19.08.2009
La Ligue du Nord s'en prend aux symboles de l'unité italienne
| 19.08.09 | 16h42 • Mis à jour le 19.08.09 | 17h08Rome, correspondant

Umberto Bossi, le fondateur de la Ligue du Nord.
Pour la Ligue du Nord, parti populiste et xénophobe allié de Silvio Berlusconi, le mois d'août n'est pas la morte-saison de la politique. Et Umberto Bossi, son président, fait feu de tout bois pour s'attirer les faveurs médiatiques. Lundi 17 août, le ministre de la réforme s'en est pris à l'hymne national italien dans lequel il voit le symbole de la prééminence de Rome, en soutenant que "personne n'(en) connaissait" les paroles.
Origine
Née en 1991 de la fusion de la Ligue lombarde et de la Ligue de Vénétie, la Ligue du Nord, dirigée par Umberto Bossi depuis sa création, est désormais le plus vieux parti politique italien.
Elus
Forte de 60 députés, 30 sénateurs, 4 ministres et 8 secrétaires d'Etat, elle a remporté plus de 8 % des suffrages aux élections générales d'avril 2008. En juin 2009, au scrutin européen, elle a obtenu plus de 10 % des voix (avec des pointes à plus de 30 % dans certaines villes), envoyant neuf députés à Strasbourg. Depuis les élections locales, elle dirige 13 provinces.
Objectifs
La Ligue du Nord compte devenir le premier parti en Lombardie et en Vénétie lors des élections régionales de 2011.
Cet hymne, Fratelli d'Italia, est régulièrement pris à parti par les sympathisants de la Ligue qui lui préfèrent Va Pensiero tiré du Nabucco, de Verdi. En 2008, à pareille époque, M. Bossi avait été autrement plus direct en pointant un doigt d'honneur au moment où le texte dû au poète Goffredo Mameli (1847) évoque l'Italie, "esclave de Rome".
Cette offensive d'août vise également la langue italienne et son drapeau. M. Bossi a soutenu que l'étude des "dialectes régionaux" devait être obligatoire à l'école. Il a aussi déclaré vouloir soumettre une proposition de loi permettant de joindre, lors des manifestations officielles, des oriflammes régionales au drapeau tricolore. Un autre poids lourd de la Ligue, le ministre de l'agriculture Luca Zaia, a exigé que la RAI, la chaîne de télévision publique, produise davantage de "fictions régionales".
Autrefois ouvertement autonomiste, la Ligue du Nord milite aujourd'hui pour une conception fédéraliste de l'Italie dans laquelle le Nord, riche et puissant, laisserait le Sud à son sous-développement endémique. La réforme dite du "fédéralisme fiscal" (chaque région ne pouvant dépenser plus que ce qu'elle gagne) est une étape sur ce chemin.
La Ligue veut également porter, à la rentrée, un projet plus radical encore. Roberto Calderoli, le ministre de la simplification, a évoqué l'idée de "salaires différenciés" selon les régions en vertu du fait que le coût de la vie dans l'Italie du Sud serait moindre que dans l'Italie septentrionale.
Pour faire passer ce message, dénoncé comme "séparatiste" par l'opposition et une bonne partie de la droite et du centre, tout est bon pour remettre en cause l'unité de l'Italie à travers ses symboles (l'hymne, le drapeau, la langue), pour mieux s'attaquer au principe de la solidarité nationale, comme si le fossé entre le Nord et le Sud était un état de fait dont il serait préférable de s'accommoder plutôt que de chercher à le combler. Encore problématique, l'unité italienne fêtera ses 150 ans en 2011.
POLITIQUE SÉCURITAIRE
"Nous devons considérer les déclarations de Bossi comme des messages d'amour à ses électeurs", a voulu minimiser M. Berlusconi. Selon le Corriere della Sera, il aurait toutefois confié son inquiétude : "Pour gagner 0,2 % en Lombardie, Bossi est prêt à faire perdre 2 % à toute la majorité." L'analyse est juste, mais le président du Conseil est-il en mesure de contrecarrer les desseins de son allié, qui a doublé son résultat aux élections européennes de juin et qui croît dans les sondages, en particulier dans l'électorat populaire ?
La première année de son troisième mandat de président du Conseil est marquée de nombreuses concessions à la Ligue. On retrouve sa marque dans le durcissement de la politique sécuritaire, au travers de la création des "rondes citoyennes" et de l'institution d'un délit d'immigration clandestine.
Par-dessus tout, elle a su imposer l'agenda politique. En préemptant, en plein mois d'août, les thèmes du débat de la rentrée, la Ligue prend date. "L'hymne ne nous intéresse pas, a précisé ensuite M. Bossi. Ce qui compte pour nous, ce sont les salaires territoriaux."
L'influence grandissante de la Ligue provoque un malaise dans les rangs du Parti de la liberté (PDL, droite), présidé par M. Berlusconi. "Nous devons être la force entraînante de la coalition", insiste le ministre de la défense, Ignazio La Russa, un des coordinateurs du PDL. Le danger pour ce parti mastodonte issu de la fusion de Forza Italia et de l'Alliance nationale, se situe en Lombardie et en Vénétie où, avec ces mots d'ordre quasiment séparatistes, la Ligue espère bien devenir le premier parti lors des élections régionales de 2011.
Article paru dans l'édition du 20.08.09.
17:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : italie, ligue du nord, bossi, berlusconi
















Commentaires
"populiste et xenophobe", ouais bof, j'aimerais bien que l'on s'occupe des problemes de burka avec autant d'efficacité que là bas. J'ai plutot l'impression que certains se dédouanent de leur inefficacité voir de leur connivence avec des associations islamistes locales en crachant sur ceux qui leurs donne des complexes.
Je pense evidement à des gens de droite ou de gauche que ce soit Martine Aubry (PS) ou encore Caroline Cayeux (UMP).
C'est pas en critiquant la droite italienne que la droite française pourra se dédouaner d'être devenue sociale-démocrate et incapable d'empecher les islamistes d'imposer des horaires dans les piscines (simple exemple, ne parlons pas du reste).
Concernant le régionalisme, l'Italie est un état régional qui diffère completement du modele centralisé français qui se décentralise depuis peu sous l'effet de l europe. ça n a donc pas grand chose à voir et toute comparaison avec la france est completement faussée
Ecrit par : Alexandre Gitakos | 21.08.2009
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