23.04.2009

Quatre films français en lice pour le festival de Cannes

Constance Jamet (lefigaro.fr) 23/04/2009 | Mise à jour : 17:57 |
Alain Resnais et Sabine Azema.
Alain Resnais et Sabine Azema. Crédits photo : AP

Quatre films parmi les vingt en compétition cette année sont français. La sélection fait la part belle aux cinéastes européens et asiatiques, habitués de la Croisette tels que Ken LoachLars Von Trier, Pedro Almodovar.

Jacques Audiard, Alain Resnais, Gaspard Noé et Xavier Giannoli peuvent prétendre à la succession de Laurent Cantet, palme d'or 2008 à Cannes pour «Entre les Murs». Le comité de la 62e édition du festival a levé le voile mercredi sur sa sélection officielle. Une liste qui place l'Europe et l'Asie à l'honneur. Alain Resnais déjà trois fois sélectionné viendra défendre, 50 ans après «Hiroshima mon Amour», «les Herbes Folles» avec Mathieu Amalric, Sabine Azema et Emmanuelle Devos. Autre cinéaste hexagonal aguerri à monter les marches, Jacques Audiard pour «Un prophète» avec Niels Arestrup qui retrace la vie en prison d'un jeune détenu de 18 ans. Ce sera la deuxième venue à Cannes du réalisateur. Xavier Giannoli présentera «A l'origine» et Gaspard Noe, dont le sulfureux «Irréversible» avait fait scandale en 2002, sera de retour avec «Soudain le vide», tourné au Japon.

Parmi les grands noms de la sélection, on trouve Pedro Almodovar ou Quentin Tarantino. Le cru 2009 fait la part belle aux habitués de la Croisette, a reconnu Thierry Fremaux, le délégué général du Festival. «C'est une année où les grands noms du cinéma mondial sont là. Les vieux singes vont faire de belles grimaces». Justifiant cette quasi absence de nouveaux visages dans la compétition, Thierry Frémaux a répondu qu'il fallait prendre en compte toute la sélection : nombre de jeunes cinéastes figurent dans la section Un Certain Regard. Cette croisette donnera à de nombreux acteurs français la possibilité de se distinguer dans des productions étrangères.

 

Tarantino, seul cinéaste américain retenu

Favori des rumeurs et ce depuis plusieurs mois, «Inglorious Basterds» avec Brad Pitt, Diane Kruger et Mélanie Laurent, le nouveau Quentin Tarantino vaudra peut-être à son réalisateur une nouvelle récompense 16 ans après la palme qui couronna «Pulp Fiction». Le cinéaste sera en tout cas le seul représentant du cinéma américain. Autre lauréate passée du festival à être invitée à présenter sa dernière production, Jane Campion («La Leçon de Piano») avec «Bright Star», récit des amours du poète romantique John Keats.

Coté Europe, la délégation sera emmenée par Ken Loach avec «Looking for Eric». Le cinéaste anglais, vétéran de Cannes avec huit sélections et récipiendaire en 2006 de la récompense suprême, y retrace les désillusions d'un supporter de Manchester United qui demande conseil à son idole, Eric Cantona. Le footballeur français y interprète son propre rôle. Lars Von Trier, palmé pour «Dancer in the Dark», dévoilera «Antichrist» avec Williem Dafoe et Charlotte Gainsbourg. Le drame sur un couple qui se retire dans une maison perdue en forêt après la mort de leur fils, comporterait des séquences choquantes et pourrait offrir la grosse polémique de ce 62e festival, murmure-t-on.

Visiteur régulier de la croisette avec «Tout sur ma mère» et «Volver», Pedro Almodovar essaiera de décrocher sa première palme avec le torride les «Etreintes brisées», qui met en scène son actrice fétiche Penelope Cruz. Michael Haneke défendra les chances de l'Autriche avec «Ruban Blanc» tandis que l'Italie sera représentée par Marco Bellocchio. Son «Vincere» relate l'histoire du fils illégitime de Benito Mussolini.

 

Johnny Hallyday montera les marches

Enfin pas moins de six fillms en compétition viendront d'Asie, notamment «Vengeance» du maître du polar Johnnie To. Tourné à Hong Kong, il a pour tête d'affiche le chanteur Johnny Hallyday, qui s'est dit «très fier et très honoré». «Je ne pense pas rafler une récompense mais j'aurai le trac en montant les marches». Le chinois Lou Ye soutiendra «Spring Fever», une torride histoire d'amour homosexuelle. En compétition l'an dernier avec «Serbis», le prolixe Philippin Brillante Mendoza revient aux côtés du Sud-coréen Park Chan-wook et de deux Taïwanais, Ang Lee et Tsaï Ming-Liang. Son «Face» rassemble la fine fleur du cinéma tricolore : Laetitia Casta, Mathieu Amalric (qui aura donc deux films en compétition) et Fanny Ardant. Le réalisateur de «Tigres et Dragons» présentera «Taking Woodstock», sur le célèbre Festival de 1969 avec Liev Schreiber, Jeffrey Dean Morgan et Emile Hirsch.

Globalement, la sélection officielle correspond aux pronostics qui s'étaient multipliés ces dernières semaines dans la presse spécialisée. En revanche, comme s'en est réjouit Thierry Fremaux, très peu ont deviné avec exactitude le film de clôture : «Coco Chanel et Igor Stravinsky» de Jan Kounen, l'autre film biographique dédié à la célèbre couturière, à laquelle Anna Mouglalis prêtera ses traits. C'est le film d'animation en 3D « Là-Haut » des studios Pixar qui ouvrira le festival, qui se tiendra du 13 au 24 mai prochains.

 

Le dernier film d'Heath Ledger projeté hors compétition

Hors compétition sera projeté «L'Imaginarium du Docteur Parnassus» de Terry Gilliam. Ses interprètes, Jude Law, Johnny Depp et Colin Farrell, qui ont remplacé au pied levé Heath Ledger, mort en plein milieu du tournage , ne devraient pas manquer de rendre hommage à l'acteur australien. Toujours hors compétition, on retrouvera les derniers long-métrages du chilien Alejandro Amenabar «Agora», qui se déroule sous l'Antiquité, et «L'armée du Crime» de Robert Guédignan , qui retrace l'histoire tragique du réseau de résistance FTP-main d'oeuvre immigrée. Marina de Van proposera son très attendu «Ne te retourne pas» avec Monica Bellucci et Sophie Marceau.

On connaît désormais les jurés qui se réuniront autour de la présidente du Festival, Isabelle Huppert. L'héroine de « Villa Amalia » sera assistée de l'actrice-réalisatrice italienne Asia Argento, de l'actrice américaine Robin Wright Penn (l'épouse de Sean Penn, président du jury cannois en 2008), de l'actrice taïwanaise Shu Qi, du cinéaste et acteur turc Nuri Bilge Ceylan, du metteur en scène sud-coréen Lee Chang-dong, du cinéaste américain James Gray et du scénariste anglais Hanif Kureishi.

 

Gilles Jacob : «Des films d'auteurs grand public»

 

Liste des films en compétition :

Pedro Almodovar «Los Abrazos Ratos»

Andrea Arnold «Fish Tank»

Jacques Audiard «Un Prophète»

Marco Bellocchio «Vincere»

Jane Campion «Bright Star»

Isabel Coixet «Map of the Sounds of Tokyo»

Xavier Giannoli «A l'Origine»

Michael Haneke «Das Weisse Band (Le Ruban Blanc)»

Ang Lee «Taking Woodstock»

Ken Loach «Looking for Eric»

Lou Ye «Spring Fever»

Brillante Mendoza «Kinatay»

Garpar Noe «Enter the Void (Soudain le Vide)»

Park Chan-Wook «Thirst, ceci est mon sang...»

Alain Resnais «Les Herbes Folles»

Elia Suleiman «The Time that Remains»

Quentin Tarantino «Inglourious Basterds»

Johnnie To «Vengeance»

Tsai Ming-liang «Visage»

Lars von Trier «Antichrist»

18.04.2009

Contre le blocage de lille 3


03.04.2009

"Au bout de mes greves", jean-jacques Thibault

 

 

30.03.2009

La Mala Educacion - Pedro Almodovar

20.03.2009

Isabelle Adjani, sublime preneuse d'otages

Isabelle Nataf 20/03/2009 | Mise à jour : 10:14 |

Crédits photo : Mascaret Films

Pour La journée de la jupe, l'actrice a pris à bras-le-corps son rôle de professeur dont la vie professionnelle va soudain déraper.

Les premières minutes de La Journée de la jupe, le film diffusé vendredi 20 mars à 20 h 45 sur Arte, laissent perplexes : va-t-on être confronté à une énième fiction sur la difficulté à enseigner dans les banlieues, façon documentaire ? Une prof de français (Isabelle Adjani, habillée sans recherche, quasiment sans maquillage) entre dans la salle de théâtre au sous-sol de son collège, bousculée et insultée par sa classe. À l'intérieur, elle tente en vain de canaliser ses élèves, adolescents rebelles et désabusés, pour commencer à travailler sur le thème du jour, Molière. On comprend que cette situation, elle la vit tous les jours. Et cette journée-là aurait pu être comme toutes les autres, épuisante, violente, vaine. Mais, brusquement, tout va basculer et s'accélérer, écartant ce film des rails attendus et ne laissant plus aucun répit aux télé­spectateurs.

 

Un huis clos intense

L'enseignante, Sonia Bergerac, surprend deux élèves en train de se disputer un sac ; malgré leurs menaces, elle s'en saisit, une arme tombe. En un geste réflexe, Sonia la ramasse. Les deux garçons tentent de la récupérer. Dans la confusion, un coup part ; un collégien, le rouleur de mécaniques de la classe, Mouss, est gravement blessé à la jambe. Au lieu de jeter le revolver, Sonia «pète les plombs», ordonne à sa classe de «s'allonger par terre comme à la télé» et prend ses élèves en otages. C'est elle à présent qui a les cartes en main, et nargue ceux qui, quelques minutes auparavant, la traitaient par le mépris.

Dès lors, un huis clos d'une implacable intensité va se mettre en place. Le principal du collège (Jackie Berroyer) est mis au courant ; les forces spéciales de police emmenées par deux hommes aux conceptions radicalement opposées, Labouret (Denis Podalydès) plaidant pour la négociation et Bechet (Yann Collette) prônant l'intervention en force, débarquent, ainsi que la ministre de l'Intérieur (Nathalie Besançon) ; les parents s'inquiètent ; les médias encerclent le collège. Les langues des collègues de Sonia se délient. Elle serait «un peu butée au plan pédagogique», «dépressive», «islamophobe» et elle porte une jupe, ce qu'on lui avait pourtant fortement déconseillé (certes, l'enseignante en porte une, mais au genou et avec des bottes… rien de provocant). Dans la classe, Sonia Bergerac tente d'inculquer aux élèves les valeurs de l'école, d'expliquer aux garçons que les filles ne sont pas toutes des «salopes» et qu'ils peuvent cohabiter ensemble.

 

En salle mercredi prochain

Des moments intenses et dramatiques ; mais on rit également grâce aux dialogues percutants qui sonnent toujours justes. «Par goût et déformation professionnelle, j'ai toujours suivi l'évolution du langage, et celui de ces jeunes des banlieues ne m'était pas inconnu», explique l'auteur du film, Jean-Paul Lilienfeld. «Quand les ados ont lu les dialogues, ils s'y sont totalement retrouvés.» Le réalisateur reconnaît qu'au départ son film avait été conçu pour le cinéma, mais que personne n'a voulu le suivre sur ce terrain dérangeant. Jusqu'à ce qu'Arte et Mascaret Films acceptent de le produire.

» Voir la bande-annonce

 

Du coup, le film sortira en salle mercredi prochain. Quant à Isabelle Adjani, elle est tout simplement époustouflante et bluffante. Tour à tour inquiétante, désarmante et bouleversante. «J'ai tout de suite été convaincue par ce rôle, dit-elle. Il est important que de tels films, qui nous font réfléchir sur cette troisième génération d'immigrés en quête d'identité, puissent exister.» Un retour remarqué de l'actrice, rare à l'écran - dernière apparition au cinéma en avril 2003 et à la télévision en 2008. «Mon souci n'est pas d'enchaîner film sur film, mais de privilégier ma vie de famille et ma vie sentimentale. Mes priorités ne sont pas dans le métier mais dans ma vie. Mais quand je tombe sur un projet, comme celui-là, qui m'emballe, alors je fonce», confie l'actrice. Un film fort, juste et intelligent qui devrait marquer les esprits.

19.03.2009

La journée de la jupe


07.12.2008

"Gomorra", film européen de l'année 2008

Une scène du film italien de Matteo Garrone, "Gomorra", en compétition au 61e Festival de Cannes.
LE PACTE
Une scène du film italien de Matteo Garrone, "Gomorra", en compétition au 61e Festival de Cannes.

Le film italien Gomorra a remporté le prix du meilleur film de l'année ainsi que quatre autres récompenses à la 21ème cérémonie de l'European Film Awards (EFA), samedi 6 décembre, à Copenhague en présence du prince héritier Frederik de Danemark et de la princesse Mary. Ce film, une plongée inquiétante dans l'univers de la mafia napolitaine, la camorra, a remporté cinq statuettes : pour le meilleur film, meilleur réalisateur (Matteo Garrone), meilleur acteur (Toni Servillo, également pour son rôle dans Il Divo de Paolo Sorrentino), meilleur scénario (Maurizio Braucci, Ugo Chiti, Gianni de Gregorio, Matteo Garrone, Massimo Gaudioso et Roberto Saviano), et le prix Carlo di Palma de la meilleure photographie (Marco Onorato).

La bande annonce de Gomorra

22:14 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gomorra

27.09.2008

Paul Newman s'est éteint

Samuel Laurent (lefigaro.fr)27/09/2008 | Mise à jour : 17:01 |
Paul Newman au début de sa carrière en 1956.
Paul Newman au début de sa carrière en 1956.

Le légendaire acteur américain s'est éteint vendredi des suites d'un cancer, à l'age de 83 ans.

C'est une légende du cinéma qui disparaît. Paul Newman n'est plus. L'acteur américain s'est éteint vendredi des suites d'un cancer, selon une porte-parole de sa fondation, Newman's Own. Il était âgé de 83 ans.

Paul Newman, oscar du meilleur acteur pour La couleur de l'argent en 1987, laisse derrière lui une carrière qui le place parmi les légendes d'Hollywood. Soldat durant la Guerre du Pacifique, il étudie l'art dramatique au célèbre Actor's Studio avant de monter sur scène à Broadway. Le cinéma l'accapara à partir de 1954 où il joue dans son premier film, Le Calice d'Argent de Victor Saville.

 

Paul Newman était passionné de sport automobile.
Paul Newman était passionné de sport automobile.

Paul Newman echaine les succès : La chatte sur un toit brûlant (1958) Luke la main froide (1967), Butch Cassidy et le Kid (1969), Exodus (1960). L'Arnaque (1973) signera la consécration de sa carrère, mais l'acteur continuera d'enchaîner les productions, et totalisera pas moins de 57 apparitions au cinéma à la fin de sa carrière

Parallèlement, Paul Newman passe de l'autre côté de la caméra et réalise des courts métrage. Le plus célèbre, Rachel, Rachel, obtiendra un Golden Globe Award en 1969.

En 1958, Paul Newman épouse Joanne Woodward, également actrice, à Las Vegas. Ils vivront ensemble jusqu'à la mort de l'acteur.

Newman profite également de sa célébrité pour lancer diverses actions caritatives. Il crée une marque de produits alimentaires, Newman's Own, dont les bénéfices vont à edes organismes de charité, mais aussi des centres de désintoxication ou des camps de vacances pour enfants cancéreux.

Autre passion de l'acteur : le sport automobile. Paul Newman est ainsi propriétaire de sa propre écurie, Newman/Haas/Lanigan Racing.

En 2007, Paul Newman annonce la fin de sa carrière. L'un de ses proches, l'écrivain A.E. Hotchner, révélera à l'été 2008 que l'acteur est atteint d'un cancer du poumon en phase terminale.

24.08.2008

Démenti

Ayant appris par des sources diverses que mes propos tenues lors de mes communiqués de presses auraient été détourné, je tiens à faire savoir que en aucun cas je n'ai émis de communiqué de Presse ayant attrait à la Polynésie Française et visant à " retirer l'investiture accordée à O Porinetia To Tatou Ai'a ", parti de M. Gaston Tong Sang."

Romain Bongibault
Contact Presse UMPJ

11.06.2008

"Io sono contento, io sono contento", par Francis Marmande

Chronique

Les Monstres, premier film à sketches de Dino Risi (1963), se terminent sur trois mots : "Io sono contento ("je suis content"), io sono contento." Vautré dans un fauteuil roulant, Vittorio Gassman n'a plus que ces trois mots en lieu et place des dents. Gassman, boxeur sur le retour, vient de faire, pressé par un manager de faubourg à la gomme, un pitoyable come-back. Toute la rue pourtant le soutenait à fond. Le combat de trop. Il prend une pigne terrible et en reste neuneu, sonné à vie, ravi, sous la houlette de son intarissable initié, le mentor amateur qui pousse son fauteuil roulant.

Plage à mourir de neurasthénie, banlieue industrielle en noir et blanc, le ciel bas comme son front, Gassman se déclare "contento" à l'infini. Son pauvre fauteuil tient autant de la poussette moderne que du landau. Au fait ? Quand ? Quand, au juste, les poussettes actuelles se sont-elles mises à ressembler, à ce point, à des 4×4 ? Lançant ses petits poings d'interrogation dans le vide, boxant la dioxine et les intempéries, le "io sono contento" de Gassman pourrait bien être l'allégorie de l'internaute satisfait (pléonasme).

Gérard Guégan (tiens : en profiter pour lire Montagne Sainte-Geneviève, Grasset) posait dès 1965 une très prémonitoire question. Est-il vain de croire que cet idiot de Gassman"témoignerait mieux que d'autres, dans un proche avenir, de ces bouleversements sociaux, économiques et moraux que nous sommes en train de vivre" ? Hé ! Vraie question... Même si Guégan parle là du film tourné par Risi juste avant Les Monstres, l'indépassable Il Sorpasso (Le Fanfaron, 1962).

Risi est un surprenant penseur du fascisme. Le fanfaron actuel se prélasse dans son inconsolable deuil de l'Occupation. Corbeau idéal. Cela s'appelle l'interactivité. Eh bien, cessons de guerroyer : interactivons-nous. Voici les faits : me reproche-t-on de parler d'un peintre sans donner à voir sa peinture (Alan Davie, Le Monde du 5 juin) ? C'est vrai, je n'avais pas ma boîte de crayons de couleur à portée de la main. Racontons donc le premier sketch des Monstres, le préféré.

Je m'en souviens comme si c'était demain. Depuis ce mercredi d'avril 1964, au premier rang du Cosmos (Paris, Quartier latin), je ne l'ai jamais revu. Sur l'écran blanc de nos nuits noires, passe donc "Le Petit Mur". Ce premier épisode des Monstres semble d'abord un film d'archives. Image délavée, tremblotante, un peloton d'exécution exécute un groupe de partisans. A quoi devine-t-on qu'il s'agit de partisans ? On s'en fiche, on le voit, on le sait. Feu ! Les partisans s'écroulent morts, l'un d'eux tressaille une dernière fois comme un chien devant un petit mur. On découvre alors qu'on est au cinéma. En un sens, on le savait déjà, mais nous voilà deux fois au cinéma. Film dans le film. La caméra panoramique vers la salle de cinéma (dans le film) qui vient de voir l'exécution des partisans.

Et là, gros plan sur le premier rang des spectateurs. Un brave homme rondouillet (dans mon souvenir, il porte moustache et lunettes) se penche doucement vers sa bourgeoise. Ce sont visiblement d'honnêtes gens. Banalement corrects, sans histoire (c'est le mot), normaux, normopathes. "Tu vois, chérie, lui murmure-t-il en pointant son index vers l'écran, pour notre maison de campagne, c'est un petit mur comme ça qu'il nous faudrait."

Depuis le 7 juin, date de la mort de Dino Risi, je ne vis plus. J'ai consulté les meilleurs spécialistes et même appelé Guégan dans sa campagne. Personne n'a le moindre souvenir de ce sketch de Dino Risi dans Les Monstres. Help ! L'aurais-je inventé ? Après tout, le cinéma, ça servait bien à ça, non ? A déchaîner des films imaginaires, plus réels que les vrais films de Risi ?

 


Courriel : marmande@lemonde.fr.

Francis Marmande
Article paru dans l'édition du 12.06.08.

Toutes les notes