11.06.2008
"Io sono contento, io sono contento", par Francis Marmande
Les Monstres, premier film à sketches de Dino Risi (1963), se terminent sur trois mots : "Io sono contento ("je suis content"), io sono contento." Vautré dans un fauteuil roulant, Vittorio Gassman n'a plus que ces trois mots en lieu et place des dents. Gassman, boxeur sur le retour, vient de faire, pressé par un manager de faubourg à la gomme, un pitoyable come-back. Toute la rue pourtant le soutenait à fond. Le combat de trop. Il prend une pigne terrible et en reste neuneu, sonné à vie, ravi, sous la houlette de son intarissable initié, le mentor amateur qui pousse son fauteuil roulant.
Plage à mourir de neurasthénie, banlieue industrielle en noir et blanc, le ciel bas comme son front, Gassman se déclare "contento" à l'infini. Son pauvre fauteuil tient autant de la poussette moderne que du landau. Au fait ? Quand ? Quand, au juste, les poussettes actuelles se sont-elles mises à ressembler, à ce point, à des 4×4 ? Lançant ses petits poings d'interrogation dans le vide, boxant la dioxine et les intempéries, le "io sono contento" de Gassman pourrait bien être l'allégorie de l'internaute satisfait (pléonasme).
Gérard Guégan (tiens : en profiter pour lire Montagne Sainte-Geneviève, Grasset) posait dès 1965 une très prémonitoire question. Est-il vain de croire que cet idiot de Gassman"témoignerait mieux que d'autres, dans un proche avenir, de ces bouleversements sociaux, économiques et moraux que nous sommes en train de vivre" ? Hé ! Vraie question... Même si Guégan parle là du film tourné par Risi juste avant Les Monstres, l'indépassable Il Sorpasso (Le Fanfaron, 1962).
Risi est un surprenant penseur du fascisme. Le fanfaron actuel se prélasse dans son inconsolable deuil de l'Occupation. Corbeau idéal. Cela s'appelle l'interactivité. Eh bien, cessons de guerroyer : interactivons-nous. Voici les faits : me reproche-t-on de parler d'un peintre sans donner à voir sa peinture (Alan Davie, Le Monde du 5 juin) ? C'est vrai, je n'avais pas ma boîte de crayons de couleur à portée de la main. Racontons donc le premier sketch des Monstres, le préféré.
Je m'en souviens comme si c'était demain. Depuis ce mercredi d'avril 1964, au premier rang du Cosmos (Paris, Quartier latin), je ne l'ai jamais revu. Sur l'écran blanc de nos nuits noires, passe donc "Le Petit Mur". Ce premier épisode des Monstres semble d'abord un film d'archives. Image délavée, tremblotante, un peloton d'exécution exécute un groupe de partisans. A quoi devine-t-on qu'il s'agit de partisans ? On s'en fiche, on le voit, on le sait. Feu ! Les partisans s'écroulent morts, l'un d'eux tressaille une dernière fois comme un chien devant un petit mur. On découvre alors qu'on est au cinéma. En un sens, on le savait déjà, mais nous voilà deux fois au cinéma. Film dans le film. La caméra panoramique vers la salle de cinéma (dans le film) qui vient de voir l'exécution des partisans.
Et là, gros plan sur le premier rang des spectateurs. Un brave homme rondouillet (dans mon souvenir, il porte moustache et lunettes) se penche doucement vers sa bourgeoise. Ce sont visiblement d'honnêtes gens. Banalement corrects, sans histoire (c'est le mot), normaux, normopathes. "Tu vois, chérie, lui murmure-t-il en pointant son index vers l'écran, pour notre maison de campagne, c'est un petit mur comme ça qu'il nous faudrait."
Depuis le 7 juin, date de la mort de Dino Risi, je ne vis plus. J'ai consulté les meilleurs spécialistes et même appelé Guégan dans sa campagne. Personne n'a le moindre souvenir de ce sketch de Dino Risi dans Les Monstres. Help ! L'aurais-je inventé ? Après tout, le cinéma, ça servait bien à ça, non ? A déchaîner des films imaginaires, plus réels que les vrais films de Risi ?
Courriel : marmande@lemonde.fr.
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26.05.2008
Laurent Cantet, cinéaste de classe
Une partie des adolescents qui jouent dans Entre les murs, le film de Laurent Cantet qui a obtenu la Palme d'or au Festival de Cannes, venaient de découvrir la Croisette. Ensemble, prolongeant les ateliers qui avaient précédé le tournage – auxquels ils semblaient avoir pris goût –, ils s'égayaient à des jeux d'improvisation, observés par François Bégaudeau, interprète de leur professeur à l'écran. En ces heures qui précédaient la présentation officielle avec montée des marches du Palais, ce qui frappait chez ces acteurs et leur réalisateur, c'est l'esprit de groupe.
Ce spectacle qu'un entraîneur de football appellerait "le collectif" donne une image-clé. Laurent Cantet fonctionne ainsi, en petites familles. Fils d'enseignants, un professeur de travaux manuels et une institutrice, "gamin trop sage" à l'enfance "apaisée, sans crises", il est l'héritier de la culture de ses parents, "des gens engagés dans un certain nombre de causes, chez lesquels la morale laïque et républicaine était très incarnée". Une autre famille s'est constituée pendant ses études à l'Idhec, l'ancêtre de la Fémis, avec un clan de camarades, au point de fonder avec eux une société de production, Sérénade : "Nous avons pu nous entraider à réaliser nos courts métrages, continuer à réfléchir et à travailler ensemble. On se passait nos scénarios, on les discutait, on collaborait aux films des autres." Robin Campillo, l'un des membres de cette société aujourd'hui disparue, auteur du film Les Revenants, est l'un des scénaristes d'Entre les murs. Les autres ont tous fait leur chemin depuis, en s'épaulant parfois pour l'écriture : Vincent Dietschy (Didine), Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien), Thomas Bardinet (Le Cri de Tarzan), Gilles Marchand (Qui a tué Bambi ? coscénariste du premier film de Cantet, Ressources humaines).
On retrouve Laurent Cantet dans un autre groupe informel et symbolique, Dependant Cinema, "créé pour profiter des proximités" et lancé à l'initiative de Jonathan Nossiter, l'auteur de Mondovino. Un réseau international dont font partie les Américains Ira Sachs et Lodge Kerrigan, le Mexicain Alfonso Cuaron... "Jonathan a envoyé des mails à un certain nombre de gens en lesquels il décelait des affinités. L'idée est de pouvoir parler de notre scénario avec quelqu'un qui s'est déjà plus ou moins coltiné au sujet, de se donner des coups de main pour les produire", raconte le cinéaste français, qui a bénéficié de ces amitiés lorsqu'il est allé faire un casting à New York pour Vers le sud.
"J'ai le sentiment de ne jamais être tout à fait à ma place", dit Cantet, qui ajoute : "J'ai eu une chance inouïe, je me suis construit à peu près la vie que j'avais envie de vivre. Il m'arrive des choses inespérées. Ce dont je parle dans mes films ne reflète pas des expériences personnelles, mais mon implication dans l'univers qui m'entoure." Il lui arrive de s'inspirer de romans, comme celui de Dany Laferrière pour Vers le sud ou de François Bégaudeau pour Entre les murs, "pour éviter d'être trop didactique, et parce que le romanesque ramène de l'intime, de l'émotion. La politique doit s'incarner". Cantet s'avoue grand amateur du mélo et admirateur de Vincente Minnelli : "C'était perceptible dans Ressources humaines, ça l'est encore dans Entre les murs, dans la scène du conseil de discipline." Mais l'important pour lui, "c'est l'ancrage dans le réel, l'immersion dans le social, l'étude des rapports de pouvoir, de tout ce qui engendre la violence et l'exclusion".
Destinés selon lui à décrire le monde et sa complexité, les quatre longs métrages de Laurent Cantet affichent une grande cohérence. Affrontement entre un père ouvrier et son fils promu DRH à l'heure de l'application des 35 heures dans une usine (Ressources humaines) ; mensonges d'un homme licencié qui s'invente un job à l'ONU et assassine sa famille pour ne pas avoir à lui révéler son imposture (L'Emploi du temps, inspiré par l'affaire Jean-Claude Romand) ; vacances de femmes mûres en Haïti qui se payent des gigolos locaux (Vers le sud) ; chronique de la vie d'un collège qui apparaît comme une caisse de résonance des turbulences nationales, posant les questions de pouvoir, d'inégalité de s chances, d'intégration sociale et culturelle, de sans-papiers (Entre les murs). Il s'agit chaque fois de filmer le travail : ouvriers/cadres, consultant en entreprises/chômeur, prostitution, prof/élèves et bureau du directeur vécu comme un Guantanamo.
Mais outre les thèmes récurrents du dominé et du dominant, du piège, de la honte, outre la hantise du déclassement professionnel, la lutte entre l'identité et la norme, le rapport entre l'intime et le jugement collectif, le goût de s'inventer une vie fictive, la défaite de l'individu face au corps social, revient chaque fois le combat des non-résignés pour "se trouver une place".
Entre les murs dépeint à la fois un professeur de français exerçant son métier de façon peu orthodoxe, adulte minoritaire face à un groupe d'élèves, et des adolescents en perpétuelle composition : "Etre élève, dit Laurent Cantet, c'est un métier de représentation, c'est jouer un rôle qu'on vous assigne ou que vous défendez : celui du bon élève, du cancre, du chieur, du dur… Ils passent leur temps à créer un personnage."
Durant le tournage, il a demandé à Carl, celui qui arrive au milieu de l'année, d'être insupportable avec le prof, "ce qu'il a fait à la perfection". Puis lui a dit : "Tu vas être le gentil garçon un peu intimidé." En trente secondes, raconte Cantet, Carl est passé d'une tension effrayante à la douceur. "Pourquoi ? Parce que ces gamins ont une pratique quotidienne de ce genre de trucs, ils savent émouvoir, montrer qu'ils ne se laissent pas marcher sur les pieds. Ils passent leur temps à endosser des personnages, à se fabriquer des "emplois" à travers lesquels ils se cherchent."
Parlant de François Bégaudeau, ancien prof et romancier, Cantet rend hommage à son côté Socrate, à sa faculté d'amener ses élèves à décoder le savoir en leur parlant comme à des adultes, usant de l'ironie, osant en découdre avec eux. Habitué à demander à des ouvriers, à des délégués syndicaux, à des profs, à des parents, à des élèves, de jouer leurs rôles d'ouvriers, de profs, etc., Cantet n'attend pas d'eux qu'ils soient comme dans la vie. Mais qu'ils "se construisent des personnages basés sur l'image qu'ils ont d'eux-mêmes, sur leur façon de parler, leur manière d'être. Je suis très attaché à l'idée de re-création". Ce en quoi il est peut-être, lui aussi, un cinéaste socratique.
Jean-Luc Douin LE MONDE | 26.05.08 | 09h33 • Mis à jour le 26.05.08 | 09h3313:58 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cannes, palmes d'or 2008
25.05.2008
Cannes : le cru 2008
lefigaro.fr avec AFP 25/05/2008 | Mise à jour : 21:03 |
Palme d'or: «Entre les murs» du Français Laurent Cantet (sortie en France: 15 octobre)
Grand Prix: «Gomorra» de l'Italien Matteo Garrone (13 août)
Prix du jury: «Il Divo» de l'Italien Paolo Sorrentino (10 décembre)
Prix d'interprétation féminine : la Brésilienne Sandra Corveloni (»Linha de Passe», date de sortie indisponible)
Prix d'interprétation masculine : l'Américain Benicio del Toro (»Che», sortie des deux films en octobre et novembre)
Prix de la mise en scène : «Les Trois Singes» du Turc Nuri Bilge Ceylan (janvier 2009)
Prix du scénario : «Le silence de Lorna», des Belges Jean-Pierre et Luc Dardenne (10 septembre)
Palme d'or du court-métrage : «Megatron» du Roumain Marian Crisan
Caméra d'or: «Hunger» de l'Anglais Steve McQueen (19 novembre)
Prix spécial du 61e Festival de Cannes pour l'ensemble de leur carrière : l'actrice française Catherine Deneuve et l'acteur réalisateur américain Clint Eastwood
21:21 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.05.2008
Toni Servillo,le masque d'Andreotti
La performance de l'acteur napolitain qui incarne le leader de la démocratie chrétienne a été remarquée.
En compétition - «Il Divo»- Drame de Paolo Sorrentino avec Toni Servillo, Anna Bonaiuto, Giulo Bosetti. Durée: 1h40. Pas de date de sortie annoncée.
Il est l'acteur phare des deux films italiens de la compétition et a toutes les chances de figurer au palmarès dimanche soir. Capable de passer du costume impeccable de l'homme d'affaires mafieux dans Gomorra, de Matteo Garrone, au masque impassible du leader de la démocratie chrétienne Giulio Andreotti, dont le réalisateur Paolo Sorrentino raconte les dérives dans un brillant portrait.
Dans Il Divo Toni Servillo s'impose dans un rôle de composition, tout en intériorité. Formé à l'école du théâtre, il n'a pas cherché à imiter son modèle mais plutôt à trouver au fond de lui les capacités de le faire exister à l'écran.
Difficulté de jouer un personnage qui est vivant
Cheveux gris, d'une élégance naturelle, Toni Servillo, déjà présent à Cannes, il y a trois ans, pour Les Conséquences de l'amour, du même Paolo Sorrentino avec lequel il a tourné trois films, n'a pas cherché la performance. Au contraire. « Je savais toute la difficulté de jouer un personnage qui est vivant, reconnaît-il. Du coup, je me suis inspiré du grand Gian Maria Volonte dans le rôle d'Aldo Moro dans le film d'Elio Petri, Todo Modo. Il fallait que j'adopte une sorte de distanciation brechtienne pour éviter toute imitation avec l'image que l'on a d'Andreotti, qui est un homme très secret, très mystérieux.»
Maquillé, voûté, l'oreille droite décollée, le regard tombant et las derrière ses lunettes, Toni Servillo impose rapidement son personnage. « Comme il y a beaucoup de péripéties dans Il Divo, u ne atmosphère très sombre, très pesante, des moments dramatiques ou comiques, des situations à suspense, j'ai voulu garder ce masque et ne faire apparaître que de temps en temps ses émotions. »
Au-delà de la personnalité insaisissable de l'homme de pouvoir, il était passionnant pour Toni Servillo de se glisser dans la peau de cette figure si éloignée de la politique spectacle actuelle. « À l'époque, il y avait un barrage très net entre la vie privée et la vie publique, précise-t-il. On sait peu de chose sur Giulio Andreotti qui demeure à 89 ans une véritable énigme, un politicien mystérieux avec sa part d'ombre et de lumière. En ce sens, le film de Sorrentino reflète parfaitement cette ambiguïté, en posant plus de questions qu'il n'apporte de réponses.»
09:39 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.05.2008
Monica Bellucci plonge dans l'histoire
Jean-Luc Wachthausen 19/05/2008 | Mise à jour : 10:14 |
Dans le nouveau film de Giordana, elle incarne une vedette de cinéma italienne compromise avec le régime fasciste par amour.
Moulée dans une robe noire, discrètement maquillée, elle s'est installée, le temps d'une matinée d'interviews, dans le carré VIP de la plage du Majestic. Pas de chichi avec Monica Bellucci, bellissima mais pas diva. Un charme fou, décuplé par la douceur de sa voix rauque et son léger accent italien. Ce n'est pas sa première visite à Cannes mais, cette fois, elle est fière de porter les couleurs de son pays avec Une histoire italienne, le beau film de Marco Tullio Giordana, présenté lundi soir hors compétition.
L'écrivain et réalisateur à succès de Nos meilleures années, grande fresque sur l'Italie de l'après-guerre à nos jours, revient en arrière et se penche sur la période trouble de la fin du régime fasciste, lorsque l'Italie est en proie à la guerre civile, après l'armistice de septembre 1943. Il y raconte l'histoire vraie d'un couple de comédiens, Osvaldo Valenti et Luisa Ferida, qui avaient adhéré à la république de Salo et tourné quelques films à Venise, dans les studios de la Giudecca, que Mussolini comparait à Cinecittà. Arrêtés par les partisans, ils furent fusillés sans autre forme de procès.
Luisa Ferida, très amoureuse de son mari, Osvaldo Valenti (Luca Zingaretti), un artiste plus anarchiste que fasciste, plus cocaïnomane que rebelle, Monica Bellucci la voit «comme une actrice très ambitieuse et une femme complexe, fascinante, prête à tout par amour pour cet homme excessif et dangereux. Le public adorait Ferida et je crois qu'elle s'est égarée dans le régime fasciste sans mesurer les conséquences de ses actes. Tout simplement parce qu'elle voulait sauver son mari, prête même à s'offrir pour lui trouver sa dose de cocaïne jusque dans les souterrains de la villa Triste. Elle était droguée d'amour et lui, drogué tout court, ce qui les a conduits à leur perte.»
En quête d'un sauveur
Pas question pour autant de minimiser la collusion de son personnage avec le régime du Duce. «Marco Tulio Giordana lève le voile sur une période très trouble, précise-t-elle. Une période difficile à comprendre aujourd'hui, où personne n'était innocent. L'Italie sortait de la Première Guerre mondiale appauvrie, en quête d'un sauveur, d'un homme providentiel, d'un père. Et ce fut malheureusement Mussolini.» Beaucoup d'acteurs ont continué de travailler pendant cette période paradoxalement riche pour le cinéma italien. «Au-delà de leur histoire d'amour passionnée et destructrice, Ferida et Valenti, qui incarnaient à l'écran des personnages troubles, des antihéros, sont devenus des artistes maudits, perdus. Les symboles d'une Italie que tout le monde voulait oublier», ajoute l'actrice.
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23.04.2008
Le 61e Festival de Cannes dévoile sa sélection
LEMONDE.FR | 23.04.08 | 13h10 • Mis à jour le 23.04.08 | 15h38

AP/CHRISTOPHE ENA
Organisée mercredi 23 avril au Grand Hôtel, à Paris, la conférence de presse du 61e Festival du film de Cannes a levé le rideau sur cet événement cinématographique, l'un des plus médiatisés de la planète, qui se tiendra du 14 au 25 mai.
Le jury des films en compétition
Le jury des longs métrages en compétition pour la Palme d'or sera présidé cette année par l'acteur, réalisateur, scénariste américain Sean Penn.
Il réunira six membres autour de ce président :
- Sergio Castellito (acteur, réalisateur, scénariste italien)
- Natalie Portman (actrice israélo-américaine)
- Alfonso Cuaron (réalisateur mexicain)
- Apichatpong Weerasethakul (réalisateur thaïlandais)
- Alexandra Maria Lara (actrice allemande)
- Rachid Bouchareb (réalisateur français)
A côté de ces deux habitués du Festival de Cannes (Clint Eastwood a même été président du jury en 1994), un nouveau venu, Charlie Kaufman (le scénariste de Dans la peau de John Malkovich de Spike Jonze et de Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry), complète la délégation américaine.
Côté français, deux cinéastes seront en compétition sur la Croisette : Arnaud Desplechin avec Un conte de Noël, et Philippe Garrel avec La Frontière de l'aube. Mais"la sélection sera complétée dans les jours qui viennent avec notamment un troisième film français en compétition", a déclaré Thierry Frémaux.
Le cinéma italien fait un retour en force avec deux films en compétition sur des thèmes plutôt polémiques, la Camorra et Giulio Andreotti, figure controversée de la Démocratie chrétienne.
ATOM EGOYAN, LES DARDENNE ET WIM WENDERS
Comme pour les éditions précédentes, la sélection officielle – qui compte cette année vingt films – mêle les cinéastes de renom tels que le Canadien Atom Egoyan (Adoration), les frères Dardenne, lauréats de la Palme d'or en 1999 et 2005 (Rosetta et Le Silence de Lorna), Wim Wenders, Palme d'or en 1984 (The Palermo Shooting)... et des nouveaux talents, encore peu connus du grand public.
Parmi eux, l'Israélien Ari Folman montrera un intriguant "documentaire d'animation" intitulé Waltz with Bashir, une plongée dans Beyrouth-Ouest pendant les massacres de Sabra et Chatila en 1982. Deux jeunes réalisateurs argentins, Lucrecia Martel (La Femme sans tête) et Pablo Trapero (Leonera), découverts lors de sélections passées, sont de retour au Festival de Cannes.
En marge de la compétition officielle pour la Palme d'or, deux films très attendus seront projetés en avant-première mondiale : Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal de Steven Spielberg, quatrième volet des aventures du célèbre archéologue-aventurier, incarné par Harrison Ford, et le dernier film de Woody Allen, Vicky Cristina Barcelona, tourné en Espagne avec Penélope Cruz, Scarlett Johansson et Javier Bardem.
PLUS DE 4 000 FILMS VISIONNÉS
"C'est un festival de début de cycle, qui ouvre un cycle de dix ans, a souligné, pour sa part, le délégué général, Thierry Frémaux. Il épouse les changements du cinéma et essaie d'éviter le repli sur soi."
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27.03.2008
Todo sobre mi madre
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23.02.2008
La «graine et le mulet», meilleur film de l'année

Le réalisateur franco-tunisien Abdellatif Kechiche a reçu le César du meilleur réalisateur des mains de l'acteur Édouard Baer (à gauche). Le réalisateur a également reçu les César du meilleur film et du meilleur scénario et l'héroine du film Hafsia Herzi celui du meilleur espoir. Crédits photo : AFP
La Graine et le mulet d'Abdellatif Kechiche, est le grand gagnant de la 33e cérémonie des César, avec quatre récompenses dont celle du meilleur film. Sans surprise, Marion Cotillard a été sacrée meilleure actrice pour son rôle de Piaf dans La Môme.
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Le palmarès complet des César 2008
Meilleur film francais de l'année
«La graine et le mulet», réalisé par Abdellatif Kechiche, produit par Claude Berri
Meilleur acteur
Mathieu Amalric dans «Le scaphandre et le papillon»
Meilleure actrice
Marion Cotillard dans «La Môme»
Meilleur réalisateur
Abdellatif Kechiche pour «La graine et le mulet»
Meilleur acteur dans un second rôle
Sami Bouajila dans «Les témoins»
Meilleure actrice dans un second rôle
Julie Depardieu dans «Un secret»
Meilleur espoir masculin
Laurent Stocker dans «Ensemble, c'est tout»
Meilleur espoir féminin
Hafsia Herzi dans «La graine et le mulet»
Meilleur premier film
«Persépolis», réalisé par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, produit par Marc-Antoine Robert et Xavier Rigault
Meilleur scénario original
Abdellatif Kechiche pour «La graine et le mulet»
Meilleure adaptation
Marjane Satrapi, Vincent Paronnaud pour «Persépolis»
Meilleur son
Laurent Zeilig, Pascal Villard, Jean-Paul Hurler pour «La Môme»
Meilleure musique ecrite pour un film
Alex Beaupain pour «Les chansons d'amour»
Meilleure photo
Tetsuo Nagata pour «La Môme»
Meilleurs décors
Olivier Raoux pour «La Môme»
Meilleurs costumes
Marat Allen pour «La Môme»
Meilleur montage
Juliette Welfling pour «Le scaphandre et le papillon»
Meilleur court-metrage
«Le Mozart des pickpockets» réalisé par Philippe Pollet-Villard.
Meilleur film étranger
«La vie des autres» réalisé par Florian Henckel von Donnersmarck
Meilleur film documentaire
«L'avocat de la terreur» réalisé par Barbet Schroeder
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16.12.2007
"MON IMAGE VIT SA VIE ET MOI J'EN MENE UNE AUTRE"
Ne te retourne pas, le prochain film de Marina de Van, est classé top secret. L’actrice italienne est l’objet d’une mystérieuse métamorphose orchestrée par Dior Beauté. Égérie de la célèbre maison, elle joue le double je avec Sophie Marceau. Sur le tournage, la Bellucci nous montre… l’un de ses visages.
Hôtel Sheraton, Roissy, terminal D. Un homme d’affaires en imper marine traînant sa valise à roulettes traverse le hall et s’immobilise, interloqué. Un petit attroupement de techniciens dissimule mal, près du bar, une beauté brune chavirante qui roule des « r » et des hanches. Le businessman n’a pas la berlue : c’est Monica Bellucci en chair et en os. Elle tourne Ne te retourne pas, film événement de Marina de Van, dont la sortie est prévue en 2009.
Comme dans un slapstick, le gag se renouvelle, cinq, six, sept, dix fois. Tous les voyageurs se retourneront, figés, au risque de rater leur vol. Elle, indifférente aux regards, vêtue d’un jean et d’un top noir, donne la réplique au comédien Thierry Neuvic. Confidence amusée de l’adoubé : « Ah oui, c’est la première fois que je tourne avec elle. Non, ce n’est pas difficile. Il suffit simplement de regarder et d’admirer. » L’effet Bellucci, semblable à celui de la statuaire romaine, permet de vérifier la pérennité des canons classiques : seins, jambes, yeux, bouche, ovale du visage parfaits.
Dans ce script classé secret-défense, la réalisatrice Marina de Van a réuni Sophie Marceau et Monica Bellucci, et transforme l’une en l’autre, performance plastique orchestrée par la Maison Dior (dont la seconde est l’ambassadrice du célèbre Rouge), totalement partie prenante de ce séduisant projet.
En attendant la sortie de Ne te retourne pas, Bella Bellucci enchaîne deux drames, le premier avec Marco Tullio Giordana (le réalisateur de Nos meilleures années), le second avec Rebecca Miller, où Robin Wright Penn, Julianne Moore et Winona Ryder lui donneront la réplique. Deva, sa fille de trois ans, suivra comme toujours sa sublime maman.
La beauté est une paroi de verre qui peut mettre les gens à distance
Madame Figaro. – Si on vous avait dit, quand vous étiez adolescente en Italie, que vous seriez l’égérie de Dior, l’un des plus grands symboles de la beauté et du luxe…
Monica Bellucci. – Je n’y aurais pas cru un instant. Je suis honorée que Dior ait pensé à moi. C’est une image complètement incroyable. Quand j’allais au lycée dans les années 80, cet univers était aux antipodes de moi et de ma famille. Je ne me souviens pas d’une comédienne italienne représentant la marque alors. Il y a eu un moment où l’on utilisait les actrices comme emblèmes, et puis ce sont les top-modèles qui les ont massivement remplacées. Voilà qu’aujourd’hui ce sont de nouveau les actrices qui reviennent sur le devant de la scène du luxe, de Charlize Theron à Penélope Cruz. Les tendances changent. Si Dior et les autres se tournent vers les stars, c’est parce qu’elles souhaitent que derrière un visage on leur raconte une histoire. Ces femmes ont une vie, on connaît leur parcours, leur carrière, leurs mariages ou leurs divorces, leurs enfants.
Qu’est-ce que la beauté pour vous : un concept, un état d’esprit ?
- C’est quelque chose d’intérieur, évidemment. On a tendance à confondre beauté et image. Celle que je véhicule, je n’en ai pas conscience ou peut être ai-je tendance à m’en méfier, à m’en protéger. Dans « image », il y a « reflet »; c’est trompeur, un reflet, on est dans le domaine du mirage. Du coup, je suis beaucoup dans l’action, dans les projets, dans les tournages et dans les voyages. Mon image vit sa vie, et moi, j’en mène une autre. Ce que tu dégages, tu ne peux pas le contrôler de toute façon, c’est peine perdue.
Êtes-vous d’accord avec Carole Bouquet, qui, lorsqu’elle tournait Trop belle pour toi, de Bertrand Blier, avait confié que la beauté était pour elle une sorte de piège et de menace ?
- Je suis tout à fait d’accord. Je comprends ce qu’elle veut dire. C’est une paroi de verre qui peut mettre les gens à distance, c’est parfois un frein aux rencontres aussi. Ajoutons qu’elle est souvent associée à une prétendue stupidité, comme si on ne pouvait pas cumuler les deux dons : éclat et intelligence. Alors il faut apprivoiser cette lame à double tranchant. Si la beauté est habitée, intériorisée, cela devient intéressant. Mais elle peut aussi susciter beaucoup de complexes et une forme de culpabilité : « Excusez-moi, disent les beaux, ce n’est pas ma faute, ne m’en voulez pas si j’ai quelques attraits. » La beauté est un masque dangereux. Ce qui est bien, c’est que la nature en vient à bout : le temps la fane.
L'absence d'excès n'est pas un sacrifice pour moi, sauf peut-être la gourmandise... !
Au cinéma, cela vous a nui ?
- Non, parce que la beauté seule n’est pas négociable. Il faut un jeu, un talent. Un metteur en scène n’a pas besoin d’une plastique si elle ne correspond pas à ce qu’il attend. Même pour incarner Cléopâtre, il faut être autre chose qu’une statue. Heureusement, je ne suis pas obsédée par mon image et je suis assez peu narcissique. La maternité m’a ouvert un monde. Lorsque l’on a un enfant, on s’éloigne de soi-même. On devient le passé et on se projette dans le futur qui est l’enfant.
Vous êtes la brune égérie de Dior. Vous luttez à votre manière contre l’hégémonie des blondes ?
- C’est agréable de représenter une marque qui est liée à l’élégance et à la beauté. Et les brunes aux yeux noirs, c’est assez nouveau dans ce domaine, en effet. On a toujours pensé que les blondes aux yeux clairs étaient plus percutantes sur papier glacé et donc plus commerciales. C’en est fini de ce cliché !
Avez-vous des secrets de beauté que vous gardez depuis l’adolescence ?
- Les termes mêmes de « secrets de beauté » me font rire, je ne me trouve pas du tout parfaite, vous savez, il y a ces hanches rebondies (elle montre un galbe parfait). En fait, ma vie un peu stressante ne me laisse guère de temps pour le sport ou la discipline corporelle. Pour préserver l’éclat d’un teint, je ne connais qu’un seul secret : c’est une longue nuit de sommeil et un fond de teint pour la mine. Pour le reste, je nettoie ma peau, je l’enduis de crèmes peu grasses, je ne bois ni ne fume. Et l’absence d’excès n’est pas un sacrifice pour moi, sauf peut-être la gourmandise… !
Au cinéma, vous semblez vous diriger vers des choix de plus en plus exigeants…
- Passer de Mel Gibson à Terry Gilliam, de Gaspard Noé à Bertrand Blier, casser mon image comme dans Irréversible ou Le Concile de Pierre, cela signifie que je cherche une voie, un chemin. Je fais cela avec beaucoup d’instinct et de passion. Et je me tourne vers des mondes et des personnes qui me permettent d’évoluer, de me mettre en danger, de me trouver.
Mais vous ne mettez pas en avant cette audace…
- Parce qu’il y a de la pudeur en moi. Je ne veux rien exprimer de personnel, je pense qu’on ne doit pas parler de son travail. C’est le travail qui parle de soi ! Et puis, dans mon métier, rien n’est fiable. On se donne mais on ne peut jamais prévoir la suite puisqu’on dépend du regard et du désir des autres, on est très dépendant.
Quelle a été votre plus belle métamorphose ?
- La maternité. Avec ma fille, Deva, la chrysalide que j’étais est devenue papillon. Tout me paraît plus beau, plus lumineux, plus essentiel depuis qu’elle existe.
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