05.05.2009

Franck Riester, Benjamin aux dents longues

Portrait
Franck Riester, rapporteur du projet de loi Création et Internet.
JEAN-FRANÇOIS ROBERT POUR "LE MONDE"
Franck Riester, rapporteur du projet de loi Création et Internet.

Le 9 avril, à 13 h 15, Franck Riester a pris un coup de massue sur la tête. Par 21 voix contre 15, le projet de loi Création et Internet dont il est le rapporteur venait d'être rejeté à l'Assemblée nationale. Même s'il n'y était pas pour grand-chose, c'était un sacré revers pour ce jeune homme pressé. Sans attendre, le président du groupe, Jean-François Copé lui a dit de "remonter au créneau". Puis il lui a confié, en aparté, que, "les épreuves, ça sert à endurcir le cuir". Remis en discussion le 29 avril, le texte devrait, cette fois, être adopté.

1974
Naissance à Paris.

1995
Devient conseiller municipal de Coulommiers (Seine-et-Marne).

2000
Reprend l'entreprise familiale de concessions automobiles.

2007
Député de Seine-et-Marne.

2008
Maire de Coulommiers.

2009
Directeur de la campagne de l'UMP aux élections européennes.

9 avril 2009
Le projet de loi Création et Internet dont il est le rapporteur est rejeté à l'Assemblée nationale, puis remis en discussion.

Des traits fins, une belle gueule, un débit rapide qui trahit un esprit vif... Franck Riester, 35 ans, est un des benjamins de l'Assemblée nationale depuis qu'en juin 2007 il a été élu député (UMP) de Seine-et-Marne. Neuf mois plus tard, il était aussi devenu maire de Coulommiers (14 000 habitants). Deux mandats qu'il cumule avec la direction de l'entreprise familiale de véhicules automobiles : 7 concessions, 220 salariés.

Ses premières armes en politique, il les a faites sous la protection de Guy Drut, dont il a été le directeur de campagne, puis l'adjoint. Sous l'aile de l'ancien champion olympique, le jeune homme pressé aspire déjà à de plus hauts podiums. Chargé, pour l'heure, de rapporter sur le texte Internet, c'est à lui aussi que le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, a confié - avec la bénédiction de Nicolas Sarkozy - la direction de la campagne du parti présidentiel pour les élections européennes du 7 juin. S'il réussit, une place au gouvernement lui tend les bras. Une chance à saisir : "Je sais qu'on m'attend au tournant, mais je sais aussi que des occasions comme celles-là ne se représenteront pas deux fois."

Même s'il est tombé très tôt dans le chaudron de la politique - il a pris sa carte du RPR à 16 ans - la promotion a été rapide. Laissant sur son passage quelques rancunes tenaces. "Son deuxième prénom, c'est Brutus", lâche Guy Drut à propos de celui qui fut son plus proche collaborateur. "S'il a eu une ascension aussi fulgurante, c'est peut-être qu'il avait été à bonne école. C'est dommage qu'il l'ait oublié. Son tempérament a repris le dessus ; il m'a trahi."

Diable ! Derrière ce visage d'ange se dissimulerait un tueur ? Pendant une douzaine d'années, le député chiraquien et son jeune poulain ont fait équipe ; une relation forte, quasi filiale. "Le jour où j'arrêterai, je te mettrai le pied à l'étrier", avait assuré l'aîné à son protégé. "Au moment où ça s'est présenté, il n'a pas été au rendez-vous", observe ce dernier.

Retour avant les élections de 2007. La présidence de Jacques Chirac se termine. Le chef de l'Etat se rappelle au souvenir de l'élu de Seine-et-Marne, pour lequel il a pris, en mai 2006, une mesure d'amnistie après sa condamnation dans l'affaire des marchés publics d'Ile-de-France. Il lui demande comme une faveur de laisser son siège, dans cette circonscription, à la secrétaire générale adjointe de l'Elysée, Marie-Claire Carrère-Gée. Le député sortant s'exécute. Quand il informe son adjoint, Franck Riester "tombe des nues". "Tu comprends, j'ai une dette, se justifie-t-il. Je fais de la realpolitik, tu ne peux pas m'en vouloir. Tu n'as qu'à te battre."

"Alors je me suis battu", explique celui qui, jusque-là, était resté dans l'ombre de son mentor. Il fait le tour des responsables politiques de la fédération - Jean-François Copé et Christian Jacob -, fait campagne auprès des militants UMP et annonce qu'il sera candidat à la candidature. "J'avais le soutien de 43 maires de la circonscription sur 65, raconte M. Riester. Je suis allé voir Mme Carrère-Gée à l'Elysée pour lui dire qu'elle ferait mieux d'éviter une primaire. "Mais j'ai le soutien de Jacques (Chirac) et Nicolas (Sarkozy)", m'a-t-elle dit. Ce n'est pas eux qui vont faire l'élection, je lui ai répondu." Un mois plus tard, elle retire sa candidature. "J'avais une grosse pression. Quand on fout le bordel comme ça, on a intérêt à assurer." Il recueille 48,6 % des voix au premier tour ; il est élu au second.

Dans cette campagne, il s'est gagné un nouveau protecteur. Jean-François Copé, lui aussi élu de Seine-et-Marne et maire de la ville voisine de Meaux, n'a pas tardé à repérer ce jeune talent prometteur, fonceur et ambitieux. Devenu président du groupe UMP de l'Assemblée, il encourage la constitution d'une jeune garde : un vivier de nouveaux élus qu'il n'hésite pas à mettre à contribution. Franck Riester en fait partie, et se spécialise sur les questions de nouvelles technologies et d'audiovisuel. Le projet de loi sur Internet est un dossier suivi "de très près" par le patron des députés de la majorité, comme tous les sujets en lien avec les milieux de la culture et des médias, c'est-à-dire des relais d'opinion décisifs à l'heure des grandes confrontations. "Ce n'est pas un hasard si j'y ai mis Riester", confie-t-il, laissant entendre que celui-ci a toute sa confiance.

L'intéressé prend garde, cependant, à ne pas se laisser enfermer dans une image de "copéiste" pur sucre. "Jean-François Copé me délègue des responsabilités, mais je suis anti-écuries, assure-t-il. Je suis quelqu'un de libre. Quand on est libre, on a plus de chances d'être acteur.""Je suis derrière le président de la République, je suis derrière le président du groupe, je suis derrière le gouvernement", lâche-t-il en langue de bois. Une manière, aussi, de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier.

Le choix, arrêté fin janvier au conseil national de l'UMP, de lui confier la campagne des européennes ne relève pas plus du hasard. L'Elysée garde un oeil vigilant sur le groupe parlementaire, dont il ne tient pas à ce qu'il devienne une machine de guerre au service des ambitions de Jean-François Copé. En piochant la carte Riester, Nicolas Sarkozy espère l'enrôler dans son jeu. C'est aussi cela, la petite guéguerre quotidienne que se livrent à distance le patron des députés UMP et le secrétaire général du parti sarkozyste, Xavier Bertrand.

Ce dernier se défend de toute intention maligne, avec un sourire qui en dit long. "Cela montre que je suis ouvert, et même très ouvert", plaisante-t-il, sans cacher la satisfaction que lui procure cette belle prise. "Quand j'ai vu l'envie de Franck, à quel point il voulait s'impliquer, je me suis dit qu'il avait le profil", glisse simplement celui à qui le chef de l'Etat a remis les clés du parti.

Franck Riester, lui, aborde ce nouveau tournant avec un art consommé de la diplomatie. "Ce n'est de l'intérêt de personne de jouer Copé contre Bertrand, prévient celui qui coordonnera l'équipe et la stratégie de l'UMP pour les européennes. Mon rôle, en tant que directeur de campagne, est plutôt de mettre de l'huile dans les rouages que de l'huile sur le feu." S'il y parvient, il aura gagné le droit de viser plus haut. A condition de ne pas s'y brûler les ailes.

Patrick Roger

Article paru dans l'édition du 06.05.09.

Sarkozy entre de plein pied dans la campagne européenne

logo.gifCharles Jaigu 04/05/2009 | Mise à jour : 21:42 |

Mardi soir à Nîmes, Nicolas Sarkozy développera la conception d'une Europe «qui protège» contre la mondialisation (ici lundi à l'Élysée, lors du 90 e anniversaire de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge).
Mardi soir à Nîmes, Nicolas Sarkozy développera la conception d'une Europe «qui protège» contre la mondialisation (ici lundi à l'Élysée, lors du 90 e anniversaire de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge).

À Nîmes pour un meeting mardi, le chef de l'État compte défendre son volontarisme européen.

Comment redonner des couleurs au débat anémié sur l'Europe ? À près d'un mois des élections européennes, le 7 juin, Nicolas Sarkozy doit relever ce défi, quand son propre camp peine à donner le ton. Il sera donc mardi soir à Nîmes pour livrer sa vision de «l'Europe d'après». Le chef de l'État sait aussi qu'il n'a pas intérêt à ne pas engager sa majorité dans la campagne politique qui s'annonce. «Les européennes de 2004 ont cumulé le record d'abstention et le vote sanction pour la majorité», explique-t-on dans l'entourage présidentiel en réponse à ceux qui laissent entendre que l'Élysée pourrait se contenter d'une non-campagne.

Les sondages qui donnent l'UMP en tête seraient une bonne raison, selon certains, pour se retrancher derrière cette «ligne Maginot», pendant que chacun mène sa «drôle de campagne». Le dernier sondage Ipsos pour Le Point, qui donne 27 % à l'UMP, indique d'ailleurs que «le taux de mobilisation de l'électorat de droite a rejoint celui de la gauche», selon un sondeur. «Sans doute la grève des enseignants-chercheurs aide-t-elle à remobiliser son électorat contre la chienlit», note au passage un conseiller élyséen.

Nicolas Sarkozy doit emmèner mardi Michel Barnier dans l'avion. Il veut régler avec l'animateur national de la campagne les derniers ajustements attendus avant l'annonce des listes complètes de l'UMP. Car si les têtes de liste de la majorité sont connues depuis le 24 janvier, l'UMP a en revanche perdu depuis tout le bénéfice de l'impulsion qui avait été donnée à l'époque, quand le souvenir de la présidence européenne était encore dans les têtes.

Michel Barnier se trouve lui-même dans une situation difficile. Il avait demandé à quitter le ministère de l'Agriculture début mai pour se consacrer pleinement à la campagne, mais, crise des pêcheurs oblige, il devra mener de conserve les deux tâches. Même s'il affirme qu'il peut «faire campagne le week-end et le soir». Reste au chef de l'État à donner le ton et porter la campagne sur ses épaules… Ce qu'il va s'efforcer de faire mardi soir, à Nîmes. Quatre mille personnes sont attendues pour l'écouter revenir sur les succès de la présidence française et tracer les perspectives de l'Europe de demain.

 

Défendre l'Europe agissante

Le 9 mai 2006, Nicolas Sarkozy avait prononcé le deuxième discours de sa campagne présidentielle sur le thème de «La France éternelle». Cette fois, il ajoutera, au côté du drapeau tricolore, le drapeau étoilé de l'Europe des Vingt-Sept. Il devrait appeler au «retour de la politique en Europe», sur le modèle de ce qu'elle a su faire en 2008. Et défendre l'Europe agissante, en reprenant ses positions classiques, notamment contre l'entrée de la Turquie. La question turque a semblé un instant revenir dans le débat politique après la déclaration de Barack Obama en faveur de son intégration dans l'Union européenne, le 4 avril dernier, à Prague. Mais elle n'a pas depuis rallumé les passions.

C'est toute la difficulté d'un discours mobilisateur sur l'Europe. L'Élysée ne s'en étonne pas. «L'Europe a disparu du paysage avec la présidence tchèque», glisse un collaborateur du chef de l'État. Car, pour que l'Europe avance, il lui faut un leadership fort, or l'actuel traité de Nice ne le lui permet pas. La non-ratification du traité de Lisbonne ôte également au Parlement européen l'occasion de proclamer ses nouveaux pouvoirs, et elle reporte à plus tard la nomination d'un président du conseil pour deux ans et demi.

L'Élysée souligne que l'autre raison du désintérêt des Français pour la campagne européenne tient aux huit circonscriptions décentralisées : «Le nouveau système détruit les campagnes nationales sans favoriser les vraies campagnes locales», résume Henri Guaino, la plume du président pour le discours de ce soir. Mardi soir, le chef de l'État devra remonter le courant pour convaincre qu'on ne peut pas «changer la France sans changer l'Europe».

Valérie Pécresse pour le Grand Paris

 

 

03.05.2009

Barnier ne quitterait le gouvernement qu'après les Européennes, d'après Guéant

Michel Barnier, ministre de l'Agriculture et candidat aux européennes, le 29 avrli 2009 à l'Elysée

PARIS afp_logo.gif— Michel Barnier, ministre de l'Agriculture et coordonnateur de la campagne de l'UMP pour les élections européennes ne devrait finalement quitter le gouvernement qu'après ce scrutin, a indiqué dimanche le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant.

"Cela avait été envisagé, ce n'est pas pour l'instant à l'ordre du jour", a déclaré M. Guéant au "Forum" radio J, alors que M. Barnier avait initialement indiqué qu'il quitterait le gouvernement début mai pour se consacrer à la campagne.

A la question de savoir si ce départ du gouvernement se ferait finalement après le scrutin du 7 juin, M. Guéant a répondu: "Plutôt oui, je le crois. Aujourd'hui c'est ce qui est prévu".

Michel Barnier avait laissé entendre ces derniers jours que son départ pourrait être retardé, soulignant que le mandat d'un ministre était "à disposition" du chef de l'Etat.

M. Guéant a assuré que M. Barnier avait noué avec le monde agricole et de la pêche "une relation très confiante" et estimé qu'il était "le mieux placé pour poursuivre le dialogue".

Il a par ailleurs estimé que M. Barnier "pourrait" redevenir commissaire européen. "Michel Barnier s'est distingué déjà comme commissaire européen. Ca pourrait être le cas, on verra", a-t-il dit.

Enfin, le bras droit du président Nicolas Sarkozy s'est refusé à "faire de spéculations sur la composition du futur gouvernement", assurant "ne pas savoir quelle sera l'ampleur" du remaniement.

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L'épouse de Silvio Berlusconi demande le divorce

Lefigaro.fr (avec AFP) 03/05/2009 | Mise à jour : 12:42

Crédits photo : AP

Veronica Lario est excédée par le comportement de son mari. Celui-ci, après avoir inclut des starlettes sur ses listes électorales pour les européennes, a également participé à l'anniversaire des 18 ans d'une jeune femme. «Je ne peux pas rester avec un homme qui fréquente des mineures» confie-t-elle.

Veronica Lario, l'épouse du chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi, a décidé de demander le divorce, excédée après 30 ans de mariage du comportement de son mari envers sa propre famille mais aussi envers les belles jeunes femmes, écrit dimanche la presse.

"La décision de Veronica: adieu à Silvio", écrit à la Une La Stampa, le quotidien du groupe Fiat. «Veronica, adieu à Silvio: +j'ai décidé, je demande le divorce+», titre en première page la Repubblica, un quotidien de gauche, les deux journaux citant des «amies et des proches».

Les deux quotidiens affirment aussi que Veronica Lario a déjà contacté une avocate de confiance et donné des instructions pour que la procédure de divorce débute le plus rapidement possible.

Il y a trois jours seulement Veronica Lario avait déjà durement attaqué Silvio Berlusconi pour son intention d'inclure des starlettes sur les listes électorales de son parti pour les européennes de juin, obligeant le chef du gouvernement à faire marche arrière.

Il semble cependant que la goutte qui a fait débordé le vase est la participation, il y a une semaine, de Silvio Berlusconi à la fête donnée pour le 18e anniversaire d'une belle jeune fille blonde à Naples, alors qu'il n'a jamais assisté à ceux de ses enfants, selon Veronica Lario.

»Mon mariage est terminé. Je ne peux pas rester avec un homme qui fréquente des mineures», a dit Veronica Lario à une de ses amies, selon la Repubblica.

»Lire dans les journaux qu'il fréquente une mineure, car il la connaissait avant qu'elle n'ait 18 ans, lire qu'elle l'appelle +papy+ et qu'elle parle de leurs rencontres à Rome et Milan, cela était franchement inacceptable. Comment peut-on rester avec un homme pareil», écrit pour sa part La Stampa citant aussi des amies de Veronica Lario.

Silvio Berlusconi et Veronica Lario se sont rencontrés en 1980 et se sont mariés civilement 10 ans plus tard, le chef du gouvernement étant divorcé.

Ils ont trois enfants: Barbara, 24 ans, Eleonora, 22 ans et Luigi 20 ans.

Veronica Lario, qui n'est quasiment jamais présente aux côtés de son mari, l'avait déjà attaqué il y a deux ans pour ses compliments en public à une jolie femme, en adressant une lettre ouverte à la presse.

Université «pas de validation automatique des semestres »

logo.gifL.D. (lefigaro.fr) avec AFP 03/05/2009 | Mise à jour : 12:29


Dans une interview au Journal du Dimanche, face au risque de voir les examens universitaires perturbée par le mouvement des enseignants-chercheurs, Valérie Pécresse juge que son rôle est de « permettre aux étudiants de rattraper les cours et de passer les épreuves »

Alors que 20 facs sont toujours perturbées par le mouvement des enseignants-chercheurs, et que la tenue des examens pourrait être compromise, la ministre de l'Enseignement supérieur affirme dans un entretien au Journal du dimanche qu'il n'est « pas question de valider automatiquement des semestres alors que les enseignements n'auraient pas été délivrés normalement ». « Je suis garante des diplômes » insiste-t-elle.

« J'espère que la volonté de plus en plus partagée de reprendre les cours et d'organiser les examens dans de bonnes conditions va l'emporter », confie-t-elle. La ministre souligne que son rôle est « de protéger les étudiants, de leur permettre de rattraper les cours et de passer les épreuves ».

Selon elle, si étudiants et professeurs rattrapent les cours « dès maintenant », « on pourra passer les examens avant l'été ». « Une trentaine d'universités ont d'ores et déjà démarré les rattrapages », assure Valérie Pécresse, qui « refuse de se projeter dans le scénario du pire », à savoir l'impossibilité de passer les examens avant l'été.

 

Ronde des «obstinés» : 1000 heures de marche

Concernant des appels au boycott du jury du bac lancé par des universitaires, ils sont résolument contraires aux valeurs de l'université», condamne Valérie Pécresse. La ministre espère que le mouvement ne se poursuivra pas après l'été. : «On ne résoudra pas la crise en prenant les étudiants en otage».

Et de rappeler que le gouvernement a «apporté des réponses» à toutes les interrogations qui ont été à l'origine du mouvement». «Le statut sur les enseignants chercheurs a été réinscrit, les emplois seront maintenus en 2010-2011, et une commission de concertation a été mise en place pour repenser, avec les syndicats, la formation des enseignants,» détaille la ministre.

Dans une autre interview au JDD, la secrétaire perpétuelle de l'Académie française, Hélène Carrère d'Encausse, tire la sonnette d'alarme et parle d'une génération sacrifiée» à cause des mouvements dans les fac. «Les étrangers ne viendront plus en France. Cela peut être un coup mortel porté à notre modèle universitaire».

Dans la nuit de dimanche à lundi, la marche permanente lancée par les enseignants de l'université Paris VIII pour amener le gouvernement à retirer ses réformes va effectuer sa 1.001 ième heure de marche. Un chiffre symbolique, qui montre combien la «Ronde infinie des obstinés» porte bien son nom.

A cette occasion, la Mairie de Paris a mis à disposition de la ronde, qui tourne sur le parvis de l'Hôtel de ville depuis le 23 mars, une scène sur laquelle se produiront plusieurs concerts et chorégraphies de dimanche midi à dimanche minuit. Les enseignants-chercheurs y participant pointent l'« irresponsabilité totale du gouvernement à maintenir ces réformes ».

01.05.2009

Imaginer, investir, construire

« Remettons le Grand Paris au cœur de la croissance verte, de l’attractivité, de la relance économique » a affirmé Nicolas Sarkozy hier après-midi, à la Cité de l’architecture.

Imaginons la ville de l’après-crise. Dynamisme économique et bassins d’emplois bien desservis, mobilité propre et rapide, logement durable et entouré d’espaces verts. Nous sommes encore loin du compte pour Paris et ses communes avoisinantes. Et pourtant. L’Ile-de-France est la première région européenne en terme de PIB.

Le Président de la République ne se trompe pas de combat : notre premier adversaire aujourd’hui, c’est la crise. C’est le moment d’avoir de l’ambition, et une vision, pour construire notre monde d’après. Le retour d’une politique de grands projets, qui fait le pari de l’excellence par la relance, est un soulagement. Il était plus que temps de dépasser les clivages politiques et territoriaux, entre périphérie et couronne, Paris et banlieues, pour repenser à grande échelle le rôle et la place de notre région, en France, en Europe, dans le monde.

« Paris est une ville-monde, notre région-capitale est une économie-monde » a rappelé Nicolas Sarkozy. Nous devons lui donner les moyens de le rester à l’avenir, en investissant au plus près pour rayonner au plus loin. Dans cette dynamique, la réponse des collectivités, de la Région, de l’Etat et de l’Europe vont ensemble : pour inscrire notre région dans les grands axes économiques européens, de Londres à Milan, de Madrid à Berlin ; pour relier ses pôles de compétitivité et grandes polarités urbaines aux aéroports ; pour bâtir la ville de l’après-Kyoto, plus propre, mieux maillée, mieux aménagée, proposant des logements durables… Pour tous ces défis, l’Europe a sa part. C’est tout le sens du projet européen sur lequel nous avons travaillé avec Rachida Dati : remettre l’Ile-de-France en tête des régions européennes. La tirer vers l’excellence. Nos propositions s’inscrivent, à leur niveau, dans le projet visionnaire du Président de la République.

Dès la semaine prochaine, je me rendrai Gare du Nord et Gare de l’Est, pour évoquer le projet « Portes d’Europe » qui reliant directement le centre de Paris à Roissy-Charles de Gaulle , en ferait le premier hub européen de transit de voyageurs. D’autres déplacements suivront, sur le cadre de vie et l’habitat durable, sur l’attractivité de la Défense, sur l’écocroissance à Saclay, sur le développement solidaire à Montfermeil

Michel Barnier
Ministre de l'Agriculture et de la Pêche
Tête de liste UMP en Ile-De-France pour les Européennes 2009

30.04.2009

Bénabar ne passe pas incognito

Propos recueillis par Emmanuèle Frois et Olivier Nuc 29/04/2009 | Mise à jour : 14:09 |
Bénabar interprète une rock star à la française. (Pathé Distribution)
Bénabar interprète une rock star à la française. (Pathé Distribution)

Avec Incognito, l'auteur-compositeur interprète prouve qu'il sait également jouer la comédie. Détendu et joyeux, Bénabar nous reçoit un dimanche après-midi à l'heure du thé pour une conversation ponctuée de rires.

«Incognito », Comédie d'Eric Lavaine avec Bénabar, Franck Dubosc, Jocelyn Quivrin. Durée : 1h34.

LE FIGARO : Vous vous étiez juré de ne jamais interpréter un chanteur au cinéma pour vos débuts à l'écran. Qu'est-ce qui vous a pris ?

BENABAR : C'est du masochisme ! (rires) parce que, travailler avec Eric Lavaine, c'est devoir supporter ses très mauvaises blagues sur un plateau ! (rires). J'avais collaboré à l'écriture du scénario d'Incognito et je tenais vraiment à participer au film. Cela n'avait rien d'un caprice, c'était plutôt de l'ordre de l'affectif. Je comprenais ce qui arrivait à Lucas, le conflit vécu par ce personnage qui est un imposteur puisqu'il a piqué les chansons d'un copain qu'il croyait mort. Je me suis mis en pole position et Eric a accepté ! Le sentiment d'imposture m'intéresse en tant que chanteur même si je n'ai jamais volé un texte de ma vie !

Pas même un petit vers ?

Non, j'ai volé des sacs (rires), tué des vieilles dames (rires) mais jamais encore piqué des paroles ! (rires). En revanche, quand on a du succès, on se dit bien sûr que c'est grâce à son travail, à son acharnement, à son ambition, mais qu'il existe également une part d'heureuse circonstance. Sans m'auto-flageller, je pense régulièrement que je ne mérite pas ce qui m'arrive et que je suis un imposteur ! Ce qui est d'ailleurs assez sain.

Le film parle également d'inspiration. Dans une de vos répliques, votre personnage dit : « C'est dur d'écrire une chanson… Les Nougaro, les Brassens, les Aznavour ils ont choppé tous les bons thèmes : l'amour, l'amitié, le temps qui passe… Il me reste quoi ? L'acné, le karting, les stores électriques ? ». Vous le pensez ?

Oui et c'est moi qui en suis l'auteur ! Mais cela ne me pose aucun problème. J'ai depuis longtemps déjà accepté l'idée qu'on ne fait jamais que du recyclage !

Vous vous moquez également de Bénabar chanteur et de ce qu'on a appelé la « nouvelle chanson française » lorsque Lucas s'essaye, en vain, à l'écriture avec des paroles telles que, « j'ai cassé mon vélib en allant à la brocante » !

C'était un passage obligé ! Je me suis également éclaté à faire des « à la manière de » en entrant dans les univers d'Alain Bashung, d'Alain Souchon, de Renaud, de Manu Chao, des altermondialistes…

Musicalement et physiquement, le personnage de Lucas, ressemble à Nicola Sirkis d'Indochine, un chanteur populaire qui fait de la pop-rock accessible. Conscient ou inconscient ?

C'était la volonté d'Eric Lavaine de m'écarter le plus possible de ce que je représente en tant que chanteur. On a imaginé un rock très FM, consensuel. Et puis surtout on ne souhaitait pas être dans la caricature en se moquant, en s'attaquant à un style de musique en particulier. La partie chanson devait être la plus lisse et crédible possible parce que le film traite finalement de la célébrité. Pour l'anecdote, il y a des gens très gentils qui ont réussi à me vexer en me disant que j'étais plus crédible dans la peau du contrôleur de bus que dans celle d'un rockeur ! Je n'ai pas vraiment apprécié (rires). Quant à Eric Lavaine il a voulu que je maigrisse de six kilos avant le tournage du film parce qu'il trouvait que j'avais un côté Jean-Marie Meissier, trop premier de la classe ! Et il n'avait pas tort !

Vous avez aussi changé de chaussettes ?

Pas nécessaire ! (rires)

Différence entre jeu musical en concert et jeu devant la caméra ?

C'est cousin. Même s'il y a des similitudes dans le fait d'interpréter avec son corps, sa voix, son image, c'est malgré tout un autre exercice. J'ai eu une coach qui m'a aidé à retirer toutes les scories de l'acteur débutant. Mais je me doute bien qu'il doit sûrement rester des maladresses, des approximations dans mon jeu… Après les moments forts d'un concert, on se retrouve avec les musiciens dans un Magic Mirror à boire des coups avec les musiciens, le boulot est déterminé. Quant on est acteur, on est toujours dans la frustration, on est interrompu, on fait des bouts de séquence, on ne comprend pas trop où ça va et on a le résultat au mieux un an après ! Cela rend très fragile, vulnérable.

Le trio Franck Dubosc-Jocelyn Quivrin-Bénabar fonctionne à merveille.

J'étais le clown blanc, donc on ne jouait pas sur le même terrain. Ils m'ont aidé, soutenu en ne discutant pas ma position d'acteur. Heureusement que je n'étais pas face à de vieux acteur pervers qui m'auraient fait vivre l'enfer et bizuté méchamment ! (rires) La technique, fatalement, on ne la connait pas au début.

Il y a finalement assez peu d'exemples de réussite de chanteurs qui sont devenus de grands acteurs. Pour vous, quels sont ceux qui sont passés de l'autre côté avec succès ?

Le plus crédible pour moi, c'est évidemment Serge Reggiani qui a eu deux carrières sublimes parsemées de chefs d'oeuvre. Et je suis plus fan du Montand acteur avec César et Rosalie que du Montand chanteur qui fait des claquettes. Plus récemment il y a les Marc Lavoine ou les Patrick Bruel qui sont bons dans les deux domaines. Mais cela n'a rien de mécanique ou de systématique.

Est-ce grâce à votre père producteur de cinéma que vous avez pris goût au septième art ?

Oui, vers 18 ans, mon père m'a incrusté sur des tournages ! J'ai été régisseur stagiaire, puis régisseur adjoint, ensuite deuxième assistant à la réalisation. J'adore ces coulisses, très nobles, du cinéma. L'écriture de scénarios m'a occupé pendant une dizaine d'années avant de basculer définitivement dans la chanson.

Dans votre adolescence vous n'aviez pas le fantasme d'être acteur ou chanteur. Et aujourd'hui vous êtes les deux. Etonnant, non ?

Je n'ai jamais eu la vocation ! Mon moteur, c'était d'écrire des histoires et de les raconter. J'ai même écrit une pièce de théâtre, très sociale, qui, rassurez-vous est toujours au fond d'un tiroir (rires). Ensuite, j'ai été animé par des sentiments plus souterrains et inavouables comme l'ambition d'être célèbre, le désir de reconnaissance…

J'ai réalisé trois courts-métrages. Mais c'est finalement l'aventure humaine, le bonheur d'être entouré d'une équipe de copains qui ont été plus importants que le résultat.

Vous avez pourtant reçu le prix Georges de Beauregard pour votre second court-métrage. Pourquoi n'avoir pas continué dans la réalisation ?

C'était une récompense en effet très encourageante. Mais mon troisième court-métrage était particulièrement raté. Je crois que je n'avais pas le souffle pour réaliser un film d'une heure trente. Certains sont plus doués pour écrire des romans plutôt que des nouvelles. Et bien moi, j'ai le souffle court et c'est pour cela que je fais des chansons de quatre minutes ! (rires).

Qu'avez-vous retenu de votre expérience de dialoguiste sur des séries télés telles que « H » sous la direction de votre ami Eric Lavaine ?

C'était plus un boulot de gagman que de scénariste. Il fallait trouver des gags immédiats, écrits à la grenade et pas dans la nuance ! Et si les acteurs ne riaient pas en les lisant, on les jetait et on recommençait. Au début c'est un peu dur pour l'humilité, mais au final cela permet d'avoir du recul sur son travail. Mais je suis convaincu que cela m'a servi dans l'écriture en général. Je peux mettre des chansons à la poubelle, sans aucun état d'âme, ni regret.

Cet exercice là, c'est une leçon pour calmer son ego ?

Cela aide surtout à avancer plus vite. Un gain de temps inouï. Je n'ai jamais été dans un délire romantique, celui de vouloir brûler mes chansons parce que mes couplets n'étaient pas suffisamment bons pour les offrir au monde ou bien parce qu'ils devaient être respectés à la virgule près. Je me situe dans une voie médiane. J'ai une vision simple, pragmatique sur ma propre écriture, mon travail. Cela correspond bien à mon style de chanson direct, classique.

Est-ce que vous recevez beaucoup de scénarios ?

Surtout des histoires de copains bobos qui vivent dans le XXème, plus que celles de mecs déglingués ! (rires). Mais depuis que j'ai joué dans Incognito je n'en reçois plus aucun. C'est mauvais signe, non ? (éclats de rire)

Finalement quel cinéma vous fait vibrer ?

Les films d'action avec courses-poursuites. Je peux aller voir Transformers et le louer six mois après au video-club ! Je n'en suis pas fier mais je suis bien obligé de l'admettre. Mais j'aime bien aussi le cinéma français, celui des François Ozon, Nicole Garcia, Pierre Jolivet, Christophe Honoré… Et je ne suis pas réfractaire au cinéma dit « chiant », du genre un couple enfermé dans une chambre. En revanche, le cinéma dit « populaire », avec deux stars sur une affiche et un scénario écrit dans un taxi avant d'arriver, ça c'est vraiment bidon.

Vous avez beaucoup évoqué dans vos albums les préoccupations des trentenaires. Vous aurez 40 ans le 16 juin prochain. Quels souhaits pour votre anniversaire ?

Etre moins nombriliste et grandir un peu en bougeant, en voyageant…

La bande-annonce :

 

 

«Je pars pour protéger la Société générale»

logo.gifPropos recueillis par Bertille Bayart et Gaëtan de Capèle 29/04/2009 | Mise à jour : 10:51


Daniel Bouton.
Daniel Bouton. Crédits photo : Le Figaro

INTERVIEW EXCLUSIVE - Le PDG de la Société générale de 1997 à 2008, président de conseil depuis un an, Daniel Bouton a choisi de démissionner. Il explique cette difficile décision dans un entretien au Figaro.

LE FIGARO. - Pourquoi avez-vous décidé, aujourd'hui, de démissionner de la présidence de la Société générale ?

Daniel BOUTON. - J'ai effectivement remis ma démission. Le conseil d'administration élira le 6 mai prochain un nouveau président. Je me suis en fait régulièrement posé la question de mon départ depuis l'affaire Kerviel, en janvier 2008. À l'époque, j'avais présenté ma démission au conseil, qui l'avait refusée. Il avait été décidé que je conduirais l'augmentation de capital, qui a été un succès malgré les circonstances. Puis, en mai 2008, un nouveau directeur général a été nommé, Frédéric Oudéa, tandis que j'ai conservé la présidence dans le but de créer les conditions d'une transition harmonieuse. Or, Frédéric s'avère être un directeur général de grande qualité. Je suis donc aujourd'hui certain que je peux partir en laissant la Société générale entre de très bonnes mains.

Mais vous partez cependant aussi sous la pression des attaques régulières dont vous avez fait l'objet depuis quinze mois…

Je fais le choix de m'en aller maintenant pour protéger la banque. Je suis devenu la cible d'attaques incessantes qui finissent par nuire à cette entreprise à laquelle je suis très attaché. Comme tout dirigeant, j'ai ­certainement commis des erreurs et j'ai pu être maladroit, je le reconnais. Mais les critiques dont je suis la cible me sont devenues insupportables et il faut pour la banque ramener la sérénité. Si mon départ peut y contribuer, tant mieux.

Comment avez-vous vécu les critiques venues de la classe politique ?
Il faut distinguer deux périodes. Pour la première, consécutive à la fraude Kerviel, je préfère ne pas faire de commentaires… Pour ce qui s'est passé depuis la catastrophe Lehman Brothers en septembre dernier, je crois surtout qu'il est indispensable que banques et pouvoirs publics travaillent main dans la main. En France, heureusement, le système continue de fonctionner correctement : les banques financent effectivement l'économie, sans rupture brutale du crédit, et en bonne collaboration avec René Ricol et ses équipes. C'est cela qui important. Et c'est d'ailleurs à cela que je travaille, passionnément, depuis plusieurs mois.Alors, oui, les critiques contre les banques me semblent malvenues. Même si nous avons commis des erreurs. Et même si je comprends combien la tentation du bouc émissaire peut être forte en période de crise aiguë, comme celle que nous traversons.

Comment expliquez-vous que la Société générale ait été plus particulièrement visée ?
Il existe clairement une hypersensibilité depuis l'affaire Kerviel. Et je regrette de n'avoir pas su mieux convaincre l'opinion, notamment les jeunes sur Internet, qu'il ne s'agissait de rien d'autre que d'une vulgaire fraude commise par un dissimulateur de grand talent qui a mis en risque des dizaines de milliards d'euros.

Mais il n'y a pas eu que cela. Plus récemment, ce sont les stock-options des dirigeants - les vôtres - qui ont défrayé la chronique…
J'ai fait une erreur : celle de ne pas avoir refusé ce plan de stock-options. Le comble étant que les options sont à mon sens les instruments les mieux adaptés à la situation actuelle : elles permettent d'associer, sans trop grever les coûts de l'entreprise, des milliers de personnes à la traversée de la tempête. D'autres banques de la place avaient d'ailleurs fait ce même choix.

Lors de ces différents épisodes, avez-vous, vous et la banque, été soutenus, par vos pairs, par la place, mais aussi par vos concurrents ? Ou ceux-ci ont-ils été tentés de profiter de la situation ?
De façon constante, j'ai connu le soutien exceptionnel de milliers de collaborateurs de la Société générale. Je les en remercie profondément. Cela a été, à titre personnel, extrêmement important. Cela prouve aussi combien la cohésion des salariés dans cette banque est puissante.Quant à ce qui relève de la place, il faut distinguer les époques. Dans la foulée immédiate de l'affaire Kerviel, quand la survie de la Société générale aurait pu être menacée, la solidarité a été sans faille. L'ensemble des banques internationales a reconnu l'extrême résistance de la Société générale face à un sinistre de cette ampleur.Ensuite, au printemps 2008, certains ont pu espérer un découpage, ou même la disparition de notre banque… Enfin, depuis septembre dernier, il existe une très forte unité de vues entre banques françaises quant à la façon d'affronter collectivement la crise.

Vous avez évoqué les erreurs des banquiers. Quelles sont-elles ?
Nous n'allons pas refaire aujourd'hui l'histoire de la crise. Je ne citerai donc que deux exemples. D'abord, le subprime. Début 2007, la plupart des banques dans le monde, et leurs autorités de tutelle, avaient conscience que le cycle du crédit touchait à sa fin. Mais nous n'avons pas vu cette béance dans le système, et dans sa régulation, qu'était la capacité offerte à n'importe quel établissement aux États-Unis de distribuer des crédits hypothécaires à n'importe qui. Ensuite, à la Société générale et ailleurs, nous utilisions des systèmes de mesure du risque extrêmement sophistiqués mais viciés par une erreur conceptuelle : ils n'intégraient pas l'hypothèse d'une crise de liquidité à grande échelle comme nous l'avons connue.

Comprenez-vous les mesures d'encadrement des rémunérations des banquiers et de réforme de celles des opérateurs de marché qui ont été décidées au niveau politique ?
S'agissant des dirigeants, nous sommes manifestement engagés dans une chasse aux symboles. Pour ce qui concerne les opérateurs de marché, la réforme me paraît d'autant plus valide qu'à la Société générale j'avais moi-même demandé, dans la rémunération des cadres supérieurs, la prise en compte d'éléments de risque et l'éta­lement des paiements. Nous étions l'une des deux banques dans le monde à avoir un tel ­système, que nous devons désormais élargir à davantage de collaborateurs.

Craignez-vous que l'on aille trop loin dans la remise en cause du secteur financier ?
Ce qui a été fait depuis dix ou quinze ans ne doit pas être piétiné. De formidables opportunités de développement ont été créées pour l'économie mondiale. La croissance, pendant cette période, a permis la création d'une classe moyenne dans beaucoup de pays. Le risque, aujourd'hui, c'est que ce mouvement s'interrompe. La crise actuelle signifie que, chaque jour, 100 000 emplois sont détruits dans les pays émergents. Le vrai danger est là. Et notre devoir, c'est de nous assurer que ne se produira pas un retour aux protectionnismes, un retour à un monde où les hommes, les biens et les flux financiers ne circuleraient plus.

Quel bilan, rapide, faites-vous de vos années Société générale ?
Celui, justement, d'avoir participé à ce développement, de l'avoir accompagné en soutenant et finançant nos clients français et étrangers. Certains pays connaissent aujourd'hui des difficultés. Mais j'ai une grande confiance dans leur capacité à retrouver, sitôt les palliatifs à la crise mis en place, le chemin d'une croissance plus forte que dans les pays développés. La stratégie de la Société générale a été d'investir sur ces nouveaux marchés les bénéfices réalisés par nos réseaux français - Société générale et Crédit du Nord - et par la formidable machine à résultats qu'est notre banque de marchés. Nous avons ainsi construit une base de développement en accompagnant l'émergence d'une classe moyenne. J'en suis particulièrement fier. Mon autre grande satisfaction, c'est l'adhésion des salariés ainsi que le recrutement de dizaines de milliers de jeunes de toutes origines. À la Défense, dans la même tour, se côtoient chaque jour les traders et les collaborateurs du réseau. Cette cohésion-là est propre à la Société générale. Et elle a même résisté à Jérôme Kerviel ! Nos 160 000 salariés peuvent être fiers de leur maison. C'est un beau navire, avec un bon capitaine, armé pour affronter la période extrêmement ventée du moment.

Quels sont vos projets pour l'avenir ?
Je vais d'abord prendre quelques mois, pour réfléchir et pour consacrer du temps à mes petits-enfants. Ensuite, je compte de nouveau être utile à l'économie de mon pays… mais ce ne sera pas forcément là où l'on peut l'attendre.

À combien s'élèvent vos indemnités de départ ?
Zéro !

 

 

La succession au menu du conseil d'administration du 6 mai

C'est le 6 mai prochain que le conseil d'administration de la Société générale devra décider de la succession de Daniel Bouton, en même temps qu'il arrêtera les comptes du premier trimestre. Les administrateurs devront, en premier lieu, décider s'il y a lieu de renouer avec la tradition Société générale d'une direction unifiée, en confiant toutes les clefs de la maison à Frédéric Oudéa qui, de directeur général - depuis mai 2008 - deviendrait PDG comme l'ont été avant lui Daniel Bouton et Marc Viénot. " Le conseil d'administration décidera. Mais, à titre personnel, la dissociation des fonctions me paraît particulièrement adaptée aux circonstances actuelles de crise ", nous a déclaré Daniel Bouton. La jeunesse de Frédéric Oudéa, en âge (45 ans) comme dans la fonction devrait plaider aussi dans le sens de la nomination d'un président non exécutif. Ce mode de gouvernance est du reste adopté par un nombre croissant d'entreprises du CAC 40 - et pas seulement dans les cas de succession - et demeure prisé dans le monde du business anglo-saxon. Le conseil le trouvera-t-il en son sein ? Parmi les candidats possibles, présentant un profil de patron susceptible d'entretenir le rapport de la banque aux marchés, figurent notamment Jean-Martin Folz (ex-patron de PSA) et Luc Vandevelde (ex-Carrefour). Sinon, une personnalité venue de l'extérieur pourrait faire son entrée à la Société générale.

B.B.

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