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28.06.2008

"Ce sont les relais mondains qui ont lancé le festival d'Aix"

 Edmonde Charles-Roux, présidente d'honneur du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence

Edmonde Charles-Roux est l'une des mémoires vivantes du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, qui commence vendredi 27 juin. Dès sa première édition, en 1948, l'écrivain a collaboré à la manifestation en tant que chargée de communication, à la demande de son fondateur, Gabriel Dussurget (1904-1996).

Edmonde Charles-Roux lors d'un colloque à Marseille, le 5 mai 2006.
AFP/ANNE-CHRISTINE POUJOULAT
Edmonde Charles-Roux lors d'un colloque à Marseille, le 5 mai 2006.

En 2002, elle succède à Jean-Marie Messier à la présidence du Festival et laisse en 2005 la place au banquier Bruno Roger. Aujourd'hui, elle en est présidente d'honneur. Ses souvenirs sont rassemblés dans un livre d'entretien avec la journaliste Laure Adler (Festival d'Aix, 1948-2008, 158 pages, 25 €), qui sera publié le 4 juillet chez Actes Sud. Née en 1920, Edmonde Charles-Roux, qui préside l'Académie Goncourt revient pour Le Monde sur l'histoire et les évolutions du Festival.

Comment vous êtes-vous trouvée à travailler pour le Festival d'Aix ?

Gabriel Dussurget et son compagnon Henri Lambert sont venus visiter Aix à l'instigation de la comtesse Lily Pastré, une femme remarquable et originale, qui voulait organiser des concerts dans la région. Ma mère était sa meilleure amie et j'avais joué, enfant, avec ses deux filles dans les jardins de sa propriété de Montredon. Dussurget voulait faire de l'opéra et travailler avec les peintres de l'époque, comme Derain, Balthus et tant d'autres. J'étais journaliste culturelle et ai été chargée des relations avec ceux-ci.

Lily Pastré a caché et protégé beaucoup d'artistes juifs pendant la guerre. Etait-elle, comme vous, résistante ?

Non. Je pense qu'elle faisait partie de ceux qui aimaient bien le maréchal... Mais elle était sincère, généreuse, courageuse. Elle a caché Clara Haskil, qu'elle a aidée à passer la frontière suisse dans des conditions périlleuses pour elle-même, et la harpiste Lily Laskine, entre autres. Pour autant, elle comprendra que Gabriel Dussurget ait fait appel à Hans Rosbaud, un chef autrichien, alors que, en 1948, le réflexe "anti-boche" était encore vif, croyez-moi...

Qu'est-ce qui a "lancé" le Festival, imaginé en quelques semaines ?

Les relais mondains... Mais le contrepoids a été fourni par un article publié par François Mauriac, en 1949, à l'occasion du premier Don Giovanni de Mozart. Que Mauriac l'austère célèbre le festival a fait toute la différence. Tous ceux qui n'avaient pas encore mis les pieds à Aix l'été s'y sont précipités.

On retient de l'époque les smokings blancs et les dîners mondains à la fraîche...

La grande bourgeoisie de la région organisait des concerts, donnait de l'argent et recevait ensuite à sa table. Mais cette sociabilité n'était pas que mondaine, car ils n'étaient pas tous incultes, croyez-moi. Dès que l'on avait de l'esprit, de la curiosité, on était adopté dans la bande, avec ou sans argent... Dussurget avait de l'esprit et ne jurait que par le talent des autres.
Les compositeurs étaient là, ils intervenaient à la radio, débattaient en public. Il y avait surtout un merveilleux accordement de diverses tendances artistiques. Dussurget, rappelez-vous, est celui qui a organisé la première française du Marteau sans maître, de Pierre Boulez, de la Turangalîla-Symphonie, de Messiaen, mais il aimait aussi Poulenc ou Henri Sauguet... Un modèle d'ouverture artistique.

 

Comment voyez-vous les époques successives du Festival ?

Les directeurs Stéphane Lissner, entre 1996 et 2007, et aujourd'hui Bernard Foccroulle, ont fait beaucoup pour le public local et les jeunes. J'aime beaucoup Stéphane Lissner, qui a ramené Patrice Chéreau à la scène lyrique et a modernisé le festival, ouvrant la voie à ce qu'il est aujourd'hui. Je pense cependant qu'on a été un peu ingrat avec Louis Erlo, directeur, avec Jean-Louis Pujol, de 1982 à 1996. Il était un peu fâché avec les comptes, mais il a fait venir des chanteurs extraordinaires, il a convaincu Jessye Norman de chanter Rameau avec les instruments anciens de John Eliot Gardiner en 1983. Il s'est retiré de la vie musicale et vit en Corse. Je lui garde mon affection et mon admiration. Je trouve aussi qu'on aurait pu, à Aix-en-Provence, célébrer la mémoire de Lily Pastré et donner son nom a un lieu emblématique de la ville...

Un souvenir piquant ?

Il y en a tant... Ah, celui-ci : André Derain, pinceau à la main, est un jour monté sur scène pendant une répétition. Il est allé vers son décor, a corrigé quelque chose au pinceau. Il s'est retourné d'un air satisfait et s'est exclamé sur ce ton popu qui était le sien : "Dédé a toujours raison !"
Propos recueillis par Renaud Machart
Article paru dans l'édition du 28.06.08.

En Italie, un projet de loi prévoit d'accorder l'immunité aux plus hautes personnalités de l'Etat

Silvio Berlusconi, le 20 juin 2008.
REUTERS/STRINGER/BELGIUM
D'après l'avocat de Silvio Berlusconi, celui-ci est convoqué huit fois devant la justice entre le 1er et le 18 juillet 2008.

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 27.06.08 | 18h37  •  Mis à jour le 27.06.08 | 18h51

Quelques semaines seulement après un premier projet de loi controversé, et alors qu'il pourrait être impliqué dans une nouvelle affaire judiciaire, le premier ministre italien, Silvio Berlusconi, a fait adopter par son gouvernement, vendredi 27 juin, un texte accordant l'immunité pénale aux quatre plus hautes personnalités de l'Etat italien.

Ce projet de loi, qui doit encore être approuvé par le Parlement où M. Berlusconi détient une solide majorité, pourrait entrer en vigueur au plus tard en septembre. Il prévoit la "suspension temporaire", pendant la durée de leur mandat, des procédures judiciaires contre le président de la République, les présidents du Sénat et de la Chambre des députés, et du président du conseil. Cette suspension entraînerait par la même occasion une suspension des délais de prescription.

L'annonce de ce projet de loi intervient alors que, début juin, Silvio Berlusconi a déjà fait adopter par son gouvernement un autre projet de loi, voté par le Sénat et en cours de discussion à la Chambre basse, visant à suspendre des dizaines de milliers de procès pour donner la priorité aux affaires judiciaires passibles de plus de dix ans de prison. Le procès en cours contre lui-même et son ex-avocat britannique David Mills figure parmi les affaires suspendues, ce qui a valu au projet de loi d'être rebaptisé "Sauver le premier ministre" par l'opposition.

LES JUGES, "MÉTASTASES DE LA DÉMOCRATIE"

Vendredi, le ministre de la justice, Angelino Alfano, a expliqué que l'objectif de cette loi était de protéger "le déroulement serein des fonctions des plus hautes charges de l'Etat". Mardi, un des avocats de Silvio Berlusconi avait déclaré que son client était "contraint de gouverner sous les attaques constantes des juges". "Du 1er au 18 juillet 2008, il est convoqué à huit reprises par la justice", ce qui ne lui permet pas de se concentrer sur le gouvernement du pays, a fait valoir Me Niccolo Ghedini, également député du Parti des libertés, le mouvement du chef du gouvernement.

L'ancien juge-vedette des procès anti-corruption, Antonio Di Pietro, également chef du petit parti Italie des valeurs a aussitôt annoncé que son parti allait s'opposer à la demande d'immunité et "d'impunité" pour les plus hautes fonctions de l'Etat.

Lors de son dernier mandat en 2004, Silvio Berlusconi avait déjà tenté de faire adopter un projet de loi similaire, mais le texte avait été jugé anticonstitutionnel. Cette fois, le ministre de la défense, Ignazio La Russa, a indiqué que la nouvelle version du texte "prenait en compte" les précédentes observations. "Il Cavaliere", qui mène une guerre personnelle contre les magistrats du pays qu'il a qualifiés mercredi de "métastases de la démocratie", est le seul des quatre plus hautes personnalités de l'Etat italien à avoir des démêlées avec la justice.

«Le PS n'a pas eu besoin de nous pour se planter»

Propos recueillis par Rodolphe Geisler 27/06/2008 | Mise à jour : 19:13 |
Olivier Besancenot : «Pour ne pas décevoir les nouvelles espérances qui sont en train de s'affirmer, on revendique haut et fort notre indépendance vis-à-vis de la direction du PS.»
Olivier Besancenot : «Pour ne pas décevoir les nouvelles espérances qui sont en train de s'affirmer, on revendique haut et fort notre indépendance vis-à-vis de la direction du PS.»

INTERVIEW - Le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire pose les bases d'«une nouvelle force politique qui conteste l'hégémonie du PS».

LE FIGARO. Quel est l'objectif du Nouveau Parti anticapitaliste ?

Olivier BESANCENOT. Le constat qu'on fait, c'est qu'il y a aujourd'hui des milliers de syndicalistes, de militants associatifs, de travailleurs qui ne se reconnaissent pas ou plus dans les partis traditionnels. Nous cherchons donc, à travers ce nouveau parti, à donner une traduction politique aux résistances et luttes sociales qui se sont raffermies depuis que Nicolas Sarkozy est président de la République.
En refusant systématiquement toute alliance avec la gauche parlementaire, ne craignez-vous pas de vous enfermer dans une posture de simple contestataire ? Donc, à court terme, de décevoir vos sympathisants.

Au contraire ! Pour essayer de ne pas décevoir les nouvelles espérances qui sont en train de s'affirmer, on revendique haut et fort notre indépendance vis-à-vis de la direction du Parti socialiste. Le seul moyen de redonner confiance à des milliers de gens, c'est de faire comprendre qu'il y a une nouvelle force politique qui compte peser et contester l'hégémonie du PS sur le restant de la gauche.

Le NPA aura-t-il donc des listes autonomes à chaque élection ?

Nous nous présenterons bien évidemment systématiquement à toutes les élections. Mais nous pensons que le peuple doit aussi peser en dehors des élections, par exemple dans les luttes. Car, tant que la scène politique restera un théâtre réservé à des responsables qui vivent de la politique, les besoins des classes populaires ne seront pas satisfaits. En effet, ils font ce qu'exige le vrai pouvoir qui est le pouvoir économique. Chercher à peser de l'intérieur dans de nouvelles alliances avec un Parti socialiste qui s'inscrit de plus en plus dans le cadre de l'économie de marché ne peut déboucher que sur une impasse. Nous sommes pour fédérer les luttes, celles, par exemple, contre les centres de rétentions, l'autonomie des universités, ou encore la suppression des régimes spéciaux des cheminots…

Vous-même, serez-vous candidat aux prochaines élections européennes ?

Pour l'instant, je n'en sais strictement rien. Quant à la question des candidatures et de l'orientation générale, nous prendrons nos décisions définitives lors du congrès de fondation du nouveau parti qui aura lieu en décembre ou en janvier au plus tard. Mais il est clair que cette échéance sera importante pour la construction d'une gauche anticapitaliste européenne qui se bat pour une autre Europe sociale et démocratique, dans le prolongement du non irlandais et du prochain Forum social européen qui se tiendra cette année en Suède.

Abandonnez-vous toute référence au trotskisme et à la révolution ?

Ce parti ne sera pas trotskiste mais ouvert aux différents apports du mouvement ouvrier et des luttes d'émancipation. Par exemple, pour le féminisme ou l'écologie. Il se battra pour une transformation révolutionnaire de la société.

Que pensez-vous du débat interne du PS ?

Ce débat est complètement à côté de la plaque et des préoccupations de la population. Les socialistes se sont en effet déjà mis d'accord sur l'essentiel. Dans leur déclaration de principes, ils se situent clairement dans l'économie de marché. Appelons un chat, un chat : quel que soit le candidat qui sera élu à la direction de leur parti, ils sont pour un système capitaliste. Ils ont le mérite de la clarté et de la cohérence par rapport à ce qu'ils avaient fait quand ils étaient au pouvoir ! Raison de plus pour assumer notre indépendance.
En attendant, certains dirigeants du PS vous accusent de faire le jeu de la droite. Voire d'être pour Sarkozy ce que Le Pen fut pour Mitterrand !

Qu'ils accusent ! Je trouve ça nase. Ils agitent le chiffon rouge pour faire peur et surtout ne pas se remettre en cause. Expliquer que le problème de la gauche aujourd'hui c'est le NPA est à la fois maladroit et faux politiquement. Le PS n'a pas eu besoin de nous pour se planter ! Mais je leur retourne le compliment : ceux qui font le jeu de la droite, ce sont ceux qui courent derrière elle, avant, pendant, et après les élections.

Le Parti socialiste a créé une cellule de veille sur vous. Ça vous fait sourire ?
Le PS ferait mieux de surveiller le programme du gouvernement, qui rentre progressivement en application, plutôt que de surveiller l'espace politique qui lui échappe à sa gauche !

Louise Arbour, femme de droits

Jérôme Bouin (lefigaro.fr) 27/06/2008 | Mise à jour : 16:37 |
À propos des huit années de présidence de George W. Bush, Louise Arbour déplore «une politique très claire de l'administration qui a consisté à essayer d'écarter le rôle des tribunaux».
À propos des huit années de présidence de George W. Bush, Louise Arbour déplore «une politique très claire de l'administration qui a consisté à essayer d'écarter le rôle des tribunaux». Crédits photo : AFP

PORTRAIT - À quelques jours du terme de son mandat de haut commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, la magistrate canadienne s'est confiée au figaro.fr. Rencontre avec l'une des figures marquantes du droit et de la justice internationale.

26 mai 1999. La date est incontournable pour qui veut retracer l'itinéraire de Louise Arbour, haut commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme. Ce jour-là, la juge canadienne âgée à l'époque de 52 ans inculpe le président serbe Slobodan Milosevic de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Une première pour un chef d'État en exercice.

Près de dix années plus tard, et alors qu'elle se prépare à quitter les bords du Lac Léman, à Genève, ou siège le haut commissariat aux droits de l'homme, elle revient sur cette période charnière qui aura autant façonné sa propre destinée que le visage de la justice internationale. «Cet événement a mis beaucoup d'ombre sur le travail que je faisais au même moment et avec la même intensité sur le Tribunal Pénal pour le Rwanda, nuance-t-elle tout de suite. La partie la plus difficile de mon travail à l'époque était de gérer les deux dossiers».

Pour cette rencontre organisée à quelques jours du terme de son mandat, elle a accepté de s'enfoncer dans un des confortables fauteuils en cuir du grand bureau qu'elle occupe au deuxième étage du Palais Wilson, ancien siège du secrétariat général de la Société des nations, l'ancêtre de l'actuelle ONU. «J'ai du m'y asseoir deux fois en quatre années», plaisante-t-elle.

Née à Montréal en 1947, Louise Arbour effectue un parcours brillant dans la magistrature canadienne. Un parcours marqué par un premier coup d'éclat : en 1995, à la tête d'une commission d'enquête sur la prison pour femmes de la province de l'Ontario, elle épingle le système pénitentiaire de son pays. Un premier fait d'armes qui illustre bien la philosophie qui n'aura de cesse de guider le personnage : le droit, encore le droit, toujours le droit.

 

«Finalement, elle avait raison»

Pourtant, en 1999, au moment où elle inculpe Milosevic, les diplomates, rejoints par la majorité des éditorialistes de la presse internationale, n'ont de cesse de critiquer une stratégie vouée à l'échec, et contraire à l'objectif d'apaisement d'une région meurtrie par la guerre. «Finalement, elle avait raison», reconnaît après coup Catherine Durandin, spécialiste des Balkans à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). «Elle a posé, face à la légitimité d'une stratégie d'apaisement, la légitimité du droit».

Cette priorité donnée au droit, au sens purement juridique du terme, on la retrouve dans sa ligne de conduite en tant que haut commissaire pour les droits de l'homme, un poste dans lequel elle a succédé au brésilien Sergio Vieira de Melo, tué en août 2003 dans l'attaque contre le siège des Nations Unies à Bagdad et dont le buste trône devant le Palais Wilson. C'est le cas lorsqu'elle dénonce, au sujet des huit années de pouvoir de George W. Bush, «un recul alarmant sur la question des droits fondamentaux, des libertés civiles et politiques». C'est un peu la juge qui parle quand elle regrette «une politique très claire de l'administration qui a consisté à essayer d'écarter le rôle des tribunaux». Et Louise Arbour de citer l'utilisation de la base de Guantanamo ou les prisons secrètes de la CIA. Pour elle, il n'est souvent pas besoin d'inventer de nouvelles règles pour punir les abus. Il faut simplement appliquer les textes.

Les États-Unis sont d'ailleurs le seul sujet qui, sans la faire sortir de sa réserve, lui fera utiliser un vocabulaire un peu moins neutre. Sur le reste, de la situation au Tibet à sa propre succession en passant par la visite en France de Mouammar Kadhafi ou celle à venir de Bachar el-Assad - «Je n'ai pas d'objection à ce que les gens se parlent», explique-t-elle -, elle ne sortira pas des clous. Peut-être parce qu'à moins de deux semaines du terme de son mandat, le moment n'est pas venu de susciter la polémique.

Aussi sur l'opportunité de confier les Jeux olympiques à la Chine : «Ce n'est pas mon champ d'action». Sur les déclarations fracassantes de Carla Del Ponte, qui lui a succédé au TPI, à propos d'un supposé trafic d'organes au Kosovo : «Je n'ai pas de commentaires à faire». La question la laisse même interdite. Un sourire. On peut passer à autre chose. C'est sans doute cela Louise Arbour. La fermeté n'empêche pas la cordialité. Et vice-versa.

 

«Les citoyens sont détenteurs de droit»

Là où elle demeure en revanche intarissable, c'est sur la question de la machinerie onusienne de promotion des droits de l'homme. Elle aime d'ailleurs prendre à contre-pied ses interlocuteurs, souvent prompts à dénoncer les carences en matière de droits civils et politiques dans les pays émergents. Ainsi, quand on lui fait remarquer la présence du Gabon parmi les nouveaux membres du Conseil des droits de l'homme, elle riposte, affirmant qu'elle n'aurait «aucune confiance dans un conseil qui serait ‘un club auto choisi' par les bien-pensants, qui se permettrait de mettre le monde entier en jugement». «Il est toutefois regrettable que certains membres continuent de s'attaquer aux experts indépendants missionnés par l'ONU», lui rétorque Antoine Madelin, responsable pour les Nations Unies à la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).

La haute commissaire de l'ONU charge également les pays occidentaux, coupables à ses yeux d'«avoir cru que le bénéfice des droits économiques, sociaux et culturels (qu'elle différencie des droits politiques et civils) viendrait des marchés et de la prospérité».

À l'heure de quitter Genève, Louise Arbour ne semble pas vraiment nostalgique. Elle décrit un travail «exigeant», notamment de par son caractère conflictuel dans le dialogue avec les États. «Ces rapports parfois tendus sont inévitables » à ses yeux, mais, justifie-t-elle, si «les gouvernements sont détenteurs d'obligations, les citoyens sont aussi détenteurs de droit».

Sa mission à l'ONU l'aura aussi éloignée de sa famille, de son Québec natal. La future ex-haute commissaire n'aspire donc désormais qu'à une chose : «du repos et de longues vacances». Et surtout, «ne prendre aucun engagement» dans l'immédiat. Reste à savoir combien de temps elle résistera avant d'embrasser une nouvelle mission, un nouveau combat.

Rachida Dati chez le pape mercredi

Source : AFP 27/06/2008 | Mise à jour : 20:16 |

La ministre de la Justice, Rachida Dati, rencontrera brièvement le pape Benoît XVI mercredi matin au Vatican afin de "préparer" le déplacement du chef de l'Eglise catholique en septembre à Paris, a annoncé aujourd'hui la Chancellerie.

"A l'issue de l'audience générale du mercredi, Rachida Dati s'entretiendra quelques minutes avec le pape dans la perspective du voyage en France, puisque le 13 septembre elle accueillera le pape au Champ de mars", à Paris, a expliqué Guillaume Didier, porte-parole de la Chancellerie.

Il a précisé que Mme Dati serait ce jour-là l'hôte de Benoît XVI avec sa double casquette de "membre du gouvernement et maire du VIIe arrondissement" de la capitale.

27.06.2008

La Colombie au bord d'une grave crise politique

lefigaro.fr, avec agences 27/06/2008 | Mise à jour : 10:57 |
Le président colombien Alvaro Uribe. (Fernando Vergara / AP)
Le président colombien Alvaro Uribe. (Fernando Vergara / AP)

Le président Uribe veut un référendum populaire pour pouvoir être une troisième fois candidat à l'élection présidentielle et contrer la Cour Suprême qui s'efforce de l'en empêcher.

Fortes tensions dans la jungle politique colombienne. Tout a commencé par une réforme constitutionnelle votée au Congrès en 2006 pour permettre au président colombien Alvaro Uribe de pouvoir se présenter à nouveau et sans limitation du nombre de mandats à l'élection présidentielle. Election qu'il remporte haut la main avec 62% des votes, soit 7,3 millions de voix.

Un triomphe sur fond de scandale politique. Une élue, l'ex-congressiste Yidis Medina, a en effet confessé avoir été «corrompue» par le gouvernement conservateur d'Uribe pour voter en faveur de la réélection en 2006 de l'actuel chef de l'Etat. Cette femme politique, condamnée à 47 mois de prison pour cet acte illégal, affirme qu'en échange de son vote, de hauts responsables du gouvernement lui ont proposé des postes pour ses partisans. Le gouvernement colombien dément catégoriquement ces affirmations, mais se retrouve dans la ligne de mire de la Cour suprême.

La plus haute juridiction de Colombie n'a pas de mots assez durs envers Uribe. «Les raisons de fait et de droit qui ont servi de fondement à cette décision (d'autoriser un second mandat), montrent que l'approbation de la réforme constitutionnelle a été l'expression d'une claire et manifeste déviation de pouvoir», indiquent dans leur arrêt les magistrats. Des paroles aux actes : ils ordonnent de réviser la réforme constitutionnelle qui a permis la réélection d'Uribe en 2006, ce qui l'empêcherait de se représenter pour la troisième fois à la présidence.

 

«Une justice sélective»

Contre-attaque immédiate du président colombien qui demande au Congrès de valider l'organisation d'un référendum populaire permettant la tenue éventuelle d'un nouveau scrutin présidentiel. Alvaro Uribe accuse implicitement la Cour Suprême d'abus de pouvoir, lui reprochant d'appliquer «une justice sélective». La prochaine présidentielle était prévue en mai 2010.

L'opposition en profite également pour tirer à boulets rouges sur le chef de l'Etat. Le Parti libéral laisse ainsi entendre qu'Alvaro Uribe veut «provoquer une crise institutionnelle». «Ce qui se passe est très préoccupant. Cette annonce est très grave car c'est une attitude de défi du président face à la justice», a estimé Cecilia Lopez, porte-parole du Parti libéral au Sénat. «Le président est irascible devant les critiques. Il pense, en s'appuyant sur sa popularité, que ses actes sont justifiables», soutient de son côté Carlos Gaviria, porte-parole et ancien candidat à la présidentielle du Pôle démocratique alternatif (opposition de gauche).

Cet épisode constitue un affrontement entre «un président qui se sait très populaire et qui se lance aujourd'hui dans une élection qu'il est capable de gagner et des magistrats qui veulent empêcher à tout prix que le dirigeant accommode la Constitution à ses prétentions en vue d'un troisième mandat», a commenté Pedro Medellin, professeur à l'Université nationale de Bogota. Une capitale colombienne sous haute tension politique désormais.

Quand le Tout-Londres fête les 90 ans de Mandela

Par Valérie Duponchelle, envoyée spéciale à Londres 26/06/2008 | Mise à jour : 19:31 |
Malgré l'âge et la fatigue, Nelson Mandela est resté très digne, presque en retrait,en écoutant les louanges et les cris d'amour d'orateurs comme Bill Clinton (à gauche) ou Gordon Brown (à droite).
Malgré l'âge et la fatigue, Nelson Mandela est resté très digne, presque en retrait,en écoutant les louanges et les cris d'amour d'orateurs comme Bill Clinton (à gauche) ou Gordon Brown (à droite).

Dîner de gala émouvant pour célébrer le prix Nobel de la paix, mercredi soir à Hyde Park. Là où aura lieu ce soir un concert exceptionnel au profit de sa fondation.

«Il avait 72 ans lorsqu'il fut libéré de prison. Il avait 75 ans lorsqu'il a reçu le prix Nobel de la paix. Il avait 77 ans lorsqu'il est devenu le premier président noir d'Afrique du Sud. Il avait 81 ans lorsqu'il a créé la Nelson Mandela Foundation. Il avait 84 ans lorsqu'il a lancé sa campagne de lutte contre le sida sous le nom de son matricule de prisonnier, 46664. Cette année, il a 90 ans.»

Les portraits de «Madiba» figurant au-dessus de ce raccourci saisissant d'une vie et de son engagement souriaient tous. Plus discrète, une autre mosaïque de vieux clichés sépia montrait l'enfant africain, Rolihlahla («Celui qui crée des problèmes») Mandela, le premier de sa famille à fréquenter l'école où on lui donna le prénom de Nelson.

Pas en référence à l'amiral Nelson ou aux Européens, «simplement parce que le prénom était courant dans les années 1920», expliquait hier, la star des Oscars, Forest Whitaker. Pas de clichés des vingt-sept ans passés en prison. Pas d'horreur ni de souffrances exhibées pour rallier la cause antisida. Juste l'espoir et la force d'âme.

 

Pimpants comme l'Afrique multicolore

Un étrange recueillement prenait d'assaut le cœur les 700 invités du dîner de gala organisé, mercredi soir à Londres, pour fêter les 90 ans de l'ancien président sud-africain. Poignant comme un au-revoir. Ils arrivaient pimpants comme l'Afrique multicolore ou élégants comme à Ascot, en «gentleman's wear» gris perle ou en turbans artistiquement noués, en bronzage pur californien ou en teint frais de jardin anglais. Tous avec un sourire désarmant d'enfant à la fête de l'école.

Les plus rompus aux dîners de gala perdaient de leur superbe sous la tente «Nelson Mandela at 90». Et s'émerveillaient d'assister à l'anniversaire d'un homme qui imposa de sa cellule la victoire de la condition humaine. Un soir rafraîchissant à Hyde Park, politique et optimiste, à mi-chemin entre snobisme à la parfaite décontraction, militantisme et souffle joyeux à la Woodstock. Ce soir, au même endroit, aura lieu un grand concert de rock pour poursuivre les festivités.

Les dieux anglais étaient d'accord pour célébrer Nelson Mandela, qui avaient chassé tout nuage, malgré l'usage qui veut qu'au moment du tournoi de tennis de Wimbledon la météo soit toujours pluvieuse. Soleil inespéré et simplicité champêtre pour ce dîner absolument pas comme les autres. Brassage immédiat, sous la tente du cocktail, des convives du Tout-Londres, entrés après un strict contrôle d'identité. Du sculpteur anglais Antony Gormley, tee-shirt blanc comme au studio, aux délicieux parents de Richard Branson, l'aventurier milliardaire qui créa l'empire Virgin. De Samantha, la plus sexy des quatre filles de Sex and the City, ligne de New-Yorkaise au régime dans sa courte robe en jersey fluide, à l'Irlandais Bob Geldof, ex-rocker qui fait vibrer l'humanitaire par ses concerts depuis «USA for Africa», avec Michael Jackson. Du champion de tennis Boris Becker, toujours roux flamboyant, à Robert de Niro, paisible sexagénaire venu, avec son épouse noire, incarner la réalité hollywoodienne du mariage mixte.

 

La violence n'est jamais très loin de la paix

Sous un chêne, le beau Pierce Brosnan, drôle et charmeur comme un Irlandais heureux, discutait avec son agent du tournage imminent dans une île grecque et de son rôle de père putatif dans le remake de la comédie musicale Mamma mia, rythmée par les tubes d'Abba. Joan Baez, splendide visage de madone et boots vernies de rocker, accueillait un Will Smith adolescent et rieur, tenant étroitement la main de sa femme, Jada Pinkett Smith, ravissant colibri en satin de soie absinthe et collerette de plumes. À l'écart des bavardages et des embrassades de rigueur, David Gilmour, figure de Pink Floyd, regardait placidement la célébrité se déplacer vers d'autres têtes, d'autres générations, d'autres mondes. «Pink Floyd, qui est-ce ?», demandait avec ingénuité un des jeunes serveurs londoniens, de moins de 20 ans.

Dès que tout ce beau monde est entré calmement sous le haut chapiteau pour le dîner, le fond des choses est réapparu : la cause et son héros «Madiba», en attendant les discours et les enchères du «charity business» qui s'appuyaient, cette fois, sur sept lots «made in South Africa» (beau total de 4,170 millions de livres sterling, grâce à un public très motivé). Chacun prit place à sa table, exotique avec ses anis étoilés dans l'assiette, presque modeste avec ses agapanthes bleues et ses giroflées orange, son lustre multicolore fait de simples petits bocaux de verre (15 000 euros hors taxes la table de dix couverts au profit de la «campagne 46664»).

Standing ovation lorsque Nelson Mandela est enfin arrivé, un peu avant 20 heures, petite silhouette fragile, cheveux grisonnants, démarche hésitante vers la longue table centrale où l'attendaient Bill Clinton, le premier ministre britannique, Gordon Brown, la diva des talk-shows américains, Oprah Winfrey, Will Smith avec un sourire énorme, Cherie Blair, l'épouse de l'ex-premier ministre Tony Blair, en beige glacé comme la veille, au dîner Richard Prince organisé par Vuitton à la Serpentine Gallery.

Reçu le même jour par Sa Majesté la reine comme en ont témoigné hier matin les unes du Times et du Daily Telegraph, le vieil homme est resté très digne, presque en retrait, en écoutant les louanges et les cris d'amour des orateurs. Derrière la chaise où il se tenait très droit malgré l'âge et la fatigue, deux gardes du corps aux aguets avaient disposé leurs sièges en quinconce. La violence n'est jamais très loin de la paix.

Quand sir Elton John a chanté Happy Birthday Dear Nelson pour l'accueillir dans la belle tradition du «Swinging London», sa voix étonnamment forte a tremblé d'émotion. Le public aussi. Quand il a eu fini son refrain et confessé que «jamais il n'avait été aussi heureux de le chanter», sa voix était pleine de larmes. «Courage, dignity, humanity, humility… You are an amazing human being !», lança en final la pop star, depuis la scène et les quatre écrans qui surplombaient les cinquante tables. Plus personne n'avait faim. Tout le monde se taisait et regardait «Madiba» comme on regarde un miracle, bouche bée. Pâle comme un spectre dans sa robe charleston moutarde, Annie Lennox, la chanteuse d'Eurythmics, applaudit la première, hurlant de joie.

«Nous vous saluons, nous vous admirons, nous vous aimons et nous vous remercions !» Le premier discours fut celui de Forest Whitaker, merveilleux Dernier Roi d'Écosse, titre d'un film sur l'Ouganda de Idi Amin Dada, qui dut s'accrocher à ses notes pour ne pas perdre le fil. Celui de Gordon Brown, plus politique, rendit hommage à l'homme qui «résista à vingt-sept ans de prison et mit fin à l'apartheid», à une «vie qui prouve que l'injustice ne peut durer éternellement».

Le troisième, celui de Bill Clinton, éblouit par son art oratoire et sa chaleur humaine, son métier et sa sensibilité, faisant pleurer Yves Carcelle et Pietro Beccari, président et vice-président de Vuitton, et, à la table voisine, le financier marocain qui fit le plus grand bonus des banques d'affaires de Londres, l'an dernier (57 millions de livres !). «God bless you, friend !» lança l'ancien étudiant américain à Oxford à son ami sud-africain.

C'est Nelson Mandela qui ramena tout le monde au cœur du sujet : l'Irak, la Palestine, le Zimbabwe, le Darfour, le futur, les autres, la souffrance, la maladie, la pauvreté, la dérive des êtres. Sa voix était rocailleuse, usée. Ses mots étaient simples, sans emphase. Ils sont entrés dans tous les cœurs et les esprits, comme une lumière. «Avec lui, on a envie d'y croire», disait un jeune expert en art, pourtant frotté aux dures réalités du capitalisme de la City.

26.06.2008

Le congrès de Reims, épreuve de vérité, par Julien Dray

Point de vue

Le prochain congrès du PS est déjà celui de tous les paradoxes. On en appelle au débat d'idées ; pourtant, on a le sentiment de relire et d'entendre les mêmes positions dans toutes les interventions écrites et orales. On en appelle à refuser les fausses synthèses ; pourtant émergent des alliances plus qu'improbables, tant celles et ceux qui y prennent part ont défendu des positions opposées, sur l'Europe ou les 35 heures. On voue aux gémonies la perspective d'un congrès strictement tactique ; mais les concepts, comme celui de libéralisme, sont instrumentalisés à des fins de positionnement ou de contre-positionnement.

On rejette sur le premier secrétaire sortant la responsabilité de nos archaïsmes, alors que les militants se souviennent encore des multiples occasions où ces mêmes procureurs ont entravé la modernisation de leur parti. Paradoxe des paradoxes, enfin : rarement a-t-on vu un tel degré d'abstraction et d'éloignement de la réalité, alors même que les mots d'"efficacité", de "réalisme" et de "vérité" sont sur toutes les lèvres.

François Mitterrand disait que, bien qu'aimant et l'idéologie et la discussion, il n'était pas partisan de la discussion idéologique, c'est-à-dire désincarnée et coupée du concret. Faisons nôtre cet adage, et regardons en face la "vérité" du prochain congrès : reconnaissons que les vieilles oppositions ne fonctionnent ni n'existent plus au sein du PS, quels que soient les efforts faits pour nous le laisser croire. Nul ne peut se targuer d'avoir une solution clé en main, "de centre gauche" ou au contraire "vraiment à gauche", pour répondre aux défis du siècle : crise environnementale, affaiblissement du pacte social, dérive du capital.

Non, les socialistes français ne sont pas les éternels mauvais élèves de la classe sociale-démocrate que voudraient nous dépeindre les experts en modernité : les échecs récents du Labour anglais et du SPD allemand montrent que les solutions de "troisième voie" s'épuisent. A l'inverse, le triomphe des partis de gauche en Amérique du Sud trace des pistes qu'il serait bon de méditer. C'est en fait toute la famille sociale-démocrate qui doit se repenser. Encore faut-il qu'elle se rappelle d'où elle vient et qui elle est ; qu'elle refuse, tout simplement, de se laisser dicter son identité par l'air du temps, les critiques des commentateurs, et la pression de l'idéologie dominante. Et c'est ici qu'apparaissent les réelles divergences, celles qui devraient être soumises au vote des militants dans un congrès de vérité.

D'abord je l'affirme : il n'y a qu'une seule gauche, qu'un seul socialisme, riche de toutes ses cultures, comme le rappelle notre nouvelle déclaration de principes ; la gauche qui veut combattre par tous les moyens le projet de société porté par la droite. Et c'est là précisément la responsabilité historique du PS que de lutter pour cette unité de la gauche, difficilement construite par François Mitterrand. Quitte à être responsable pour deux.

Pour cette même raison, je revendique le rôle que j'ai joué, avec d'autres, dans l'élaboration de la synthèse établie au congrès du Mans : elle a évité l'éclatement du PS et le schisme au sein de la gauche qui aurait pu suivre la crise du traité constitutionnel européen, gauche du oui contre gauche du non, gauche prétendument sociale libérale contre gauche radicale. Sans cette réconciliation, il n'y aurait pas eu de candidat unitaire des socialistes, ni, par la suite, de candidat de la gauche au second tour à l'élection présidentielle de 2007. Que ceux qui en appellent à une "clarification" du PS nous expliquent comment ils reconstitueraient une coalition "progressiste" majoritaire en commençant par briser en deux sa colonne vertébrale !

Je ne suis pas non plus de ceux qui voudraient nier notre histoire. Comment réduire le rôle du PS à une gestion "managériale" de l'intérêt général, alors que notre pays est parcouru de clivages sociaux forts, dont le PS n'a pas pris toute la mesure, comme le prouve la désaffection des classes populaires à son égard, en 2002 et en 2007 ? Nous avons une mission historique : transformer en profondeur la société et lutter pour une juste répartition des richesses produites. Il faut donc admettre que le PS ne peut être le parti "de tout le monde" : nous devons désigner des catégories de Français à représenter et à défendre en priorité. Bien sûr, la "classe ouvrière" de l'époque est à construire, et à politiser. Elle prendra la forme d'une alliance des actifs, de tous ceux - travailleurs pauvres ou précaires, enfants d'immigrés discriminés, petits entrepreneurs pressurés par la sous-traitance des grands groupes, jeunes chercheurs sous-rémunérés, fonctionnaires déconsidérés - qui ont le sentiment d'être les laissés-pour-compte d'une époque où les super-profits spéculatifs culminent.

Cette alliance n'a pas encore conscience d'elle-même. La droite y entretient soigneusement des clivages violents : "assistés" contre "travailleurs qui se lèvent tôt", "racailles" contre "banlieues pavillonnaires", "défense corporatiste d'acquis" contre "intérêt général". C'est à partir de cette alliance que nous pourrons construire un rassemblement populaire et une stratégie d'union de la gauche, sur un socle sociologique, et non pas tacticien.

Nous devons nous prononcer clairement sur ces questions que j'entends, avec les militants, dans les réunions d'appartement que j'organise. Comment construire et développer un PS qui soit un puissant outil de transformation sociale ? Comment augmenter le nombre de nos militants pour mieux représenter la société ? Comment redevenir une machine intellectuelle capable de gagner la bataille des idées et de briser les fausses évidences des idéologues de droite ? En trouvant des réponses, nous pourrons aborder dans de bonnes conditions une réflexion collective.

Nous avons deux ans pour faire le deuil de l'Etat-providence des belles années de la social-démocratie - ce qui ne la condamne pas en elle-même, car l'exigence de justice sociale est plus forte que jamais. Nous avons deux ans pour définir un modèle d'Etat-entrepreneur, inventant de nouvelles normes de production et de consommation. En commençant par trois chantiers prioritaires : clarifier notre position sur les 35 heures, en reconnaissant les erreurs commises ; concevoir une nouvelle stratégie de croissance écologiquement et socialement responsable, menée par un Etat-entrepreneur combinant politique industrielle et de recherche, et défendant un véritable projet éducatif ; proposer une révolution de notre fiscalité, pour la rendre à la fois plus incitative pour les Français et plus rentable pour l'Etat.

Enfin, la prochaine direction du PS devra jeter les bases d'une union de toutes les forces de gauche, sous la forme d'un comité d'action ouvert aux dirigeants politiques, associatifs, syndicalistes et aux intellectuels. Ce comité sera chargé d'élaborer un contrat commun de gouvernement, par la tenue régulière d'assises de toute la gauche. Ce contrat sera le fondement d'ultérieures primaires pour désigner un candidat unique à l'élection présidentielle. Etre candidat à la responsabilité de premier secrétaire du PS, c'est accepter de répondre à ces questions. C'est cela, la seule vérité vraie du congrès.

 


Julien Dray est député socialiste de l'Essone.

 

Article paru dans l'édition du 27.06.08.

Parole donnée et avenir de la Nouvelle-Calédonie, par Lionel Jospin et Michel Rocard

Point de vue
 
Ces lignes s'adressent d'abord aux jeunes, parvenus à l'âge adulte avec le tournant du siècle, et qui n'ont pas connu ces événements. Elles sont aussi destinées à leurs aînés, qui ont vécu cette période, mais l'ont peut-être effacée de leur mémoire. Il y a vingt ans, la Nouvelle-Calédonie, était au bord de la guerre civile. Et la France courait le risque de s'y trouver engagée dans une nouvelle aventure coloniale. Pour des socialistes de notre génération, dont l'engagement politique s'était forgé contre la guerre d'Algérie, il y avait là un enjeu et un défi majeurs : ramener la paix, retisser les liens de la confiance et engager un mouvement de décolonisation pacifique et viable.

 

Deux grandes étapes l'ont marqué jusqu'ici : le 26 juin 1988, Jean-Marie Tjibaou, Jacques Lafleur et Michel Rocard signaient les accords de Matignon, pour dix ans ; le 5 mai 1998, l'accord de Nouméa était signé par Jacques Lafleur, Roch Wamytan et Lionel Jospin, pour une durée de quinze à vingt ans.

La signature des accords de Matignon suivait de peu le drame d'Ouvéa : le 22 avril 1988, dans l'attaque de la gendarmerie de Fayaoué, quatre gendarmes étaient tués et d'autres pris en otage et conduits dans la grotte de Gossanah. Le 4 mai, l'assaut était donné. Deux militaires et dix-neuf militants indépendantistes perdaient la vie à la suite de cette opération.

C'était le paroxysme d'une crise qui trouvait son origine dans la dépossession foncière, la marginalisation politique et économique des Kanaks et les manquements à la parole donnée par la France. Cette crise n'avait cessé de s'aggraver dans les années récentes. La situation en Nouvelle-Calédonie alimentait les affrontements de politique intérieure.

Il fallait d'abord renouer les fils du dialogue. Ce fut la tâche menée de manière exemplaire par la "mission du dialogue", conduite par Christian Blanc. Le courage et la lucidité de deux hommes d'exception, Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, capables de regarder l'avenir malgré les blessures encore si vives du passé, ont été nécessaires pour passer du rétablissement du dialogue à la solution politique. Nous voulons, à nouveau, leur rendre hommage.

Pour engager solennellement la parole de la France, la loi qui traduisait les accords de Matignon fut votée par le peuple français, le 6 novembre 1988. Les accords de Matignon ont assuré pendant dix ans le maintien de la paix civile et engagé la réconciliation. La Nouvelle-Calédonie s'est organisée autour de trois provinces, pour donner aux Kanaks la responsabilité politique des régions où vivent la majorité d'entre eux et favoriser leur développement économique. Le "rééquilibrage" entre les communautés et les territoires a progressé, appuyé par un effort financier sans précédent de l'Etat au profit des équipements publics et un programme de formation de 400 cadres, principalement kanak. La culture kanake est désormais reconnue. Le magnifique Centre culturel Tjibaou, l'un des "grands travaux" du président Mitterrand, construit par Renzo Piano, en porte témoignage à Nouméa.

"SOLUTION CONSENSUELLE"

Mais au fur et à mesure que le rendez-vous de 1998 approchait, le risque de voir une population qui avait commencé à se rassembler, se diviser et s'affronter de nouveau sur la question de l'indépendance reprenait de la consistance. Sur la proposition de Jacques Lafleur, une "solution consensuelle" a été recherchée pour remplacer le référendum d'autodétermination. L'accord de Nouméa a été signé le 5 mai 1998. Il a été approuvé par près des trois-quarts des électeurs en Nouvelle-Calédonie.

Cet accord exprime une vision partagée de l'histoire et de l'avenir du pays. Pour la première fois, l'Etat et les partis politiques de la Nouvelle-Calédonie y portent un regard commun sur la période de la colonisation. Cette vision commune de la "souveraineté partagée" de la Nouvelle-Calédonie avec la France est marquée par plusieurs novations décisives. L'accord organise le transfert progressif et irréversible des compétences jusqu'ici exercées par l'Etat, à l'exception des compétences régaliennes. Une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, distincte de la nationalité française, est instituée : les Français qui vivent en Nouvelle-Calédonie depuis une certaine durée sont des citoyens de la Nouvelle-Calédonie et, à ce titre, peuvent seuls voter aux élections pour les assemblées locales. Des "signes identitaires", drapeau, hymne, doivent être recherchés d'un commun accord. Pour sa mise en oeuvre, l'accord de Nouméa a nécessité une révision de la Constitution, votée le 6 juillet 1998, à une très large majorité.

Au terme du processus, entre quinze et vingt ans après la signature de l'accord de Nouméa, soit entre 2014 et 2018, la Nouvelle-Calédonie disposera donc de la quasi- totalité des compétences et des attributs de la souveraineté, et ses citoyens seront appelés à se prononcer pour savoir s'ils souhaitent le transfert des dernières compétences exercées par l'Etat. Cette construction originale doit permettre de bâtir un destin commun pour cette population pluriethnique, constituée du peuple d'origine et de ceux qui, depuis un siècle et demi, s'y sont installés durablement. Ce destin commun s'affirmera, soit dans la République française, soit dans un pays dont les liens avec la France seront à définir.

La situation de la Nouvelle-Calédonie reste fragile. La prospérité due au nickel ne bénéficie pas à tous. Les tensions sociales demeurent vives. Malgré les progrès accomplis pendant vingt ans, la société calédonienne connaît de grands déséquilibres. La jeunesse, qui n'a pas connu les drames du passé, peut être tentée par la violence si elle n'y trouve pas sa place. Plus que jamais, il faut parler, diagnostiquer sans complaisance les injustices qui persistent et y porter remède, rechercher ce qui rassemble et discuter de ce qui divise. L'Etat, partenaire politique des accords, en charge de l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, doit assurer une mission permanente de dialogue. Il ne doit pas relâcher ses efforts et sa vigilance.

Si l'accord de Nouméa est appliqué loyalement, dans toutes ses dimensions, par l'Etat et les forces politiques locales, l'acquis des accords de Matignon sera préservé. Le président de la République et le premier ministre ont déclaré en plusieurs occasions que l'Etat tiendrait parole. Nous n'avons pas de raison d'en douter. La question calédonienne est d'intérêt national. Il en va de la position de notre pays dans le Pacifique et de l'honneur de la France, qui doit rester fidèle à la parole donnée il y a dix et vingt ans.


Lionel Jospin est ancien premier ministre (1997-2002).

Michel Rocard est ancien premier ministre (1988-1991).

Article paru dans l'édition du 27.06.08.

Universités : vers la fin des examens de septembre

Marie-Estelle Pech 26/06/2008 | Mise à jour : 11:34 |
La remise en cause de la session de septembre fait l'unanimité auprès des présidents d'université ou de la Fage, deuxième fédération étudiante.
La remise en cause de la session de septembre fait l'unanimité auprès des présidents d'université ou de la Fage, deuxième fédération étudiante. Crédits photo : Le Figaro

Valérie Pécresse veut remplacer cette session de rattrapage par un examen au mois de juin.

Les étudiants trop peu travailleurs ou malchanceux n'auront bientôt plus à plonger le nez dans leurs livres pendant l'été pour la session de rattrapage, en septembre. En cas d'échec lors de leurs examens passés au contrôle continu, ils pourront être repêchés en juin et donc savoir plus tôt s'ils passent ou non dans l'année supérieure. «Ils pourront faire des stages, travailler, partir en vacances», affirme Valérie Pécresse, la ministre de l'Enseignement supérieur au Figaro. Après concertation, elle souhaite, «dès que possible», modifier l'arrêté qui donne un cadre national aux examens de licence et qui date de 2002.

Environ 40 % des universités maintiennent aujourd'hui une session en septembre, à l'ancienne. Les 60 % restantes, elles, ont déjà fait glisser la session de rattrapage de septembre à juin depuis quelques années. C'est le cas, par exemple, à l'université Bordeaux-IV où Jean-François, 20 ans vient d'être repêché de justesse lors de sa troisième année de droit. Le jeune homme se dit «satisfait» de disposer de tout son temps cet été. Il a déjà prévu d'effectuer un stage de deux mois dans un cabinet d'avocats. «Je n'aurais jamais pu réviser en même temps», explique-t-il. Même affirmation de la part de Thibaud, étudiant en histoire à Mulhouse qui préfère un rattrapage «avec la tête encore bien dans les programmes, en juin, plutôt que l'été où nous faisons tous des petits jobs».

La remise en cause de la session de septembre fait l'unanimité auprès des présidents d'université ou de la Fage, deuxième fédération étudiante. Dans un rapport du mois de juin commandé par Valérie Pécresse sur la rénovation de la licence, Bernard Dizambourg souligne que les établissements dénoncent la «faible efficience» de ce système : l'investissement leur paraît lourd alors que de nombreux inscrits, découragés, ne se présentent même pas à l'examen et que le taux de réussite est très faible. Mais certains étudiants y restent néanmoins attachés «au titre de la seconde chance». Olivier Audéoud, ancien président de l'université de Nanterre-Paris-X, a tenté, ces dernières années, de faire glisser le rattrapage au mois de juin dans sa fac. Sans résultat : «Cette université est hyperconservatrice. On ne peut rien toucher. Des étudiants m'ont parlé d'acquis sociaux en évoquant la session de septembre ! La force d'inertie est immense.» Pourtant, affirme-t-il, la session de septembre est «une curiosité : nos calendriers sont incompréhensibles pour des étudiants étrangers. Comment leur expliquer qu'ils doivent rester travailler tout l'été à Paris ?». L'Unef, premier syndicat étudiant, reste circonspect : les rattrapages qui se déroulent au cours du second semestre ou directement après les examens «ne permettent pas aux étudiants de bénéficier d'une seconde chance», assure Thierry Le Cras. Il ne se dit pas opposé à un examen en juin mais à condition que les étudiants aient le temps de le préparer pendant au moins un mois, «ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui», dit-il.

«Il n'y a pas de vraie réflexion»

Toujours dans sa logique de rénovation de la licence, Valérie Pécresse entend par ailleurs encourager la généralisation du contrôle continu dans les universités. Ce dernier n'a souvent de continu que le nom et se résume à un examen de fin d'année déguisé. Par ailleurs, les règles d'examen sont devenues illisibles et très différentes d'un établissement à l'autre. «L'évaluation s'apparente à une sanction. Il n'y a pas de vraie réflexion», souligne Thiébaut Weber, le président de la Fage. «Les évaluations doivent intervenir suffisamment tôt pour repérer les étudiants décrocheurs et leur offrir un soutien», confirme la ministre. Pour Bernard Dizambourg, «le contrôle continu devrait être la règle en licence». Et un dispositif de soutien devrait être accordé à ceux qui passent leur examen en juin. Tel est le souhait de Valérie Pécresse.

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