est décisif. Je citerai notamment Kofi Annan, l'ancien secrétaire général des Nations unies, Rigoberta Menchu avec laquelle j'ai des relations anciennes et affectueuses, Rajendra Pachauri, Prix Nobel de la Paix 2007, « mon frère » Abdou Diouf, mais aussi le chanteur Youssou N'Dour et Federico Mayor…

Où siégera-t-elle?
Fin juin, elle s'installera dans ses propres locaux, rue d'Anjou à Paris.

Allez-vous reprendre vos voyages?
Oui. Les dates ne sont pas encore arrêtées mais avant la fin de l'année, je me rendrai dans plusieurs pays africains, Sénégal, Mali, Bénin. J'irai également en Chine, pour effectuer un voyage que j'avais dû reporter en raison d'une petite intervention chirurgicale. Et naturellement au Japon. J'irai aussi en Russie le 12 juin pour recevoir le prix d'État des mains du président Dmitri Medvedev et en présence de Vladimir Poutine. J'en suis très honoré, parce que j'aime la Russie, et parce que le précédent lauréat était Alexandre Soljenitsyne.

Comment va se dérouler la journée de lancement de la Fondation, lundi 9 juin?
Ce sera, je le pense, un moment important de prise de conscience et de mobilisation sur les sujets que défend la Fondation. J'interviendrai, en présence des membres du comité d'honneur, pour en présenter les priorités. Kofi Annan et Rajendra Pachauri interviendront aussi. Puis il y aura l'après-midi une session sur la défense des langues du monde, autour de Rigoberta Menchu. Nous lançons en effet un programme dénommé «Sorosoro pour que vivent les langues du monde». Sorosoro est un mot araki une langue qui n'est plus parlée que par huit personnes au Vanuatu et qui signifie «souffle, parole, langue».

Vous avez lancé un cri d'alarme sur la faim dans le monde. Que pensez-vous des critiques auxquelles fait face la FAO?
Le problème de la faim dans le monde est, selon moi, un des problèmes majeurs du monde d'aujourd'hui. S'il n'y a pas une forte mobilisation de tous les acteurs, les choses n'iront qu'en empirant. Alors bien sûr, la FAO ne va pas d'un seul coup à elle seule régler tous les problèmes de la faim dans le monde. Mais son rôle est essentiel pour que les choses changent, et qu'elles changent vite. Et à travers ce débat, on voit bien l'importance du développement de l'agriculture. Pendant des années, j'ai expliqué qu'il fallait la développer, notamment la petite exploitation agricole. Et je me suis fait presque insulter. Aujourd'hui, tout le monde reconnaît que c'est une priorité pour répondre aux besoins de l'alimentation mondiale.

Vous avez été très en pointe pour défendre les carburants verts? Y êtes-vous aujourd'hui moins favorable?
Là encore, les polémiques n'ont pas leur place. L'enjeu aujourd'hui, c'est la recherche sur de nouveaux carburants verts, ceux qui permettent de lutter contre l'émission de gaz à effet de serre, mais qui n'entrent pas en concurrence avec les ressources alimentaires de la planète.

Qu'attendez-vous de la présidence française de l'Union européenne?
Assumer la présidence de l'UE n'est jamais facile. Il faut tout à la fois faire la synthèse entre les priorités de nos partenaires et faire avancer concrètement de nouveaux dossiers en commun. Je crois que le président Sarkozy l'a bien compris. Et je suis sûr du succès de la présidence française.

Lamanda : «Traiter au plus tôt pour éviter la récidive»

Propos recueillis par Laurence de Charette 05/06/2008 | Mise à jour : 22:17 |
«Le dispositif actuel, extrêmement complexe, comporte quelques lacunes», explique Vincent Lamanda.
«Le dispositif actuel, extrêmement complexe, comporte quelques lacunes», explique Vincent Lamanda.

INTERVIEW - Le premier président de la Cour de cassation détaille ses propositions pour «Le Figaro».

Le haut magistrat a remis mercredi à Nicolas Sarkozy 23 propositions pour diminuer les risques de récidive des criminels dangereux.

LE FIGARO. Vous dressez dans votre rapport un sombre état des lieux de la criminalité à caractère sexuel…
Vincent LAMANDA. Si l'on observe le phénomène sur plusieurs siècles, les courbes sont en dents de scie. Sur la période récente, on constate une augmentation importante des phénomènes de violence criminelle à caractère sexuel, notamment jusqu'à la fin des années 1990. La hausse des crimes sexuels contre les mineurs est toujours forte et continue. De plus, les criminels sexuels non incestueux agressent en général plusieurs victimes, ce sont des criminels «d'habitude». La violence est au cœur de l'homme, il serait illusoire de vouloir la supprimer, l'objet de la mission était de rechercher des pistes pour diminuer les risques de récidive.

Que proposez-vous ?
Je suis parti de l'existant. Le dispositif actuel, extrêmement complexe, comporte quelques lacunes, pour lesquelles j'ai proposé des améliorations. Au-delà, je pense que pour prévenir ces phénomènes il faut agir assez tôt. La mission portait sur la loi de rétention de sûreté, qui vise les criminels condamnés à plus de 15 ans de détention, mais, selon moi, il ne faut pas attendre que s'enclenche l'escalade de la violence. Il faut mettre à profit la première peine pour agir. Je préconise que, pour une liste d'infractions à établir, et lorsque des éléments objectifs permettront au magistrat de supposer qu'il y a un risque d'engrenage, il puisse demander une observation du détenu en vue d'un traitement. Lorsque l'on observe le parcours de ces criminels dangereux, on s'aperçoit en effet qu'il y a toujours eu des prémices… Les personnes concernées ont en général une tendance à nier l'autre, il faut leur faire prendre conscience le plus tôt possible de la souffrance qu'elles imposent aux victimes.

Vous émettez pourtant des réserves sur la portée des soins thérapeutiques… ?
Les soins exclusivement thérapeutiques sont d'une portée relativement limitée. Les thérapies et les médicaments ne sont pas à négliger, mais il ne faut pas en attendre des miracles. Il faut y associer l'intervention de psychologues et d'éducateurs. Ce sont des soins psychologiques et éducatifs autant que médicaux et sociaux qu'il faut préconiser. On pourrait s'inspirer de l'expérience des centres éducatifs fermés qui prennent en charge les mineurs délinquants difficiles.

Mais ces grands criminels peuvent-ils vraiment «guérir» ?
Il faut absolument lever une ambiguïté : ils ne sont pas fous ! Ces personnes ont des troubles du comportement, qu'il faut distinguer d'une véritable maladie mentale. On ne peut donc pas régler le problème en les hospitalisant d'office, comme me l'ont suggéré de nombreuses personnes… En revanche, il faut tout faire pour exploiter la durée de la peine qui est souvent longue dans ce domaine avec un programme de réadaptation, établi par une équipe pluridisciplinaire, dès le début de l'incarcération.

Beaucoup de professionnels fustigent les moyens insuffisants de la médecine en prison et des services d'insertion, et doutent que cela change…
Non, je pense que ce qui est préconisé est réalisable. Le président de la République m'a dit sa détermination en la matière. Par ailleurs, un effort financier est nécessaire, certes, mais il ne me paraît pas insurmontable, même en période de restriction budgétaire.

Que pensez-vous de l'annulation d'un mariage après que le mari a découvert que sa femme n'était pas vierge ?
Il ne m'est pas possible de prendre position, car cette affaire est pendante devant une juridiction dont la décision pourra être soumise au contrôle de la Cour de cassation. De façon générale, de plus en plus fréquemment, on interroge la justice sur de grands problèmes de société. J'entends parfois parler du «gouvernement des juges». En réalité, les magistrats ne peuvent se dérober lorsqu'une question leur est posée, mais ils se contentent d'appliquer la loi.

«Comment j'ai piégé Action directe»

Christophe Cornevin 05/06/2008 | Mise à jour : 21:39 |
L'arrestation de Nathalie Ménigon par le jeune commissaire Pochon (àgauche), le 13 septembre 1980.
L'arrestation de Nathalie Ménigon par le jeune commissaire Pochon (àgauche), le 13 septembre 1980.

Jean-Pierre Pochon, ancien commissaire, dévoile comment il a pu arrêter Ménigon et Rouillan, qui seront libérés par Mitterrand.

Septembre 1980. Un paparazzi, embusqué rue Pergolèse, dans le XVIe arrondissement à Paris où séjourne Caroline de Monaco, prend une photo qui fera le tour du monde. Beaucoup moins glamour que celles où figurent les têtes couronnées, l'image, en noir et blanc, a saisi sur le vif trois policiers des renseignements généraux en train d'interpeller l'icône d'Action directe, Nathalie Ménigon. L'un d'eux, en jeans et blouson de cuir, pointe le canon de son pistolet en direction de l'objectif. Il s'agit de Jean-Pierre Pochon, alors jeune commissaire qui, avec une douzaine d'officiers triés sur le volet, a infiltré et démantelé la plus redoutable organisation clandestine qu'a connue la France. Sa longue et haletante traque, dont le grand flic dévoile enfin le détail après vingt-huit ans de silence dans un livre témoignage, a été menée en ayant fait voler en éclats tous les codes et techniques de l'enquête classique à la papa. Elle s'est achevée sur le plus magistral coup de bluff jamais imaginé par un service de police et la décapitation, temporaire, des terroristes révolutionnaires de l'ultragauche.

Dans le sillage de la Rote Armee Fraktion (RAF) allemande et des Brigades rouges italiennes (BR), une cohorte de militants «révolutionnaires» poussent en germe, à la fin des années 1970, dans les squats de banlieue et sur les bancs des facultés françaises. Rejetons maudits de l'autonomie violente, héritiers d'un esprit libertaire post-soixante-huitard plutôt haineux et d'une pensée marxiste souvent mal digérée, les plus radicaux se retrouvent dans les Groupes d'action révolutionnaire internationale (Gari), les Noyaux armés pour l'autonomie populaire (Napap), le Mouvement ibérique de libération (MIL) ou encore la Gauche prolétarienne - Nouvelle résistance populaire.

Bien plus que des adolescents en mal de frisson, ces apôtres de la lutte armée pourfendent le pouvoir «impérialiste» qu'incarnent, selon eux, Giscard d'Estaing et son gouvernement. À la pointe de cette lutte, Action directe mène la guérilla en enchaînant les attentats. Ils visent le siège du CNPF, des sociétés immobilières et des ministères jusqu'au bureau du ministre de la Coopération, Robert Galley, copieusement arrosé de balles, au petit matin du 28 mars 1980. Les bâtiments du secrétariat d'État aux Transports essuient un tir de roquette un mois plus tard… De manière progressive, «AD» va hanter la rubrique des faits divers et devenir le cauchemar des forces de l'ordre. Au point qu'au siège de la Direction centrale des renseignements généraux, la très secrète Brigade opérationnelle centrale (BOC) en a fait son objectif unique. «J'avais reçu l'ordre de changer nos méthodes de travail», sourit Jean-Pierre Pochon, qui venait de débarquer à la section Recherche. «On s'est alors moqué des seconds couteaux et autres colleurs d'affiches, pour ne mettre le paquet que sur AD», confie celui dont le nom de code était «Albatros» sur les ondes de police.

 

Un ennemi paranoïaque et invisible

Avec un groupe resserré de limiers composé d'une douzaine d'hommes et de quelques femmes triés sur le volet, Pochon anime un curieux «QG» depuis un appartement haussmannien situé au troisième étage de la place Beauvau. Là, dans une enfilade de pièces jaunâtres, encombrées de téléphones, de talkies-walkies, de casques de moto et de rapports confidentiels, ces flics de l'ombre vont mener une traque extraordinaire contre un ennemi paranoïaque et invisible. «Pendant deux ans, nous avons travaillé jour et nuit, sans haine et avec une disponibilité totale, pour tirer le fil rouge d'une histoire peuplée de fantômes dont nous n'avions que de furtives silhouettes et jamais d'écoutes directes, assure Pochon. Comme eux, nous avions une sorte de double vie, le même âge, des armes, un sentiment de pouvoir et un job qui nous marginalisait. Nous cheminions chacun d'un côté du miroir…»

Avec prudence, la Brigade approche et «retourne» une première sympathisante grenouillant dans la mouvance radicale d'extrême gauche. Elle «loge» à Paris un ex-mao de la Gauche prolétarienne, professeur de lettres révoqué de l'Éducation nationale en raison de ses méthodes pédagogiques jugées iconoclastes et qui s'est autoproclamé fondateur d'Action directe. Le filet de resserre sur Jean-Marc Rouillan, et Nathalie Ménigon les deux «cerveaux» de l'organisation clandestine. Mais le stratège et son égérie cultivent un art de la clandestinité qui confine au casse-tête. Le couple est partout et nulle part. Il frappe et se volatilise comme par magie. Les surveillances et filatures sont vaines.

Pour les faire sortir du bois, les «RG» décident alors de monter un piège, dont l'audace n'a depuis jamais été égalée par aucun service spécialisé. Pour la première fois (*), Jean-Pierre Pochon révèle l'existence de ce fabuleux «coup de poker» jusque-là resté secret. Exploitant la fibre romantique et la soif de reconnaissance de Rouillan et Ménigon sur la scène du terrorisme international, le «maître espion» et ses collaborateurs échafaudent un scénario où ils se font passer pour les émissaires d'Illich Ramirez Sanchez, alias Carlos, «légende vivante» brandie pour aveugler l'ennemi. «L'idée était de proposer à AD de s'associer à leur mentor pour faire sauter le barrage d'Assouan en Égypte, moyennant une valise de cent millions de francs !», explique Jean-Pierre Pochon qui n'ignorait rien de la mégalomanie des révolutionnaires français. La pièce de théâtre est orchestrée dans les moindres détails : un dénommé Gabriel Chahine, alias «Youssef», artiste égyptien sans le sou et aux cheveux hirsutes ayant infiltré l'extrême gauche, est mandaté pour aller au contact d'Action directe. Sofiane, commissaire de police d'origine algérienne arabophone et travaillant aux écoutes, est bombardé «émissaire diplomatique» de Carlos en charge de mener les négociations préparatoires à l'attentat bidon. Pour rendre l'histoire crédible, les «techniciens» de la Brigade opérationnelle maquillent une Mercedes de vraies fausses plaques diplomatiques. Soucieux de compléter la panoplie terroriste, ils s'équipent d'une grosse caisse en bois, munie d'anses en corde, remplie d'armes de poing et de pistolets mitrailleurs.

 

Faux agents de Carlos et attentat bidon

Rendez-vous est pris dans une villa reculée de Villerville, dans la bucolique région d'Honfleur, louée pour l'occasion sous un prête-nom. Le 6 septembre 1980, la tension est à son comble dans la villa normande où les faux terroristes de Carlos et leurs gardes du corps attendent l'envoyé d'Action directe pour le premier contact. À 10 h 30, la sonnette retentit. C'est la stupéfaction : dans l'embrasure de la porte, apparaît une jeune fille blonde diaphane d'une vingtaine d'années, vêtue d'un imperméable Burberry's et portant un foulard en cachemire. Le profil tranche de manière singulière avec la caricature des jusqu'au-boutistes armés de l'ultragauche. Mais l'étrangeté de son regard et l'assurance de son propos ne trompent pas. Cette messagère BCBG parlant au nom de ses «camarades» n'était autre que Joëlle Aubron mais les policiers ne le sauront que plus tard , une des figures d'Action directe. Elle repart en acceptant le principe de l'attentat.

Aveuglés par l'énormité du coup de force programmé, Jean-Marc Rouillan et Nathalie Ménigon demandent à rencontrer Carlos en personne. Les gros poissons ont mordu à l'hameçon. Là encore, les policiers redoublent d'imagination en leur donnant un incroyable rendez-vous, le fameux 13 septembre 1980, place des Fêtes à Paris : à bord de leur Mercedes aux fausses plaques diplomatiques, ils entrent en contact, grâce à des appels de phare, avec une Peugeot 604, à bord de laquelle circule le couple de terroristes. Au volant, Nathalie Ménigon suit la Mercedes jusqu'à la rue Pergolèse, où Carlos est censé les attendre. Une dizaine d'inspecteurs des RG ont cerné le périmètre. La souricière a fonctionné : Rouillan, descendu le premier, est interpellé en douceur, tandis que Ménigon vide un chargeur de 11.43 sur la police avant d'être maîtrisée sous les yeux d'un paparazzi.

Le coup de filet est alors salué au plus haut sommet de l'État, jusqu'au 10 mai 1981 et l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand. À la stupeur des services les plus informés, la plupart des militants d'Action directe sont amnistiés et remis en liberté dès le mois d'août. «Un geste politique fondé sur une grande naïveté consistant à penser que l'extrême gauche allait déposer les armes dès lors que les socialistes étaient aux affaires», décrypte Jean-Pierre Pochon, aujourd'hui enseignant à Sciences Po Paris après avoir été quasiment le seul policier à passer par la DST puis la DGSE avant de partir à la retraite comme directeur honoraire de la police nationale.

En mars 1982, quelques mois après leur mise en liberté, les militants d'Action directe se vengent en tuant de deux décharges de chevrotine Gabriel Chahine, précieuse «source humaine» des renseignements généraux, officiellement désignée comme étant la «balance des flics». Le tabou du sang est levé. Plusieurs policiers seront tués dans le plus total anonymat. Puis les membres d'Action directe assassineront notamment le PDG de Renault, Georges Besse, et le général Audran. Deux «symboles» qui seraient peut-être toujours en vie, sans cette amnistie de 1981 qui sonne, aujourd'hui encore, comme un scandale de la République.

(*) Les Stores rouges. Au cœur de l'infiltration et de l'arrestation d'Action directe, Éditions des Équateurs.

Frédéric Mitterrand a été nommé directeur de la Villa Médicis, à Rome

Frédéric Mitterrand va prendre la tête de la villa Médicis, l'Académie de France à Rome.

AFP/VALERY HACHE
Frédéric Mitterrand va prendre la tête de la villa Médicis, l'Académie de France à Rome.

 

Ce sera donc Frédéric Mitterrand. Nicolas Sarkozy, a choisi, mercredi 4 juin, "sur proposition de la ministre de la culture, Christine Albanel", l'écrivain, cinéaste et homme de télévision pour diriger la Villa Médicis.

M. Mitterrand, 60 ans, a été préféré aux deux autres candidats proposés le 28 mai par la commission chargée de présélectionner les postulants à ce poste prestigieux : Sylvain Bellanger, conservateur en chef du patrimoine, et Olivier Poivre d'Arvor, directeur de l'agence CulturesFrance.

Cette procédure inhabituelle avait été lancée à la suite de l'annonce, fin mars, de la nomination du conseiller de Nicolas Sarkozy, Georges-Marc Benamou. Une partie du monde artistique s'était élevée contre cette décision, jugée purement complaisante et indigne de la prestigieuse Académie de France à Rome. Une commission de dix personnalités avait été nommée. Trente-cinq candidatures avaient été reçues. Onze avaient été retenues pour présenter des projets.

Avec Frédéric Mitterrand, M. Sarkozy choisit un proche. Le neveu de François Mitterrand avait encore récemment accompagné le chef de l'Etat lors de sa visite officielle en Tunisie. Interrogé par l'AFP, il a toutefois estimé avoir été "jugé sur (son) travail".

Cette nomination ne devrait en tout cas pas provoquer une nouvelle controverse. L'homme ne manque ni de personnalité, ni d'épaisseur. Comédien éphémère, puis professeur d'histoire, cet amoureux de littérature, de cinéma et de musique a réalisé plusieurs films et documentaires dont Lettres d'amour en Somalie et Madame Butterfly, et publié essais et romans.

Mais c'est surtout l'aventure de la télévision qu'il a accompagnée, souvent avec tumulte, pendant vingt-cinq ans. Depuis "Etoiles et toiles", en 1981, sur la première chaîne, jusqu'aux "Amants du siècle", il a multiplié les émissions, souvent consacrées à la culture. Farouchement hostile à la privatisation de la Une, il avait rejoint le service public en 1988, ce qui ne l'empêchait pas de critiquer régulièrement sa maison. De septembre 2003 à juin 2005, il avait occupé le poste de directeur général délégué chargé des programmes, avant une fois encore, de prendre ses distances.

C'est aussi dans la chronique des têtes couronnées et de la vie des grands de ce monde que Frédéric Mitterrand a acquis sa célébrité. Une connaissance qui ne devrait pas lui être inutile. De la noblesse romaine à la hiérarchie catholique, en passant par les artistes, la villa accueille nombre de personnalités. "Un rêve d'adolescence", a-t-il résumé.

Nathaniel Herzberg
LE MONDE | 05.06.08 | 16h08  •  Mis à jour le 05.06.08 | 16h08
Article paru dans l'édition du 06.06.08.

Et si les Irlandais disaient non au mini-traité européen ?

Constance Jamet (lefigaro.fr) avec AFP, Irish Independent et Irish Times 06/06/2008 | Mise à jour : 13:13 
Des affiches électorales dans une rue de Dublin.
Des affiches électorales dans une rue de Dublin. Crédits photo : Nicholas MAC INNES/REA

Pour la première fois, un sondage indique que les partisans du non au référendum de ratification du traité du 12 juin sont majoritaires. Un rejet du texte paralyserait à nouveau l'Union Européenne.

Les Irlandais vont-ils à nouveau plonger l'Union Européenne en plein chaos ? Sept ans après un premier rejet du traité de Nice, une menace similaire se profile pour le traité de Lisbonne sur lequel les Irlandais sont amenés à se prononcer par référendum le 12 juin. Pour la première fois depuis le début de la campagne, un sondage publié par l'Irish Times montre que le camp du «non» arrive en tête : 35% contre 30% pour celui du «oui». Une avance à relativiser puisque les indécis représentent 28% des sondés. Mais cette enquête d'opinion montre que le dynamisme de la campagne est en faveur des « nonistes ». Ils ont su rallier une partie des indécis, 40% à la mi-mai. A cette époque, un sondage du même institut plaçait le «non» à 18% des intentions de vote- soit une hausse vertigineuse de 17 points en trois semaines- tandis que le « oui » atteignait 35%.

Le retard est délicat à combler pour la coalition du «oui», qui regroupe les principaux partis politiques irlandais à l'exception des nationalistes du Sinn Fein. Le refus des «nonistes» n'est pas motivé par une fronde anti-gouvernementale même si le taux de croissance du «Tigre Celtique » a été divisé par deux. Tout simplement les «nonistes» ne comprennent ni ne connaissent le traité de Lisbonne. Les partisans du «non», surnommés par leurs détracteurs le «camp de la peur», ont ainsi multiplié les arguments polémiques suggérant que le traité de Lisbonne forcerait l'Irlande à légaliser l'avortement et à abandonner son régime de faibles taxes très favorable aux entreprises. Selon eux encore, le traité instaurerait une armée européenne qui obligerait Dublin à renoncer à sa neutralité militaire et à envoyer ses jeunes sur des fronts de bataille lointains. Risque bien réel en revanche, la perte par l'Irlande de son commissaire à Bruxelles. En 2014, la Commission comptera moins de commissaires que de pays membres. Certains pays perdront donc forcément «leur» commissaire.

 

Pas de deuxième référendum en cas de triomphe du «non»

Le premier ministre irlandais Brian Cowen a donc jeté tout son poids dans la lutte pour le «oui»,appelant au nom de "la préservation de l'emploi" ses concitoyens à approuver le texte. «Il s'agit de trouver les moyens de prolonger la croissance de notre économie», a-t-il ajouté. « Le traité donnera à l'Europe les moyens de faire face aux défis modernes et à l'intégration financière et le réchauffement climatique. Il s'agit de gros dossiers auxquels nous devons faire face ensemble. L'Irlande ne peut le faire seule», a justifié le Taoiseach. Une plaidoirie passionnée affaiblie par les dernières révélations embarrassantes de la campagne. Ni Brian Cowen, qui a assuré assumer la responsabilité d'un éventuel triomphe du non, ni Charlie McCreevy le commissaire irlandais chargé du Marché Intérieur et des Services à la commission européenne n'ont lu les 350 pages du traité en entier, ont reconnu les deux politiciens.

D'ores et déjà, le secrétaire d'Etat irlandais aux Affaires européennes a prévenu que contrairement à Nice, «il n'y aura pas de second référendum», en cas de rejet du traité le 12 juin. En 2001, les Irlandais avaient rejeté le traité de Nice, avec 54% de «non». Un an plus tard, un deuxième vote permettait l'adoption du texte. L'Irlande, qui est le seul membre des 27 à ratifier le traité de Lisbonne par référendum, est tenue, de par sa Constitution, d'organiser un scrutin sur chaque traité européen.

Un rejet de l'Irlande ne constituerait pas seulement un revers cinglant pour le gouvernement de Dublin mais paralyserait également l'Union Européenne, qui s'était relevée avec peine des « non » français et néerlandais à la Constitution européenne en 2005. Le traité de Lisbonne ne pourrait pas entrer en vigueur comme prévu le 1er janvier prochain. Le traité de Nice- inadapté à l'Europe élargie à 27 pays - s'appliquerait par défaut. Les anti-européens reprendraient de la voix dans tous les pays membres et la crédibilité de l'UE serait à nouveau mise à mal.

Monarchies européennes, rassurantes et prospères

Enquête

LE MONDE | 06.06.08 | 14h26  •  Mis à jour le 06.06.08 | 14h26

La reine Elizabeth II d'Angleterre à Southampton, le 2 juin 2008.

AFP/ARTHUR EDWARDS
La reine Elizabeth II d'Angleterre à Southampton, le 2 juin 2008.

Les monarques européens peuvent se rassurer : ils ne sont pas près de subir le sort de leur "cousin" népalais Gyanendra, obligé de quitter son trône. Mieux, hormis Albert II de Belgique, dont le sort est lié à l'avenir d'un pays fragilisé par les séparatistes flamands, jamais les souverains du Vieux Continent n'avaient paru si solidement installés. Où sont les "Provos" néerlandais de 1966 criant "Vive la République !" et jetant des tomates lors du mariage de Beatrix, héritière du trône des Pays-Bas ? Que sont devenus les commentateurs prédisant, après la mort de Diana, la chute des Windsor ? Et que penser de la prophétie de François Mitterrand, écrivant en 1975 : "Je n'ai jamais cru à Juan Carlos, ce roi de troisième main ; je le plains presque à l'idée du flot qui le noiera" ?

Aujourd'hui, Beatrix règne sur le pays des tulipes, donnant un avis, écouté, sur les affaires du royaume, veillant sur une des plus solides fortunes du monde et une ébouriffante collection de chapeaux. Elizabeth II a su donner du temps au temps et faire oublier le souvenir de "l'ange" Lady Di. Quant à Juan Carlos, après avoir contribué au rétablissement de la démocratie en Espagne, il se permet d'apostropher publiquement le président vénézuélien Hugo Chavez...

Au Nord, Margrethe de Danemark, sans doute la plus populaire des souverains européens, défend toujours ses opinions féministes et antiracistes et mène une vie culturelle active : n'a-t-elle pas traduit Simone de Beauvoir ? Harald V de Norvège a traversé, en 2002, une zone de turbulences due aux frasques de sa bru ; des parlementaires ont même réfléchi à une solution républicaine mais ces orages semblent dissipés. Temps toujours au beau fixe, en revanche, pour le roi de Suède, écologiste comme la plupart des têtes couronnées : il a décidé de faire éteindre pendant une heure les lumières de trois de ses châteaux pour marquer son engagement contre le réchauffement climatique.

Même si mannequins, footballeurs ou présentateurs de télé leur ont volé la vedette, les monarques font toujours la "une" de la presse people. Un mariage princier ou un enterrement royal font monter les tirages. L'étiquette fait les bonnes affaires du tourisme - on va encore voir la relève de la garde devant Buckingham ! Et de Stefan Zweig à Sofia Coppola ou Robert Hossein, la veine Marie-Antoinette semble loin d'être tarie.

La question se pose : au XXIe siècle, comment ces anachronismes - auxquels on pourrait ajouter d'autres altesses européennes comme le grand duc du Luxembourg, les princes de Liechtenstein, Monaco ou Andorre - peuvent-ils subsister, voire prospérer ? Comment des personnalités au charisme relatif - surtout depuis que les paparazzi ont remplacé les peintres de cour -, à l'intelligence souvent moyenne (elles n'ont pas beaucoup à s'en servir !), aux fortunes souvent bâties sans grande moralité - la reine Beatrix vient ainsi de se faire épingler par la presse néerlandaise pour sa facture de transports aériens - restent-elles si populaires ?

Sans doute parce que ces monarques servent de repères à des sujets inquiets. Ils sont là parce qu'ils sont là, ni plus ni moins. On voit aussi mal la France rétablir le comte de Paris que le Danemark chasser sa reine. Clin d'oeil de l'histoire : demander à de jeunes Néerlandais, Danois ou Espagnols s'ils sont républicains paraît aujourd'hui légèrement... anachronique.


José-Alain Fralon, coauteur avec Thomas Valclaren et Linda Caille de Les rois ne meurent jamais (Fayard, 2006).

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