18.03.2008
Romain Gary
| Roman Kacew est né le 8 mai 1914 dans la communauté juive de Wilno (Vilnius) en Lituanie, alors sous domination russe. Son père était négociant en fourrure et sa mère modiste. En 1915, alors que son père est mobilisé dans l'armée russe, il est déporté avec sa mère vers le centre de la Russie en tant que juif des pays baltes que les Russes soupçonnent de faire de l'espionnage au profit des Allemands. En 1921, à l'âge de sept ans, il retourne à Wilno, devenu territoire polonais depuis la guerre russo-polonaise de 1920 où il vit jusqu'en 1927. Ses parents se séparent et, avec sa mère, il gagne Varsovie où il fréquente l'école polonaise et prend des cours particuliers de français pendant deux ans. En 1929, Roman et sa mère émigrent en France et s'établissent à Nice. Roman poursuit ses études secondaires au lycée avant d'entamer des études de droit à la faculté d'Aix-en-Provence puis à Paris où il obtient une licence. | ![]() Romain Gary |
Naturalisé français en 1935, il est appelé au service militaire pour servir dans l'aviation. Incorporé à Salon-de-Provence en novembre 1938, il est élève observateur à l'Ecole de l'Air d'Avord. Parmi trois cents élèves, il est le seul, en raison de ses origines étrangères, à ne pas être nommé officier.
En juin 1940, il se trouve à Bordeaux-Mérignac et décide de rallier les Forces françaises libres. Il s'évade de France par avion, atterrit à Alger, séjourne à Meknès et Casablanca le temps de trouver un cargo britannique qui l'emmène à Gibraltar ; deux semaines plus tard, il débarque à Glasgow.
Dès son arrivée, il demande à servir dans une unité combattante sous le nom de Romain Gary.
Affecté au Moyen-Orient, il sert en Libye, à Koufra notamment en février 1941, puis en Abyssinie et en Syrie. Il contracte le typhus et, presque mourant, il reste six mois à l'hôpital.
Rétabli, il rejoint l'escadrille de surveillance côtière en Palestine et se distingue dans l'attaque d'un sous-marin italien au large des côtes palestiniennes.
Rattaché au Groupe de bombardement Lorraine, il est ramené en Grande-Bretagne en février 1943 pour servir sur le théâtre d'opérations de l'Ouest. Le groupe est rééquipé et réentraîné dans les centres d'entraînement de la RAF A partir d'octobre 1943, l'action de bombardement du Lorraine est principalement dirigée contre les sites de V1; les Bostons qui équipent désormais le Lorraine volent rassemblés par groupe de six, en rase-mottes, accompagnés par des Spitfire de protection et c'est dans ces conditions que le lieutenant Gary se distingue particulièrement le 25 janvier 1944 quand, leader d'une formation de six appareils, il est blessé par un éclat d'obus en même temps que son coéquipier pilote Arnaud Langer lui-même gravement touché aux yeux. Malgré sa blessure, il guide son coéquipier et l'ensemble de sa formation avec suffisamment de maîtrise pour réussir un bombardement très précis et pour ramener l'escadrille à la base.
Il a effectué sur le front de l'Ouest plus de 25 missions offensives totalisant plus de 65 heures de vol de guerre.
Après sa démobilisation, en 1945, il entre dans la carrière diplomatique en même temps qu'il publie son premier roman : Education européenne. Secrétaire d'ambassade, il exerce ses fonctions en Bulgarie et en Suisse.
En 1952, il est secrétaire à la Délégation française auprès des Nations-Unies à New-York, puis à Londres en 1955.
En 1956, il est nommé Consul général de France à Los Angeles et reçoit le Prix Goncourt pour Les Racines du ciel.
En 1967, après quelques années de mise en disponibilité passées à écrire et à réaliser deux films, il occupe le poste de chargé de mission au Ministère de l'Information pendant dix-huit mois.
• Commandeur de la Légion d'Honneur
• Compagnon de la Libération - décret du 20 novembre 1944
• Croix de Guerre 39/45 (2 citations)
• Médaille de la Résistance
• Médaille des Blessés
Principales publications:
• Education européenne, Paris 1945
• Tulipe, Paris 1946
• Le Grand vestiaire, Paris 1949
• Les Couleurs du jour, Paris 1952
• Les Racines du ciel, Paris 1956
• L'Homme à la colombe, Paris 1958 (sous le pseudonyme de Fosco Sinibaldi)
• Lady L., Paris 1959
• La Promesse de l'aube, Paris 1960
• Frère Océan t.I : Pour Sganarelle, Paris 1965
• Frère Océan t.II : La Danse de Gengis Cohn, Paris 1967
• Frère Océan t.III :La Tête Coupable, Paris 1968
• La Comédie américaine, t.I : Les Mangeurs d'Etoiles, Paris 1969
• La Comédie américaine, t.II : Adieu Gary Cooper, Paris 1969
• Chien blanc, Paris 1970
• Les Trésors de la Mer Rouge, Paris 1971
• Europa, Paris 1972
• Les Enchanteurs, Paris 1973
• Gros-Câlin, Paris 1974 (sous le pseudonyme d'Emile Ajar)
• La Nuit sera calme, Paris 1974
• Les Têtes de Stéphanie, Paris 1974
• Au-delà de cette limite, votre billet n'est plus valable, Paris 1975
• Clair de femme, Paris 1977
• Charge d'âme, Paris 1978
• L'Angoisse du roi Salomon, Paris 1979 (sous le pseudonyme d'Emile Ajar)
• La Vie devant soi, Paris 1979 (sous le pseudonyme d'Emile Ajar)
• La Bonne moitié, Paris 1979
• Les Clowns lyriques, Paris 1979
• Les Cerfs-volants, Paris 1980
• Vie et mort d'Emile Ajar, Paris 1981
- Archives de l'Ordre de la Libération
- Romain Gary, le caméleon, Myriam Anissimov, Editions Denoël 2004
23:34 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gary, livre, biographie
27.02.2008
«Drieu, Aragon et Malraux, trois visages de l'idéologie
Maurizio Serra* met en parallèle trois grandes figures littéraires dont le nom est indissociable de l'engagement. Il en évoque les grandeurs et les contrariétés avec une absence de préjugés qui nous enchante.
LE FIGARO LITTÉRAIRE. - Comment se fait-il que ce soit à un historien italien que soit revenue la tâche de réunir le fasciste Drieu, le communiste Aragon et le gaulliste Malraux dans un portrait de groupe inédit ?
Maurizio SERRA. Ce qui m'a surpris, quand j'ai commencé à penser à réunir ces trois personnalités dans un même livre, c'est de voir qu'à ma connaissance, personne ne l'avait fait, ni en France, ni ailleurs. Je m'étais déjà intéressé à chacun d'eux séparément Drieu surtout, mais également Aragon à travers un essai publié en Italie sur les deux versions des Communistes et Malraux à propos de la guerre d'Espagne. L'idée de réunir les trois m'est venue du fait que leur paysage idéologique n'avait pas été traité en profondeur. Ce sont trois personnages dont les affinités sont très fortes et reviennent par courant alterné. Pensez au dessin qui illustre la couverture de mon livre. Au soir de sa vie, Aragon, qui n'avait pas prononcé publiquement le nom de Drieu pendant une trentaine d'années, a ressenti la nécessité de dessiner le portrait du premier Drieu, ami de sa jeunesse. Quant à Malraux, il a beaucoup fait pour que Drieu puisse être réédité chez Gallimard. Les simplifications s'imposent, mais elles sont forcément réductrices. L'un ne s'explique pas que par le fascisme, l'autre que par le communisme stalinien et le troisième que par le gaullisme. Drieu, Aragon et Malraux traversent toute l'idéologie française et européenne du XXe siècle.
Les sujets que vous abordez et le passé que vous remuez demeurent en France des motifs de fâcherie. Comment expliquez-vous qu'en Italie, les débats autour du fascisme et du communisme n'aient pas la même radicalité ?
L'accession au pouvoir du fascisme en France, si tant est qu'il soit jamais arrivé au pouvoir, s'est confondue avec une guerre perdue, l'Occupation et la Collaboration. En Italie, quinze années de régime fasciste avant la guerre ont marqué toute une génération intellectuelle. C'est souvent cette génération qui, en 1945, 1946 et 1947, est passée du côté du communisme, parfois par opportunisme, mais très souvent par idéal et par volonté de construire une société nouvelle. Dans sa version italienne, le communisme a immédiatement fait partie du panorama national. Beaucoup plus fortement que le communisme français, muré dans un milieu social donné. Mais n'insistons pas trop sur la décrispation. J'observe qu'en France, vous avez souvent le sentiment que les choses sont plus ensoleillées en Italie et qu'il fait toujours plus beau à Rome qu'à Paris. Il faut pourtant se souvenir qu'entre 1943 et 1945, l'Italie a connu une véritable guerre civile, avec des règlements de comptes terribles et des milliers de victimes. Aujourd'hui encore, les historiens italiens, et même les romanciers, rencontrent des problèmes lorsqu'il s'agit d'en rendre compte.
Vous rappelez dans votre livre que, pendant l'Occupation, beaucoup de Juifs se sont réfugiés dans les Alpes-Maritimes restées sous contrôle italien jusqu'en septembre 1943. Il est important pour vous de souligner les différences entre le fascisme et le nazisme sur la question de l'antisémitisme ?
Nous entrons dans un débat qui mériterait un autre livre. La question du sort fait aux Juifs ne se pose pas que dans la France occupée. Il y a aussi les Balkans, l'Albanie et la Grèce, où les massacres perpétrés par les nazis ont été effroyables. Or dès 1946, Léon Poliakov a rappelé qu'on avait vu dans tous ces endroits l'armée italienne engagée de façon constante dans une activité de protection. Cela ne veut pas dire que les Italiens étaient différents des Allemands parce qu'ils étaient plus humains. Mais cela prouve à mon sens que les racines idéologiques du fascisme et du nazisme, deux mouvements nés de crises de la société relativement différente et de rapports distincts à l'idée de révolution, ne sont pas les mêmes.
Votre livre examine davantage l'égarement des clercs que leur trahison. Et Malraux apparaît le moins sulfureux des « frères séparés ». Mais son oeuvre est celle à laquelle vous accordez le moins de prix. Est-ce à dire qu'il faut une bonne dose d'égarement politique pour réussir son oeuvre littéraire ?
C'est un paradoxe que je ne soutiendrai pas. Mais le cas de Malraux est intéressant. Comme l'ont montré Roger Stéphane et Simon Leys, il semble qu'à partir d'un certain moment, il soit devenu un phénomène strictement français à l'intérieur du gaullisme, sans prise sur les idées qui s'agitaient dans le monde. Son propos sur la Chine dans La Condition humaine et sur la guerre d'Espagne dans L'Espoir avaient fait de lui un des grands noms de l'intelligentsia internationale. Mais il a perdu ce statut après-guerre. Il l'a su et il en a souffert. Son œuvre s'en est ressentie. Ses livres des années 1960-1970 sont une très belle rhétorique à l'intérieur d'un discours très français, avec un décalage par rapport à la situation internationale.
Drieu et Aragon sont aussi des écrivains très français. Le renom international de la littérature française du XXe siècle, c'est Proust, Céline et Sartre.
Drieu, Aragon et Malraux n'ont évidemment pas la renommée internationale des écrivains que vous citez. À ces trois noms, j'en ajouterais même deux autres, qui à travers le mouvement catholique bénéficient encore d'un public international : Bernanos et Claudel, même si ce dernier peut paraître plus daté et plus français. On ne peut pas comparer mes « frères séparés » à Sartre ou Céline, mais ils restent des auteurs de référence. Il y a chez tous les trois la tentative de prouver qu'être français et être européen, être français et être humain, c'est la même chose.
* Diplomate et essayiste, professeur de relations internationales à l'université de Rome-Luiss, directeur de l'Institut diplomatique du ministère des Affaires étrangères italien.
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