07.07.2009

Le G8 de L'Aquila à la merci d'un éventuel séisme et… de photos gênantes pour M. Berlusconi

Rome, correspondant

 Des policiers dans Coppito, un quartier de l'Aquila où seront hébergées les délégations du G8.

AP/ALESSANDRA TARANTINO

Des policiers dans Coppito, un quartier de l'Aquila où seront hébergées les délégations du G8.

D'où viendra le danger ? Du plus profond de la terre qui continue à trembler dans les Abruzzes ou de la presse anglaise qui s'apprêterait à publier des photos montrant Silvio Berlusconi en galante compagnie dans sa résidence de Sardaigne ? Dans le doute, le gouvernement italien s'active sur les deux fronts : assurer la sécurité des invités du G8 qui se tiendra, du mercredi 8 au vendredi 10 juillet, à L'Aquila et la réputation du président du conseil.

Manifestation contre l'extension de la base américaine de Dal Molin, en Italie, le 4 juillet.

De nouvelles secousses se sont produites ces derniers jours, faisant craindre une recrudescence de l'activité sismique jusqu'ici déclinante, après que le 6 avril un tremblement de terre a fait 300 morts et jeté 50 000 personnes hors de leurs foyers. L'une d'elle, d'une puissance de 4,1 degrés sur l'échelle de Richter, a eu son épicentre à un kilomètre de la caserne de la Guardia di Finanzia (gendarmerie financière) de Coppito, un quartier de l'Aquila où seront hébergées les délégations.

Construite selon les normes antisismiques, la caserne est réputée être l'édifice le plus sûr des Abruzzes. Il n'empêche : tout en continuant de multiplier les déclarations rassurantes, un plan B a toutefois été activé. En cas de secousse supérieure à 4 degrés pendant le sommet, les chefs d'Etat et leurs délégations seraient provisoirement abrités sous une tente, le temps que les techniciens vérifient la solidité de l'édifice où se dérouleront les travaux.

Le deuxième "front" est plus délicat pour M. Berlsuconi, qui présidera son troisième G8, un record. Pris dans la tourmente de scandales à répétition, il n'a trouvé d'autre parade que le démenti… préventif. Avant même que des photos embarrassantes soient publiées, il a dénoncé "un montage digital" et accusé la presse étrangère de se lancer "dans une campagne morbide".

CHAMBRES RÉSERVÉES À ROME

Entre ces deux écueils, la préparation du sommet avance. Les chefs d'Etat ont maintenu leur présence à Coppito (tout en tenant des chambres réservées dans les grands hôtels de Rome, au cas où…). Leur sécurité sera assurée par 9 000 militaires et policiers envoyés en renfort, des batteries antiaériennes, des patrouilles d'avions de chasse, et des missiles sol-air…

Un large périmètre aux abords de la caserne de Coppito est devenu "zone rouge". La sanctuarisation de la ville devrait, selon le gouvernement italien, décourager les actions des altermondialistes. Deux grandes manifestations sont prévues : l'une le 8 juin à Rome, l'autre à L'Aquila le 10. Les comités de citoyens qui défendent les intérêts des réfugiés ont fait savoir qu'ils ne s'y associeraient pas pour ne pas être "récupérés".

Un premier cortège a défilé, samedi, jour de l'indépendance des Etats-Unis, à Vicence, au nord de la Péninsule, pour dénoncer l'agrandissement d'une base militaire américaine. Il n'a rassemblé que 3 000 personnes et provoqué quelques échauffourées avec les forces de l'ordre. Cette agitation, sans commune mesure avec le G8 de Gênes, en 2001, où un manifestant avait trouvé la mort et plusieurs autres avaient été blessés par les forces de l'ordre, a été jugé suffisante par les autorités américaines pour conseiller à leurs ressortissant d'"être particulièrement vigilants" pendant la durée du sommet.

Mais le tremblement de terre reste la menace principale. Les journalistes japonais accrédités ont choisi, par sécurité, de s'installer dans la capitale italienne. Selon la presse anglaise, le premier ministre, Gordon Brown, a reçu des conseils sur la conduite à tenir en cas de séisme. Il pourra aussi compter sur l'une ou l'un des 300 hôtesses et stewards engagés pour guider les chefs d'Etat dans la caserne. "En cas de secousse, leur a expliqué Guido Bertaloso, commissaire du G8 et chef de la protection civile italienne, ce sera à vous, qui avez déjà vécu un tremblement de terre, de leur venir en aide. Eux ne sont pas habitués." Rassurant, non ?

Philippe Ridet

Article paru dans l'édition du 08.07.09.

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