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20.06.2008
Julien Doré dépasse son image

Avec son disque, Julien Doré déploie toute une panoplie de seconds degrés. (Molina & Arzilier)
Le vainqueur de «Nouvelle Star» sort cette semaine un album pop exigeant et réussi, «Ersatz».
« J'ai envie que mon album existe indépendamment de mon image médiatique. » Cette phrase de Julien Doré est vraiment une phrase de notre temps : le chanteur sort cette semaine Ersatz, son premier album (chez Sony-BMG), et chacun médias, « vrais gens », peoplistes se demande s'il est fidèle à tout ce que l'on sait de lui. Car l'on a l'impression de tout connaître déjà de lui, même si l'on n'a pas suivi l'épopée de son triomphe hors normes (forcément hors normes, c'est la loi du genre !) à « Nouvelle Star », l'émission de téléréalité musicale de M6.
On attendait donc une sorte d'ironiste narquois, un spécialiste du paradoxe un peu tête à claques. Pour tout dire, on craignait un Sébastien Tellier en jean slim, un Stupeflip des variétés, une tentative un peu vaine de dynamitage complice du show-business, une sorte de Wampas arty et poseur. Or, voici un disque pop curieusement exigeant, aux inspirations touffues et aux couleurs volontiers chatoyantes.
Maelström culturel
Ersatz zappe tout autant que le candidat Julien Doré à « Nouvelle Star », mais ce n'est plus un catalogue de références, un kaléidoscope de clins d'œil comme ses reprises au cours de l'émission (Moi Lolita d'Alizée, Smells Like Teen Spirit en version Paul Anka, Mourir sur scène de Dalida, You Really Got Me des Kinks, Les Mots bleus de Christophe, Creep de Radiohead …). Cette fois-ci, il navigue pour son propre compte : le sourire carnassier du jeune Jacques Dutronc, le funk fourbu des années 1980, le néo-folk contemporain, des attitudes vaguement brit-pop, toute une panoplie de seconds degrés…
Le générique d'Ersatz sonne comme un manifeste de gourmandise et de musicalité : un duo avec Arno, des interventions de Christophe, de Morgane (du groupe Cocoon), d'Arman Méliès, de Vincent Segal, de Christine Ott… Avant que l'on ait les chiffres de vente de son album, l'accueil des professionnels a été significatif : « L'album est accueilli dans des sphères auxquelles je ne m'attendais pas à cause de l'image médiatique de “Nouvelle Star”, dit-il. En préparant mon disque, je ne m'imaginais pas passer sur France Inter. Et j'avais le sentiment, en même temps, de prendre des risques musicaux qui n'allaient pas dans l'autre sens. Je me disais parfois que je n'aurais ni l'un ni l'autre. »
Julien Doré, diplômé des beaux-arts et chanteur des groupes Dig Up Elvis et Jean d'Ormesson Disco Suicide, s'était soudain trouvé dans le panier de la ménagère. Il pourrait bien, sans démagogie et sans baisser la garde, y rester : les immédiates séductions de cabaret post-dylanien de la chanson Les Limites par exemple (et les très astucieux clips vidéo qui en ont été tirés) contrebalancent l'apparat de slow seventies de Bouche pute (avec une apparition de Christophe) ou le jeu très tongue in cheek de la reprise de SS in Uruguay de Serge Gainsbourg.
Évidemment, à moins d'être trentenaire et vierge de la morale esthétique des années 1980, on peut hausser le sourcil devant Figures imposées, dont on soupçonne les couleurs californiennes d'être plus inspirées par David Koven que par au mieux Steely Dan. « À partir du moment où il y a une voiture décapotable et du soleil, on peut en faire ce qu'on veut, se défend-il. Il y a des sons qui sont bons, dans les années 1970 ou maintenant, et que je suis allé chercher pour me nourrir, mais aussi ceux qui font réellement partie de mon quotidien par la radio et la télévision. » Réponse sibylline d'un musicien de 26 ans à peine, qui assume le maelström culturel dans lequel s'exprime sa génération.
Comme Christophe Willem, précédent vainqueur de « Nouvelle Star », comme Camille, comme Björk avant eux, il est installé entre l'exigence musicale « pointue » et la gloire « grand public », ce qui illustre la belle santé du courant que le métier appelle « spé popu ». Quant à lui, il ne se cherche pas explicitement de position. « Il n'y a aucune quête, garantit-il. Je n'ai pas envie d'être rattaché à quoi que ce soit. Peut-être que, sans me poser de questions de légitimité, la musique que j'ai faite peut intéresser la sphère populaire au moment de l'émission “Nouvelle star”, ou au contraire une culture plus hype. Mais il n'y a pas, pour autant, de transformation de ces zones-là. » Autrement dit, il sera peut-être une gloire de la chanson française mais il n'imagine pas qu'il puisse changer les règles du jeu. Pour accompagner la réussite artistique de son premier album, la démarche est saine…
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Son Excellence,monsieur l'écrivain

(Sébastien Soriano/Le Figaro)
La célèbre valise diplomatique contient aussi des manuscrits : ceux des romanciers envoyés en ambassade ou ceux des diplomates qui écrivent.
Le poste d'ambassadeur de France près le Saint-Siège est vacant depuis la mort de Bernard Kessedjian, en décembre dernier. Depuis, le Quai d'Orsay et l'Élysée rivalisent d'idées pour trouver un successeur. Les diplomates tiennent à conserver la main sur un poste qui revient traditionnellement à un ambassadeur en fin de carrière à qui l'on offre là un « bâton de maréchal », prestigieux et honorifique. De son côté, l'Élysée aurait bien envoyé un écrivain à la Villa Bonaparte. Le philosophe Jacques Maritain n'y résida-t-il pas de 1945 à 1948 ?
Il y a urgence à pourvoir le poste : le Pape vient en France en septembre. « Il nous faudrait un Jean Guitton », murmure-t-on à la présidence. Bien des noms ont circulé : Denis Tillinac, Chantal Delsol, Xavier Patier… Le premier se serait bien vu à Rome, mais le Corrézien a été jugé trop peu diplomate dans sa mise et ses manières. La seconde n'a rien demandé et a fait savoir qu'elle ne manifestait aucun intérêt pour le poste. Quant au troisième, il a commencé sa carrière comme diplomate comme deuxième conseiller à l'ambassade de France à Dakar et aurait pu faire un bon locataire de la Villa Bonaparte.
Mitterrand avait nommé son ami Bastide
Mais le Quai d'Orsay a peut-être jugé que le quota d'écrivains était atteint : « Une nomination c'est une exception, explique-t-on là-bas. Deux ou trois, c'est une politique. » D'autant que des dizaines de diplomates chevronnés attendent un poste dans une des cent soixante ambassades de France. Et, dans une carrière, le Vatican est un couronnement.
L'agacement des diplomates s'explique par de récents événements : l'envoi de Daniel Rondeau à Malte et, depuis quelques mois, l'installation du prix Goncourt Jean-Christophe Rufin au Sénégal. Le poste avait d'ailleurs été précédemment proposé à un troisième écrivain, l'académicien Erik Orsenna, qui avait décliné l'offre. Quant à l'ambassade de France à Vientiane (Laos) on avait songé pour l'occuper à l'ethnologue François Bizot, excellent connaisseur de la région et auteur d'un récit poignant, Le Portail, relatant sa captivité chez les Khmers rouges. Ce faisant, l'Élysée renoue avec l'initiative prise par François Mitterrand qui avait nommé son ami François-Régis Bastide à Copenhague puis à Vienne.
« Le parcours de Daniel Rondeau et de Jean-Christophe Rufin justifie leur nomination, explique Bruno Le Maire, député de l'Eure, diplomate en disponibilité, et auteur de deux livres, Le Ministre, puis Des hommes d'État. « Notre diplomatie consiste à défendre à l'étranger nos intérêts économiques mais aussi culturels. Le domaine intellectuel a toujours été reconnu comme une marque de fabrique française et ces nominations font partie d'une stratégie plus globale dont un de nos atouts majeurs est le réseau extraordinaire des lycées français qu'il faut préserver. Mieux vaudrait sacrifier quelques consulats que d'y renoncer. »
Depuis toujours, quelques places sont ainsi réservées à des hommes étrangers à la carrière. Des militaires : l'amiral Lanxade fut ambassadeur de France en Tunisie de 1995 à 1999 ; l'actuel chef d'état-major des armées, Jean-Louis Georgelin, pourrait aussi être nommé à un haut poste diplomatique dans le futur et des hommes de plume. Les diplomates ne sont-ils pas le reflet de ce que la France veut montrer d'elle-même ?
C'est chez lui, en Champagne, que Daniel Rondeau a reçu le coup de téléphone de Bernard Kouchner lui proposant l'ambassade de France à La Valette. « Malte est un cadeau du destin. Les premiers mois, je vais devoir prendre la mesure de ce qui m'attend, puis je vais essayer d'y apporter ce qui m'est propre. Heureusement, je sais pouvoir compter sur des équipes solides et, autour de la Méditerranée, la langue française est un pays pour beaucoup de gens. » Rondeau n'est pas un novice en affaires internationales : il a soutenu le combat du général Aoun au Liban, a pris position dans la guerre en Bosnie. « J'ai passé ma vie à essayer de raconter le monde, je me suis engagé pour défendre une certaine idée de la France et de la politique française. »
Jean-Christophe Rufin non plus ne dépare pas le tableau de la diplomatie française. Ancien membre de Médecins sans frontières, passé par le cabinet de François Léotard à la Défense, avant de présider Action contre la faim, il a pris ses fonctions d'ambassadeur de France au Sénégal le 4 septembre dernier. Pour la première fois depuis longtemps, avoue-t-il, le travail l'empêche d'écrire. Depuis son arrivée à Dakar, en se levant tous les jours à six heures du matin, il a pu finir son dernier livre, Un léopard sur le garrot, mais son activité littéraire se résume à prendre des notes ici ou là. « Écrire, c'est important pour moi, mais je ne voudrais pas réduire ma vie à un élément. Je veux garder ma curiosité, le goût du défi. Dakar, c'est dur, c'est nouveau, c'est passionnant. Ici, au contactdes gens j'en reçois des milliers -, des paysages, je nourris un grand sac d'inconscient et d'imaginaire qui viendra m'aider plus tard à créer des personnages. »
Cette tradition française de confier à quelques écrivains des postes de diplomates croise parfois une autre, celle des diplomates écrivains, silhouette de légende immortalisée par la génération des Paul Claudel, Giraudoux, Alexis Léger (voir ci-dessous). Aujourd'hui encore, beaucoup d'hommes du Quai écrivent. Pierre-Jean Rémy a nourri ses nombreux romans de sa vie en ambassade à Hongkong, Pékin, Florence ou Rome. Mais il se murmure qu'il y a dix ans, le poste d'ambassadeur à Londres lui a été refusé, son activité d'écrivain prolixe ayant été jugée par d'aucuns comme un signe de dilettantisme. Si non e vero…
Jean-François Parot en poste en Guinée
Tous les dimanches matin, son Excellence Jean-François Parot, ambassadeur de France en Guinée-Bissau, s'isole pour travailler aux prochaines aventures de Nicolas Le Floch, commissaire de police à Paris à la fin du XVIIIe siècle. « Quand j'ai écrit ma première enquête, j'étais en Bulgarie. L'hiver était glacial ; je n'ai eu aucun mal à me transporter à Paris en janvier 1761. Aujourd'hui, la ville africaine où je vis, bruyante, bigarrée, est par certaines facettes plus proche d'une ville du XVIIIe que le Paris d'aujourd'hui. » Henry Cuny, ambassadeur de France en Slovaquie, a écrit, lui aussi, plusieurs romans sous le pseudonyme d'Henry Chennevières, et Guy Georgy qui servit en Iran, en Libye et en Algérie publie régulièrement des livres où transparaît son expérience de diplomate…
À côté des romanciers, il y a les essayistes. Pour Bruno Le Maire, ce goût des diplomates pour l'écriture n'est pas un hasard : « L'écrivain et le diplomate doivent développer une qualité commune : la capacité à s'intéresser à ce qui est différent de soi, l'empathie. Tous deux ont le goût de leur propre langue, et le goût de celles des autres, comme Victor Segalen, par exemple, qui réfléchissait aux idéogrammes chinois. »
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Rufin, si peu académique

Élu hier à l'Académie française (par 14 voixcontre 12 à l'écrivain Olivier Germain-Thomas)au fauteuil d'Henri Troyat, Jean-Christophe Rufin, 55 ans,actuel ambassadeur de France au Sénégal,fut également médecin humanitaire, conseiller de ministres, essayiste. Ses romans lui ont valu de nombreux prix littéraireset un immense succès populaire.Portrait d'un touche-à-tout.
Il a ce charme insurpassable des lieux et des hommes posés à la croisée des frontières. De combien de mondes avidement arpentés saura se satisfaire notre ambassadeur au Sénégal, médecin, stratège, écrivain, et maintenant académicien ? En s'attardant sur Jean-Christophe Rufin, on voudrait s'interdire l'image un peu éculée de Midas, l'heureux roi de Phrygie qui transformait en or tout ce que ses doigts effleuraient. Et pourtant… Jeune homme, il bivouaque dans les contrées sauvages de l'humanitaire, pour devenir l'une des grandes voix intellectuelles de ce milieu où l'engagement n'exclut pas les états d'âme, les coups bas et les enjeux de pouvoir. Il plonge en géopolitique pour finir par remodeler la vision Nord-Sud, au crépuscule d'une guerre froide qui impose de tout repenser. Mais c'est avec la littérature qu'il aura finalement le moins d'égards. Il la prend à la hussarde. La rafale, qu'on en juge, peut faire pâlir plus d'un écrivain ambitieux. Pour ses premiers pas en littérature, il décroche le Goncourt du premier Roman, le deuxième le prix Interallié et le troisième le Goncourt.
Au commencement était la médecine. Dans son dernier ouvrage, Un léopard sur le garrot de jolis mots de Senghor, mais aussi de sourdes griffures Rufin évoque par touches nuancées et émouvantes cette vocation née dans l'affection d'un grand-père qui l'a élevé, à son retour de Buchenwald. On voit un rêve passer, celui d'un métier de cœur et d'écoute, où l'on sonde les corps et les âmes. Le métier de ce médecin de campagne admiré, qui n'est plus totalement celui que l'on apprend à la faculté, où la technique fait ses conquêtes. Et puis, Jean-Christophe Rufin rêve de combats incertains, de nomadisation dans les Ailleurs troublés. Des études parallèles de sciences politiques ont aiguisé son goût pour les grandes manœuvres des hommes et des États. Les conflits, les rébellions le fascinent. Non par morbide inclinaison, mais parce que l'on y observe à nu « ce qu'il peut y avoir de pire mais aussi parfois de meilleur en l'homme ».
Le pire, le jeune humanitaire le tutoiera en assistant comme volontaire d'Action internationale contre la faim (AICF) à l'ordalie des peuples de la Corne de l'Afrique, dans les années 1980. Un peu plus tard, un peu plus loin, conseiller culturel au Brésil, il en tirera une réflexion lumineuse sur l'instrumentalisation des politiques d'aide, Le Piège humanitaire. Quelques années plus tard, les facéties de l'histoire lui dictent son essai phare, L'Empire et les nouveaux barbares, qui lui vaudra quelques jalousies. Certains petits marquis de la science politique, pour qui le jargon fait office de qualité, lui en veulent à mort de théoriser les nouvelles relations internationales dans une langue belle et simple.
Si ces vives années de french doctor ont forgé le rapport au monde de Jean-Christophe Rufin, elles éclairent aussi sur son profil. Comme s'il s'était attaché à donner corps à cette évidence qu'il n'est point de richesse humaine sans de belles contradictions… L'homme a ses deux versants, diversement exposés. Idéaliste mais réaliste, fougueux mais prudent, sûr de lui et pétri de doutes, corsaire et diplomate. S'il met ses actes en accord avec son discours, joue du sabre contre hommes et idées, Rufin sait aussi cultiver ses amitiés, ses réseaux. Il se fâche, mais se réconcilie. Attaque mais à la loyale, et ne boude pas les armistices. Il se retrouvera ainsi dans la bande de Claude Malhuret, et par glissade naturelle dans celle de François Léotard. Mais sans que « l'irréparable » ne le coupe de Bernard Kouchner. C'est ce dernier qui, l'an dernier, au nom de l'ouverture à la société civile, a fini par lui donner les clés de l'ambassade de France au Sénégal.
Au cabinet de Léotard, ministre de la Défense, Rufin a trouvé à satisfaire son goût pour le secret et le clandestin. Les missions spéciales en Bosnie, au Rwanda pour prendre langue avec les rebelles du FPR le ravissent. Ce dernier épisode lui vaudra un temps l'ire de Dominique de Villepin, alors lieutenant d'Alain Juppé au Quai d'Orsay… Cet hiver, à Dakar, il a de nouveau frayé avec bonheur avec les agents de la DGSE, lors de la traque des fuyards d'al-Qaida assassins de touristes français en Mauritanie.
Jean-Christophe Rufin a cette incroyable capacité à se fondre dans sa fonction, à prendre l'allure en même temps que la mesure de sa charge. Une saison en costume gris d'homme de cabinet, l'autre en veste de velours de penseur décalé, celle d'après en blouson et baskets d'écrivain dans sa bulle. Et aujourd'hui, le voilà tellement « ambassadeur », comme si le Quai d'Orsay l'avait élevé. Sa façon de se tenir, de jouer de ses lunettes entre les mains, « Son Excellence » a pris le digne pli. Mais toujours, cette allure d'éternel jeune homme. Voilà pour la forme. Sur le fond, à l'heure où les relations entre la France et l'Afrique doivent être refondées, le casting avait du sens.
En poste, « en charge » comme disent les Anglo-Saxons, Rufin se lasse vite, s'ennuie, étouffe, enrage des obligations, de cette liberté rognée. Il n'aspire qu'à retrouver sa liberté, le temps d'écrire, dans sa retraite montagnarde par exemple. Et puis, rapidement, le doute se réinstalle. Une autre forme d'ennui aussi, une certaine peur du vide, de l'inutilité sociale, d'être oublié, en dehors, à côté. Alors, il repart dans la mêlée. Comme lorsqu'il reprend sa blouse de médecin au portemanteau, après avoir écrit L'Abyssin, son premier best-seller… Et puis, le cycle reprend. À nouveau envie de retraite, de recul. Avant que ne revienne ce besoin de responsabilités, de econnaissance, d'honneurs. Hier le Quai d'Orsay, aujourd'hui le Quai Conti…
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18.06.2008
Frédéric Mitterrand : la vie comme un roman
DENIS DAILLEUX POUR "LE MONDE"
Au cas où, Frédéric Mitterrand tient à vous l'annoncer lui-même, presque à brûle-pourpoint : "Je peux être charmeur, vous savez", un rien d'amusement dans les yeux. La voix, si familière, lente et légèrement nasale, qui fait parfois des écarts dans les aigus. "Manipulo" ? C'est le surnom que lui donne l'une de ses vieilles amies, non sans tendresse. Mais charmeur ne signifie pas roué. Enfin, pas forcément. Ou alors d'une façon si... charmante.
1947
Naissance à Paris.
1971
Gestionnaire du cinéma d'art et d'essai Olympic.
1982
Sortie de son film "Lettres d'amour en Somalie", dont il tirera un livre en 1983.
1995
Réalise le film "Madame Butterfly".
2005
Publication de "La Mauvaise vie", récit autobiographique.
2008
Nommé directeur de la Villa Médicis à Rome.
Même très fatigué - il est rentré de voyage à 4 heures du matin -, l'homme qui vient d'être nommé directeur de la Villa Médicis à Rome connaît les mécanismes de la séduction. N'empêche : à 60 ans, le neveu de François Mitterrand ne joue pas à cache-cache. Il est cet individu aux talents multiples (cinéaste, écrivain, homme de radio et de télévision, organisateur d'expositions) qui accepte de montrer ses écorchures et qui n'élude pas les questions embarrassantes. Celui qui se fait, encore et toujours, "cette espèce de film" - c'est lui qui le dit, très vite et à voix basse -, inventant la vie des autres comme s'il fallait transformer le monde en roman, mais soucieux de ne pas se montrer complaisant quand il s'agit de la sienne.
Sa manière de fabriquer du roman s'applique à tout ce qu'il touche. "Il voit les gens de façon romanesque, souligne Betty Mialet, son éditrice, qui est aussi celle de Mazarine Pingeot. L'imaginaire lui importe plus que la vie courante, qu'il traite d'ailleurs assez négligemment." Justement, il revient de Bucarest. Le roi Michel de Roumanie, grand personnage de son enfance, l'a invité à ses noces de diamant. "Mon père m'en parlait souvent : c'était une figure de la résistance au communisme. On le voyait sur les timbres. Ce roi jeune homme avait quelque chose de romanesque."
Frédéric Mitterrand est au premier étage du Café de Flore, à Paris. En quelques mots, la cérémonie qu'il décrit devient une histoire singulière, émouvante : le vieux roi dans sa loge, sa femme à ses côtés, les officiels au coude à coude, et, par-dessus tout ça, la fanfare militaire, triste à mourir.
Le futur directeur de la Villa Médicis est allé se laver les mains, tachées de cambouis - l'antivol de sa bicyclette -, avant d'évoquer son "péché mignon", autrement dit sa passion pour les dynasties. Péché fertile, évidemment, qui lui a fait réaliser quelques-uns de ses films les plus connus, les plus lyriques, dans la série télévisée "Les Aigles foudroyés". Mais pourquoi cette fascination ? "C'est par nostalgie de la famille, explique-t-il. Vous pensez bien que j'y ai réfléchi. J'aime l'idée de ces gens qui s'installent dans la continuité, qui se succèdent, sans méconnaître ce que cela a d'injuste."
Lui aussi, à sa manière, fait partie d'une dynastie, même s'il n'a pas eu le parcours linéaire que l'on pouvait attendre d'un fils de famille. Fils de Robert Mitterrand, chef d'entreprise, et neveu de Jacques, militaire brillant, mais surtout de François, l'ombre tutélaire de la famille, le jeune Frédéric a grandi dans le 16e arrondissement, là où les enfants moquaient sa parenté avec un homme de gauche. Lui l'a toujours défendu, "en toutes circonstances", même s'il a longtemps reproché à cet oncle sévère "de ne pas faire suffisamment attention" à ses neveux. Avec le président, il a entretenu une relation "forte et décevante" à la fois. "J'essayais de lui plaire, et il ne répondait pas, ou étrangement, en biais. Sauf à la fin de sa vie, où il m'a envoyé une lettre merveilleuse, pour me parler de mon film Madame Butterfly."
Tout ce qui brise la continuité le chagrine. Il n'est pas un homme de ruptures, il peine à dire "non". Ses amis sont les mêmes depuis quarante ans, et quand la télévision publique l'a évincé à partir de 2002, il reconnaît avoir souffert. "Au fond, remarque-t-il, c'est toujours la même histoire que je raconte : des gens qu'on abandonne et qui pleurent en voix off." Il rit franchement. "Avec mon ami Luc Barnier, qui est monteur, on appelle ça le cri du porcelet." Mieux vaut ne pas se prendre au tragique. C'est comme cette histoire à rebondissements de la Villa Médicis. "J'ai pris ma candidature très au sérieux, dit celui qui veut promouvoir le travail des artistes, comme il l'a toujours fait. Mais je ne me suis pas pris au sérieux moi-même."
Pour s'inscrire à son tour dans une continuité, l'ex-enfant "terrorisé, replié", souffrant de se croire délaissé par sa mère, a recueilli deux frères tunisiens qu'il élève comme ses fils. "Ç'aurait aussi bien pu être des filles : il ne s'agit pas d'homosexualité refoulée, mais d'un très fort désir de paternité", précise Frédéric Mitterrand, qui est ouvertement gay et se souvient du regard soupçonneux de certains professeurs, à l'école que fréquentaient ses enfants adoptifs. "Je ne suis absolument pas pédophile, c'est une idée qui m'est étrangère."
La déclaration prend un poids particulier chez celui qui a décrit, dans son livre autobiographique La Mauvaise Vie (Robert Laffont, 2005), des scènes très explicites de tourisme sexuel en Thaïlande. Avec des jeunes gens majeurs, précise l'auteur, qui ajoute : "C'est arrivé et ça a eu de l'importance. Si j'écrivais un livre sur ma vie, je devais en parler, l'inverse n'aurait pas été bien." Un petit silence, et puis : "Il y a maintenant trois jeunes Thaïs qui font leurs études grâce à moi, et je passe des matinées à la poste pour envoyer de l'argent par Western Union : la culpabilité est un moteur incendiaire. Et le fait d'écrire ne change rien, ni au désir ni à la culpabilité."
Que faire de ses contradictions intimes ? "Les transformer en quelque chose de positif. Et s'occuper des gens, quand on le peut", répond-il. Connu pour sa générosité, comme le rappelle la romancière Paula Jacques, Frédéric Mitterrand est quelqu'un qui dit du bien des autres et qui se montre capable d'admiration. Pour les artistes, notamment, "les gens qui m'intéressent le plus", souligne-t-il. "Transmettre ce qu'ils sont, les servir est ma manière de m'intégrer à leur univers. Je me reproche à moi-même de n'avoir pas été assez fort pour rompre avec un certain milieu bourgeois."
Sensible au glamour, mais pas très enclin aux mondanités, il a la réputation d'être un travailleur acharné. "Je l'ai connu quand il était président de la commission d'avance sur recette, se souvient David Kessler, président de France Culture. Il m'avait frappé par son incroyable culture cinématographique et la générosité avec laquelle il défendait les films." Les oeuvres d'art qui, contrairement aux monarchies, aux amours, aux désirs, aux regrets, ne finiront pas.
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Le bac philo vu par des personnalités étrangères
Alors que les candidats au bac ont planché, lundi, sur la philosophie, «Le Figaro» a demandé à des étrangers vivant en France de commenter les sujets. Du Prix Nobel de littérature Gao Xingjian au navigateur suisse Bernard Stamm, en passant par l'ambassadeur des États-Unis en France, ils ont joué le jeu alors même que l'étude de la philosophie au lycée est une spécificité bien française.
Gao Xingjian, écrivain chinois et Prix Nobel de littérature. Au sujet, «Est-il plus facile de connaître autrui que de se connaître soi-même ?», Gao Xingjian réplique que c'est précisément le thème de toute son œuvre, une longue quête, sans limite. Pour lui, c'est «Le» sujet par excellence. «Les jeunes qui passent le baccalauréat sont bien trop jeunes pour répondre à une telle question ! juge-t-il. C'est un vrai casse-tête et ils n'ont pas assez d'expérience dans la vie.» Pour lui, on n'a pas assez de toute une existence pour répondre à ce «problème philosophique fondamental». La philo au lycée ? Selon lui, cela sert à la formation de l'intelligence, qui apporte des outils de raisonnement. C'est nécessaire, mais pour Gao Xingjian, la littérature est plus utile, plus liée à la vie, car «elle apporte de véritables témoignages sur la condition humaine».
Craig Stapelton, ambassadeur des États-Unis en France. Il a retenu bien entendu l'étude de l'extrait de De la démocratie en Amérique. Après la visite de George W. Bush en France, il a apprécié cette coïncidence. «C'est tout à fait gratifiant de voir qu'Alexis de Tocqueville est au programme dans les lycées et qu'ils étudient les textes sur la démocratie américaine», explique-t-il. Pour lui, «bien qu'Alexis de Tocqueville ne fût pas lui-même un philosophe, il a néanmoins reconnu et articulé l'esprit démocratique et la philosophie du peuple américain avant que celui-ci le fasse lui-même». Un sujet pour lui tout à fait d'actualité. «Des Américains, y compris le président George W. Bush, lisent encore Tocqueville aujourd'hui, souligne-t-il. Ses idées sur le peuple américain demeurent tout à fait pertinentes au XXIe siècle.»
Tahar Ben Jelloun, auteur de Sur ma mère (Éditions Gallimard). S'il avait passé l'épreuve de philosophie cette année, l'auteur de La Nuit sacrée aurait sans hésiter planché sur «L'art transforme-t-il notre conscience du réel ?». «Je me serais même jeté sur cette question, dit-il, pour dire à quel point l'art est essentiel dans nos vies. Bien sûr, il change notre vision du monde lorsqu'il est véritable, lorsqu'il vient des profondeurs.» Après avoir passé son bac au lycée français de Tanger en 1963, Tahar Ben Jelloun enseigne la philosophie, une matière qui l'a toujours passionné. Pour l'auteur marocain, qui vit en France depuis plus de trente ans, l'épreuve de philo est donc «un choc très salutaire» pour les lycéens. «Grâce à cet enseignement, les jeunes découvrent des questions graves, importantes, dit-il. Ils sont forcés d'aller plus loin que leur culture audiovisuelle ou marchande.»
Eduardo Manet, écrivain et cinéaste d'origine cubaine. En entendant les sujets, cet écrivain cubain réfugié en France a eu envie de prendre sa plume. «Ce sont de très beaux sujets…», s'enthousiasme-t-il. Il voit dans le sujet «Peut-on désirer sans souffrir» une question passionnante. «Non, détaille-t-il, on ne peut pas désirer sans souffrir. Car on n'obtient presque jamais ce que l'on désire… Surtout à l'âge où l'on passe le bac, on se forge un idéal à atteindre… .» Et de poursuivre : «Dans toute vie, il y a une souffrance, qui n'est acceptée que plus tard, quand on devient plus sage.» Celui qui a obtenu le prix Goncourt des lycéens continue de côtoyer les jeunes et les trouve d'une grande maturité. «Je ne suis pas d'accord avec l'idée répandue qu'ils n'ont plus de culture, Internet apporte d'autres formes de savoir.» Pour lui, la philosophie, c'est un rapport à la vie. Et des questions auxquelles peuvent répondre des adolescents.
Bernard Stamm, navigateur. Le navigateur suisse, deux fois champion du Tour du monde à la voile avec escales, pense que si l'enseignement philosophique est une bonne chose, car il est le lieu d'expression des élèves, il est quelque peu incohérent de le faire passer au bac de manière obligatoire. Il déplore le fait que l'épreuve de philosophie puisse avoir un coefficient aussi important dans certaines filières. En effet, la notation de l'épreuve de philosophie dépend selon lui du correcteur qui se trouve face à la copie. S'il avait été un élève passant le bac ce matin, il aurait pris : «Peut-on désirer sans souffrir ?», car selon lui, « c'est une question existentielle qui intéresse tous les adolescents». Mais s'il devait en choisir un aujourd'hui, ce serait «Une connaissance scientifique du vivant est-elle possible ?». «C'est une question extrêmement intéressante, mais bien trop compliquée pour un élève de dix-huit ans, en termes du savoir et des connaissances qu'elle implique.»
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Les sujets de philosophie au bac général
Les 324.810 candidats au bac général ont entamé lundi matin à 8 heures leur première épreuve écrite du bac 2008 avec la philosophie, pour laquelle ils disposent de trois sujets au choix et de quatre heures pour plancher.
Voici les sujets pour chaque série:
Série L (littéraire) coefficient 7
- La perception peut-elle s'éduquer ?
- Une connaissance scientifique du vivant est-elle possible ?
- Expliquer un extrait des «Cahiers pour une morale» de Sartre.
Série S (scientifique) coefficient 3
- L'art transforme-t-il notre conscience du réel ?
- Y a-t-il d'autres moyens que la démonstration pour établir une vérité ?
- Expliquer un extrait de «Le monde comme volonté et comme représentation» de Schopenhauer.
Série ES (économique et social) coefficient 4
- Peut-on désirer sans souffrir ?
- Est-il plus facile de connaître autrui que de se connaître soi-même ?
- Expliquer un extrait de «De la démocratie en Amérique» d'Alexis de Tocqueville
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Cadavre de Nantes : un suspect interpellé

Des gendarmes sécurisent l'entrée d'un immeuble du suspect. Crédits photo : AFP
L'homme, qui correspond au portrait robot diffusé par la gendarmerie, aurait avoué le meurtre de la femme retrouvée découpée dans deux valises la semaine dernière.
L'enquête avance à grand pas dans le mystère de la femme dont le cadavre découpé a été retrouvé samedi dans deux valises immergées dans des cours d'eaux près de Nantes. Après quelques jours d'investigations et la diffusion d'une photo, les gendarmes ont enfin pu découvrir l'identité de la victime. Son nom est pour le moment gardé confidentiel. Mais surtout, les enquêteurs tiennent leur premier suspect, qui serait, croit savoir l'agence AP, passé aux aveux. Un homme correspondant au portrait-robot du quinquagénaire au teint clair et cheveux mi-courts, repéré transportant une valise sur les lieux où a été récupéré le premier bagage, a été interpellé et placé en garde à vue mardi à Nantes. Cette interpellation «a été effectuée de façon très directe, les deux gendarmes qui se trouvaient là par hasard, ayant reconnu l'intéressé», a révélé la gendarmerie.
Le tronc de la femme, dont le bout des doigts avait été brûlé pour supprimer les empreintes digitales, avait été découvert le 10 juin dans une valise à roulettes flottant sur la Sèvre à Vertou, au sud de Nantes. Lesté de pierres, le bagage a été poussé à la surface par les remous crées par le passage des embarcations sur le fleuve. A l'intérieur, des morceaux de corps dans un sac plastique noir hermétiquement fermé avec du gros ruban adhésif. Trois jours plus tard, c'est un autre bagage macabre qui réapparaissait. Une seconde valise sombre, plus petite et semi-rigide, qui contenait la tête et les jambes de la victime, est ainsi repêchée sur l'Erdre, dans le nord-est de Nantes. Cette deuxième découverte permet aux enquêteurs d'accélérer leurs recherches grâce aux empreintes dentaires. La dentition de la femme indique des soins dentaires récents.
L'asphyxie, cause probable de la mort
Afin d'identifier l'inconnue, âgée vraisemblablement de 50 à 60 ans, mesurant 1m70 et pesant entre 90 et 100 kg, une photo noir et blanc retouchée a été diffusée lundi. Selon les résultats de l'autopsie, la victime présentait «quelques ecchymoses sur le visage» mais «pas de traumatisme crânien». Des «traces suspectes» sur son visage suggèrent qu'elle serait morte par asphyxie ou par suffocation. L'autopsie a également donné des précisions aux enquêteurs quant à l'outil utilisé pour sectionner les membres de la victime. Au vue de sa corpulence, ce matériel, qui a produit des incisions très nettes, ne serait «pas commun».
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L'Église mobilisée pour la visite de Benoît XVI

Crédits photo : ASSOCIATED PRESS
L'archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, présente mercredi à la presse la venue du Pape en France en septembre prochain.
La mobilisation générale est décrétée. À trois mois de la visite de Benoît XVI à Paris et à Lourdes, du 12 au 15 septembre prochain, l'Église de France ne ménage pour ses efforts pour achever les préparatifs. Pas question de traîner les pieds, comme ce fut le cas avant le premier des huit voyages de Jean-Paul II en France, en 1980. «Cette visite est une opportunité pour les Français de découvrir les facettes méconnues du Pape», souligne-t-on à la Conférence des évêques de France. Pour Benoît XVI, dont la personnalité et la popularité ne peuvent se comparer à celles de son prédécesseur, «ce sera un test», souligne-t-on en coulisses de cet événement très attendu. Les églises de la capitale ont commencé à se parer de bannières blanc et jaune, les couleurs de la papauté. Aujourd'hui, l'archevêque de Paris, le cardinal André Vingt-Trois, présentera les grandes thématiques de la visite qui conduira le Saint-Père dans la capitale, les 12 et 13 septembre puis à Lourdes du 13 septembre, en fin d'après-midi, au 15 septembre. Temps forts : un trajet en «papamobile» sur les quais de Seine, la célébration des vêpres à Notre-Dame, un discours au monde de la culture au collège des Bernardins et, le lendemain, une messe sur l'esplanade des Invalides. À Lourdes, Benoît XVI ira sur les traces de Jean-Paul II qui y a effectué le dernier voyage de son pontificat, en août 2004. L'étape coïncide cette année avec le 150e anniversaire des apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous, entre février et juillet 1858. Lors de sa visite au sanctuaire marial, le Pape effectuera plusieurs étapes du chemin du jubilé, s'adressera aux pèlerins, rencontrera les évêques de France et donnera l'onction des malades.
Le Pape connaît bien la France
Comme pour tous les déplacements du Pape, celui-ci fait l'objet de préparatifs longs et minutieux. Le Saint-Siège a déjà dépêché deux visites préparatoires, en mars et en juin. Hier, le cérémoniaire, chargé de régler les aspects liturgiques, est arrivé à Paris de même qu'une équipe pour superviser la sécurité. «Nous ne sommes pas dans l'urgence», commente un officiel. «Mais cette visite étant une première, on ne peut pas dire à l'avance si l'alchimie se fera», ajoute-t-on.
Grand admirateur du théologien Henri de Lubac, Benoît XVI connaît bien la France et maîtrise parfaitement le français, atout indéniable. L'ex-cardinal Ratzinger avait représenté le Pape lors des cérémonies du 60e anniversaire du Débarquement en Normandie. Membre de l'Académie des sciences morales et politiques, il s'est aussi exprimé Quai Conti.
Événement ecclésial, la visite du Pape comportera aussi une partie étatique. Il s'entretiendra avec Nicolas Sarkozy qui, le 20 décembre dernier, l'a invité officiellement. Les deux personnalités se connaissent, autre gage de succès. Surtout, le discours prononcé en décembre par le chef de l'État à Saint-Jean-de-Latran, s'il a suscité la controverse en France, a en revanche été fort bien perçu au Vatican. Nicolas Sarkozy y développait l'idée d'une «laïcité positive» en soulignant que tous les porteurs de spiritualité doivent être entendus pour aider à résoudre les problèmes qui se posent au pays.
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Retrouvez tous les confidentiels de la rédaction du Figaro.
La demi-sœur de Carla Bruni diplomate auprès de la présidence
La cellule diplomatique de l'Élysée, dirigée par Jean-David Levitte, compte depuis quelques semaines une nouvelle recrue. Il s'agit de Consuelo Remmert, demi-sœur de Carla Bruni et fille de Mauricio Remmert, père de l'épouse du président de la République. Polyglotte, elle est encore stagiaire non rémunérée. Elle est présentée comme une spécialiste des questions de la faim dans le monde. Avant de rejoindre l'Élysée, où elle a préparé le sommet de la FAO, elle a rédigé des articles pour la revue Internet des Nations unies.
L'Élysée s'ouvre pour la Fête de la musique
Pour la première fois dans le cadre de la Fête de la musique, samedi, le public aura librement accès à la cour d'honneur. En 2000, Véronique Sanson y avait chanté, mais les invités avaient reçu un carton d'invitation. Idem, en 1994, pour Julien Clerc : les fans du chanteur avaient dû au préalable retirer une invitation. Le menu des réjouissances sera, samedi, plus traditionnel, avec des musiques de film interprétées par l'Orchestre de la Garde républicaine, le Chœur des armées françaises et, pour terminer, un orchestre brésilien. Le tout en présence de Nicolas Sarkozy, avant son départ pour Israël.
Succès du site Internet sur la loide modernisation de l'économie
Au ministère de l'Économie, on se réjouit du succès du site Internet spécialement conçu pour permettre aux Français de suivre en direct l'évolution des débats sur la loi de modernisation de l'entreprise (LME). Près de 20 000 connexions ont été enregistrées au cours des deux dernières semaines, ce qui constitue un score élevé pour un site gouvernemental. Le site restera ouvert durant les prochains mois pour expliquer les conséquences concrètes de ce texte qui facilite notamment la création d'entreprise.
Hortefeux reçoit les ONG
À quelques jours de la présidence française de l'Union européenne, le ministre de l'Immigration a tenu à consulter les principales associations de défense des droits des étrangers. Il a notamment rencontré la Croix-Rouge, le Secours catholique, la Licra, Amnesty International et France Terre d'asile. Et leur a rappelé les grandes lignes du pacte européen sur l'immigration et l'asile.
Bertrand rencontre Valls
Le ministre du Travail a reçu à sa table Manuel Valls, député socialiste de l'Essonne. «Ce n'est pas parce que le PS est moribond aujourd'hui qu'il n'existe plus», confie Xavier Bertrand, qui se voit, comme son invité, en candidat à la présidentielle de 2017.
Morin-Bayrou, la poignée de main de Beyrouth
Ils ne s'étaient plus serré la main depuis l'entre-deux-tours de la présidentielle, lorsque Hervé Morin et la majorité des députés UDF avaient choisi de voter pour Nicolas Sarkozy. C'est désormais chose faite. Le ministre de la Défense et le président du MoDem, naguère amis, ont échangé une rapide poignée de main à Beyrouth lors du voyage du chef de l'État, qui avait emmené avec lui les responsables des partis politiques français. De là à être de nouveau amis...
09:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'Europe doit respecter la dignité des sans-papiers, par Jacques Delors et Michel Rocard
Dans les jours à venir, le Parlement européen doit se prononcer, dans le cadre de la procédure de codécision, sur l'adoption d'une directive "retour" fixant un cadre à la rétention et au renvoi des étrangers non autorisés à résider dans l'un ou l'autre Etat de l'Union.
Le phénomène des migrations internationales et la question de l'accueil, de l'intégration et du statut des immigrés et des réfugiés sont particulièrement sensibles et complexes. Nous sommes bien conscients de la difficulté qu'il y a à déterminer en ce domaine une politique européenne qui soit pragmatique au regard de la situation sociale et économique des Etats de l'Union, qui soit acceptée par les opinions publiques et qui, dans le même temps, soit profondément respectueuse de la dignité et des libertés fondamentales de tous ceux qui tentent de vivre une vie meilleure en rejoignant l'Europe.
Nous nous gardons bien, pour cette raison, de porter des jugements trop rapides sur les initiatives européennes en la matière. Pour autant, nous ne pouvons pas cacher nos inquiétudes sur la pertinence du projet de directive "retour" actuellement en discussion.
Pertinence tout d'abord, pour la première procédure de codécision sur l'immigration, de commencer par un projet relevant du volet répressif, avant même qu'aient été débattues et déterminées par les vingt-sept Etats membres les conditions d'accueil et d'intégration des étrangers non communautaires. Le symbole ne semble pas des plus heureux à l'égard de nos amis d'Afrique, du Maghreb ou d'Orient. Pertinence sur le contenu du projet surtout, qui contient plusieurs mesures outrancières : la durée de rétention autorisée (dix-huit mois) est en totale disproportion avec le temps réellement nécessaire pour organiser le renvoi d'un étranger (en France, une dizaine de jours).
L'instauration d'une interdiction de retour sur le territoire européen durant cinq ans pour les personnes expulsées tend à les stigmatiser comme coupables d'un délit dont il faut les punir, au risque d'ailleurs de nier l'exercice futur de droits reconnus essentiels comme le droit d'asile ou celui d'un rapprochement familial. Enfin, les garanties prévues quant à l'enfermement ou l'expulsion des personnes vulnérables (mineurs, famille, malades) sont très limitées, pour ne pas dire quasi inexistantes.
Les conditions de privation de liberté et d'expulsion des personnes, qui seront visées, selon les différentes législations nationales, exigent que soit apprécié et soupesé avec la plus grande attention le nécessaire équilibre, qui doit être impérativement préservé, entre les mesures de contrainte et celles qui garantissent une réelle protection des droits fondamentaux de ces personnes.
Tel ne nous paraît pas être le cas actuellement du projet qui sera soumis au Parlement européen.
Ne serait-il pas plus sage que les parlementaires s'abstiennent d'adopter ce projet en l'état ? Il paraîtrait plus opportun de demander à la Commission européenne - et notamment à Jacques Barrot, commissaire nouvellement chargé de ces questions - de reprendre l'élaboration de cette directive sur des bases plus conformes à l'idée que nous avons de la façon dont l'Europe doit respecter la dignité des personnes.
Jacques Delors est ancien président de la Commission européenne
Michel Rocard est ancien premier ministre et député européen.
Article paru dans l'édition du 18.06.08.09:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





